La Zambie retient son souffle. Au lendemain des élections présidentielle et législatives organisées jeudi, la Commission électorale de Zambie a annoncé vendredi la reprise immédiate du dépouillement, après avoir suspendu quelques heures plus tôt les opérations dans l’ensemble du pays. La décision avait été prise à la suite de signalements faisant état de violences contre des responsables électoraux dans plusieurs districts et du vol de bulletins de vote déjà marqués, certains se trouvant dans des urnes.
Zambie : l’ECZ relance le dépouillement après des incidents
« La suspension du dépouillement et de l’annonce des résultats est levée avec effet immédiat », a déclaré la présidente de l’ECZ, Mwangala Zaloumis, estimant que la menace pesant sur le processus électoral avait été « neutralisée ». La commission n’a toutefois pas précisé si les bulletins dérobés étaient susceptibles d’affecter les résultats définitifs.
L’ECZ a annoncé qu’une première série de résultats serait communiquée vendredi soir, vers 22 heures, heure locale, soit 20 heures GMT. Les résultats officiels définitifs de la présidentielle et des législatives sont, eux, attendus lundi, la proclamation présidentielle devant intervenir au plus tard le 17 août. Si aucun candidat ne recueille plus de 50 % des suffrages exprimés, un second tour départagera les deux premiers.
Hichilema favori, Mundubile revendique la victoire
Quatorze candidats sont engagés dans la course à la présidence. Le scrutin oppose notamment le président sortant Hakainde Hichilema, candidat à un second mandat, au principal représentant de l’opposition, Brian Mundubile. Ancien ministre sous la présidence d’Edgar Lungu, mort en 2025, M. Mundubile participe pour la première fois à une présidentielle.
Considéré comme le favori, Hakainde Hichilema a appelé les quelque 8,7 millions d’électeurs à faire preuve de calme et de patience. Le président sortant a affirmé avoir reçu des « résultats encourageants », sans toutefois proclamer sa victoire. Son parti, l’UPND, a rappelé que seule la commission électorale était habilitée à annoncer les résultats.
Brian Mundubile a, de son côté, revendiqué la victoire dès vendredi, à la présidentielle comme aux législatives, en s’appuyant sur des décomptes préliminaires transmis, selon lui, par les bureaux de vote et les centres de compilation. Il n’a fourni aucun élément indépendant permettant d’étayer cette affirmation.
L’ECZ a expressément demandé à tous les candidats de s’abstenir de se déclarer vainqueurs, rappelant qu’une telle proclamation constitue une infraction pénale. M. Mundubile a néanmoins dénoncé le retard dans la publication des résultats, estimant que la suspension du dépouillement créait « un vide dangereux » dans un moment où l’intégrité du scrutin devait être particulièrement protégée.
Une poussée de violence inhabituelle
La suspension générale du dépouillement constitue un épisode inhabituel pour la Zambie, pays régulièrement cité pour la relative stabilité de ses processus électoraux multipartites. La campagne avait toutefois été émaillée de heurts et d’accusations de pressions contre l’opposition.
Transparency International Zambia a fait état de 152 incidents violents recensés dans 46 circonscriptions, dont 16 pendant et après la journée de vote. Son directeur général, Maurice Nyambe, s’est déclaré « très préoccupé » par l’escalade des violences politiques et a jugé la suspension du dépouillement trop radicale, au risque d’accroître l’incertitude.
Le groupe d’observation des Églises chrétiennes de Zambie a également signalé des incidents dans deux bureaux de vote. Selon cette organisation, des militants de l’UPND auraient chassé des observateurs électoraux et des représentants d’autres partis, les empêchant d’assister au dépouillement.
À la veille du scrutin, la Commission des droits humains de Zambie avait par ailleurs indiqué suivre de près les arrestations et détentions de candidats politiques, de leurs sympathisants et de journalistes. Des organisations de la société civile et des formations d’opposition avaient déjà dénoncé des restrictions visant leurs activités de campagne, accusations rejetées par le gouvernement.