Les électeurs de Guinée-Bissau ont approuvé, par référendum, une réforme constitutionnelle qui accordera davantage de pouvoirs au président, a annoncé mardi la Commission électorale du pays, à l’approche des élections générales destinées à rétablir un pouvoir civil d’ici la fin de l’année.
La Guinée-Bissau vote « oui » au référendum sur une nouvelle Constitution
Le scrutin référendaire, organisé dimanche, est intervenu moins de dix mois après un coup d’État au cours duquel l’armée a pris le pouvoir dans ce pays pauvre d’Afrique de l’Ouest, et quelques mois seulement avant l’élection présidentielle prévue le 6 décembre.
La Guinée-Bissau est le dernier exemple en date d’un pays africain cherchant à modifier ou à réviser sa Constitution afin de prolonger les mandats, de supprimer les limites d’âge ou de renforcer les pouvoirs de l’exécutif, à l’instar du Zimbabwe, de la Guinée, du Togo, de l’Ouganda et du Tchad ces dernières années.
Selon les résultats annoncés mardi par la Commission électorale nationale, le camp du « oui » l’a emporté avec 70 % des suffrages.
La junte affirme que cette réforme permettra de stabiliser les institutions avant les élections destinées à rendre le pouvoir aux civils.
Mais le climat politique reste tendu dans ce pays côtier, coutumier des coups d’État, et l’opposition avait appelé les électeurs à boycotter le référendum « dans un contexte de restrictions des libertés publiques ».
Le chef de la junte et président de la transition, le général Horta N'Tam, a appelé les jeunes à voter « massivement » en déposant lui-même son bulletin dimanche.
En vertu de la charte de transition qu’il défend, le général n’est pas autorisé à se présenter à l’élection.
Un pays habitué aux coups d’État
Selon le nouveau texte, ce pays lusophone abandonnera l’ancien système dans lequel le Premier ministre était issu de la majorité parlementaire, un mécanisme qui avait conduit à des cohabitations difficiles.
La nouvelle Constitution permettra également au chef de l’État de nommer et de révoquer le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement, et de dissoudre le Parlement.
Les électeurs devaient répondre par « oui » ou par « non » à la question suivante : « Êtes-vous favorable à l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution approuvée par le Conseil national de transition ? »
Une partie de la classe politique et de la société civile s’est vivement opposée à cette vaste révision constitutionnelle menée par un gouvernement de transition non élu.
Toutefois, Carmen Izaura Lobo, présidente de la Commission électorale nationale, a qualifié le scrutin de succès, saluant la « capacité d’organisation, le professionnalisme et le dévouement » des équipes déployées sur le terrain.
Elle a également mis en avant la « transparence » et la « crédibilité » du processus référendaire, même si le vote n’a suscité qu’un enthousiasme limité parmi les électeurs, avec une participation apparaissant irrégulière à travers le pays.
Dans cinq bureaux de vote de Bissau visités par l’AFP dans l’après-midi, les électeurs se sont présentés en petit nombre et de manière sporadique. Les fortes pluies tombées dans la matinée ont dissuadé certains de se déplacer.
L’armée a pris le pouvoir en Guinée-Bissau en novembre dernier, quelques jours seulement après une élection présidentielle, renversant le président d’alors, Umaro Sissoco Embaló, et suspendant le processus électoral.
La Guinée-Bissau, l’un des pays les plus pauvres du monde, a connu cinq coups d’État et plusieurs tentatives de putsch depuis 1974.