Il y a vingt ans, dans de nombreux pays africains, une variété améliorée pouvait exister sans jamais atteindre l’agriculteur.
De la recherche au champ : transformer les systèmes semenciers africains
Une innovation pouvait être développée par un chercheur, mais rester confinée aux stations de recherche. Une entreprise semencière pouvait avoir le potentiel de produire, sans disposer des semences de départ nécessaires. Et un agriculteur pouvait connaître l’existence d’une nouvelle variété sans pouvoir l’acheter.
C’est précisément ce fossé entre l’innovation et son implémentation qu’AGRA s’est donné pour mission de réduire ces deux dernières décennies.
En 2026, alors qu’AGRA célèbre ses 20 ans, trois success stories, du Mali au Nigeria, illustrent cette évolution.
Trois contextes différents, trois trajectoires individuelles, un seul et même enseignement : transformer l’agriculture ne consiste pas seulement à créer de meilleures semences. Il faut construire tout le système qui permet à ces semences de passer du laboratoire au champ, puis du champ au marché.
Au Mali, tout commence par un scientifique
Il y a vingt ans, le Mali dépendait entièrement des semences hybrides de maïs importées. Le pays ne disposait pratiquement pas de capacités nationales de sélection du maïs.
C’est dans ce contexte qu’est née la vocation du Dr Mamadou Mory Coulibaly.
Lorsqu’il obtient à l’époque une bourse soutenue par AGRA pour poursuivre un doctorat au West Africa Centre for Crop Improvement (WACCI), il travaille sur le sorgho et naturellement, envisage continuer dans cette spécialité. Arrivé au Ghana, une décision change toute sa trajectoire : il décide de se former à la sélection du maïs.
La raison en est simple : le Mali ne compte alors aucun sélectionneur de maïs.
Une décision qui produit des effets bien au-delà de la carrière d’un scientifique : à partir de là, une une expertise nationale en sélection du maïs est créée qui progressivement, contribuera à transformer le système semencier malien.
Avec le soutien d’AGRA et de partenaires scientifiques, les premiers programmes de développement de maïs hybrides sont mis en place. Le pays passe peu à peu d’une dépendance aux semences importées à la production de ses propres hybrides, avec des variétés adaptées à ses conditions climatiques. Certaines sont même aujourd’hui exportées vers des pays voisins comme le Sénégal et la Guinée.
Mais l’une des leçons les plus importantes de cette histoire n’est pas la naissance d’une nouvelle variété. C’est la création d'un véritable écosystème.
Les instituts de recherche, les entreprises semencières, les coopératives et les agriculteurs commencent à unir leurs savoirs, à travailler ensemble. Les chercheurs fournissent le matériel génétique et les semences de générations précoces ; les entreprises les multiplient; les agriculteurs les testent et les adoptent.
Comme le souligne le Dr Coulibaly, un agriculteur ne change pas de variété simplement parce qu’on lui dit qu’elle est meilleure. Il la compare. Il observe son rendement. Il constate sa performance. Puis il décide.
C’est là que la recherche devient impact.
Au Nigeria, le même principe change la vie de milliers de femmes
À plusieurs milliers de kilomètres du Mali, une transformation différente est en cours.
Dans les États de Kaduna et du Niger, les femmes agricultrices ont longtemps été confrontées à des obstacles qui dépassaient largement la question de la semence : accès limité à la terre, au financement et aux intrants, faibles réseaux de distribution et services de vulgarisation insuffisants.
Dans ce contexte, AGRA s’est associée à Value Seeds Limited pour renforcer la disponibilité des semences améliorées et leur accès aux petits exploitants, avec un accent particulier sur les femmes. L’approche s’est appuyée sur les semences de générations précoces mises à la disposition des entreprises semencières afin de permettre leur multiplication et leur distribution à grande échelle.
Des variétés améliorées de maïs, de riz et de soja ont ainsi été développées, multipliées et rendues disponibles pour les agriculteurs, avec une cible de 70 000 femmes petits exploitants.
Là encore, la semence n’est qu’un maillon.
La transformation repose sur la capacité d’un acteur privé à multiplier et distribuer, sur des réseaux d’agro-distributeurs et de conseillers communautaires, sur les compétences des producteurs et sur un environnement institutionnel permettant au marché de fonctionner.
Les résultats se mesurent désormais dans les champs. Les rendements rapportés sont passés de 2,5 à 5,6 tonnes par hectare pour le maïs, de 4 à 6,8 tonnes pour le riz et de 1 à 1,8 tonne pour le soja.
Derrière ces chiffres se trouvent des femmes pour lesquelles une meilleure récolte signifie davantage qu’une statistique : davantage de nourriture pour la famille, davantage de revenus et davantage de possibilités d'investir dans l'avenir.
Quand une semence améliore le rendement d’une agricultrice, elle peut aussi changer la trajectoire de toute une famille, et donc, de la société.
Du rendement à la nutrition : le prochain chapitre
Le cas du riz enrichi en zinc au Nigeria montre comment cette même architecture peut répondre au défi de la nutrition.
Des variétés de riz enrichies en zinc ont été développées et mises à disposition, mais leur existence sur le papier ne suffisait pas à créer un marché. CESSA a contribué à combler ce déficit d’adoption en rapprochant les acteurs autour de parcelles de démonstration, de journées aux champs et d’activités de création de la demande.
Le processus associe recherche, entreprises semencières, pouvoirs publics, services de vulgarisation et agriculteurs.
Aujourd’hui, 17 entreprises semencières et plus de 10 producteurs indépendants sont engagés dans la chaîne de commercialisation du riz enrichi en zinc, tandis que les agriculteurs peuvent découvrir les variétés dans des conditions réelles avant de décider de les adopter.
Cette success story montre une nouvelle dimension du travail sur les semences : une variété améliorée peut contribuer non seulement à produire davantage, mais aussi à produire mieux sur le plan nutritionnel.
Trois success story, une même transformation
Au Mali, un jeune chercheur devient sélectionneur de maïs et contribue à créer une capacité nationale qui n’existait pas.
Au Nigeria, des entreprises semencières transforment des semences de générations précoces en produits commerciaux accessibles à des dizaines de milliers de femmes agricultrices.
Et aujourd’hui, au Nigeria encore, CESSA travaille à faire passer des variétés de riz enrichies en zinc du statut de variété homologuée à celui de variété réellement adoptée par les agriculteurs.
Au Mali comme au Nigeria, la leçon est claire : la semence est le point de départ. Le véritable impact naît lorsque tout un système se met en mouvement autour d’elle.