Kenya : un jeune créateur de mode de Nairobi fait revivre le tissage ancestral

Une mannequin pose pour une photo avant le début de la Kibera Fashion Week dans le bidonville de Kibera à Nairobi, au Kenya, le 14 octobre 2023.   -  
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À une époque où la mode est de plus en plus dominée par la production de masse et les machines électriques, un jeune créateur kényan adopte une approche plus lente : il utilise des métiers à tisser manuels traditionnels pour fabriquer des textiles et faire perdurer un artisanat ancestral.

Hillary Mukabwa, fondateur et créateur en chef du Mukabwa Studio à Nairobi, utilise des métiers à tisser manuels pour produire des tissus en coton qu’il transforme ensuite en vêtements, sacs et autres articles de mode.

Pour Mukabwa, le choix d’une méthode de production traditionnelle est une volonté délibérée de renouer avec un artisanat de plus en plus mis à l’écart par la modernisation.

"La modernisation anéantit l’essence même de l’artisanat traditionnel et des méthodes de travail ancestrales", explique Mukabwa.

"Je voulais simplement être cette personne qui tente, en quelque sorte, de faire revivre les anciennes pratiques, car c’est là que réside la culture. C’est là que réside l’authenticité. Et grâce à cela, nous apprenons à connaître nos racines, à savoir ce que nous faisions autrefois et à disposer d’objets uniques qui nous sont propres", poursuit-il.

"Porteurs d'une histoire"

Le processus commence par la préparation et la mesure du fil avant de l’enfiler dans le métier à tisser. Les tisserands travaillent ensuite les fils à la main, selon un processus qui peut prendre plusieurs jours selon la taille et la complexité du tissu.

Pour Mukabwa, ce rythme plus lent fait partie intégrante de la valeur de cet artisanat. Contrairement aux machines électriques conçues pour la production de masse, les métiers à tisser manuels confèrent à chaque pièce un caractère distinct.

"Ces métiers à tisser manuels sont avant tout traditionnels. On constate donc qu’ils sont porteurs d’une histoire", explique Mukabwa.

"C’est une œuvre d’art. Plutôt que de produire en masse, ils créent avec du sens", ajoute-t-il. "C’est un processus lent. C’est donc une activité guidée par la passion. Il faut être passionné pour travailler dans ce domaine. De plus, ce métier produit un tissu qu’aucune machine électrique ne peut produire. C’est pourquoi nous y restons fidèles."

Les métiers à tisser de l’atelier sont actionnés à la main et au pied, et Mukabwa a également adapté certains équipements pour rendre le tissage plus efficace.

Ces machines sont fabriquées par des artisans kényans expérimentés dans le tissage et la fabrication de machines — un savoir-faire qui, selon Mukabwa, se fait de plus en plus rare.

L'atelier a commencé à s'essayer au tissage en 2024, alors que Mukabwa était encore à l’université, où il étudiait les beaux-arts et le design.

Il s'est lancé dans la production professionnelle en 2025, en fabriquant d'abord des sacs fourre-tout avant de se diversifier dans les vêtements et autres articles de mode.

Un caractère unique

La plupart de ses créations sont réalisées sur commande, et l’atelier attire sans cesse de nouveaux clients à la recherche d’alternatives aux vêtements produits en série.

Maylone Ginnette fait partie de ces clients. Elle explique que la qualité et le caractère unique des pièces l’attirent vers ces créations.

"J'aime ces vêtements pour leur qualité ; ils sont en pur coton biologique et sont uniques. On voit bien que la plupart sont des pièces uniques, donc je pense que je continuerai à privilégier le tissage et la façon dont ils sont fabriqués, car on voit les efforts que les gens déploient pour obtenir ce produit", explique Ginnette.

Les créations de Mukabwa s’inspirent de son environnement, notamment des rues, des couleurs et de la vie quotidienne de Kibera, où il a grandi, ainsi que d’éléments de la nature.

Il utilise également son atelier pour transmettre ce savoir-faire à d’autres, en apprenant aux jeunes et aux femmes de Kibera à tisser.

Pour Mukabwa, l’objectif va au-delà de la création d’une marque de mode. Il considère le tissage comme un moyen de préserver les savoirs et les récits, et de permettre aux jeunes générations de renouer avec leurs racines.

"Je n’ai jamais considéré cela comme une simple fabrication de textiles. Je voyais cela comme un moyen de préserver une culture et de raconter une histoire, car chaque fil avait une raison d’être et chaque tissu racontait une histoire. C’était donc quelque chose de nouveau pour moi, mais qui existait depuis toujours. Je me suis dit : «Laissez-moi donner plus d’ampleur à ce projet afin que le monde entier puisse découvrir ce dont il s’agit»",

Aujourd’hui, il espère faire rayonner ces histoires au-delà du Kenya, avec l’ambition de conquérir les marchés de la mode dans des villes telles que Londres, New York et Paris — tout en conservant le tissage artisanal traditionnel au cœur de son activité.

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