L’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo (RDC) est déjà la deuxième plus importante jamais enregistrée et progresse à un rythme inédit, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Avec 4 449 cas confirmés et 2 061 décès, elle pourrait dépasser, si la tendance se poursuit, l’épidémie qui avait ravagé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016.
RDC : l’épidémie d’Ebola pourrait dépasser le bilan record de 2014-2016
L’alerte est au plus haut en République démocratique du Congo. « Au rythme actuel, cette épidémie d'Ebola est en passe de dépasser celle qui a frappé l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016 », a déclaré mercredi 12 août le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’un point de presse à Genève, après une visite en RDC au cours de laquelle il a rencontré le président Félix Tshisekedi.
Avec 4 449 cas confirmés et 2 061 décès, recensés dans cinq provinces et 53 zones de santé, l’épidémie est déjà la deuxième plus importante de l’histoire. Elle est également, selon le chef de l’OMS, celle qui se propage le plus rapidement. L’épidémie ouest-africaine de 2014-2016 demeure à ce jour la plus meurtrière, avec plus de 28 000 cas et 11 000 morts.
Des chaînes de transmission encore hors de contrôle
La situation est particulièrement préoccupante dans l’Ituri, qui concentre environ 90 % des cas et 80 % des décès. Une transmission persistante est notamment observée à Bunia, Rwampara, Nizi et Lita.
Pour l’OMS, le principal obstacle réside dans les décès survenant directement au sein des communautés, plutôt que dans les centres de traitement, et chez des personnes qui ne figurent pas parmi les contacts déjà identifiés. Ces éléments indiquent que certaines chaînes de transmission demeurent inconnues.
« Tant que nous n’aurons pas identifié et interrompu chacune de ces chaînes de transmission, nous ne pourrons pas mettre fin à l’épidémie », a averti Tedros Adhanom Ghebreyesus. La prise en charge précoce des malades et l’organisation d’inhumations sûres et dignes constituent, selon lui, des leviers essentiels pour interrompre la propagation du virus. L’OMS insiste également sur la confiance des populations, dans une région où la désinformation et la méfiance à l’égard des intervenants extérieurs compliquent l’accès aux soins.
Le taux de recherche des contacts, actuellement évalué à environ 80 %, doit être porté à 95 %. Plus de 21 000 agents de santé communautaires ont par ailleurs été formés afin de renforcer la surveillance et l’identification des cas.
Des capacités de traitement triplées
Face à l’ampleur de la crise, les capacités de prise en charge doivent être considérablement renforcées. L’OMS prévoit de les tripler pour atteindre 3 000 lits dans les douze prochaines semaines, tandis que les centres de traitement, les laboratoires et les équipes chargées des inhumations sécurisées poursuivent leur déploiement dans les provinces touchées.
À ce jour, 886 patients ont été déclarés guéris, alors qu’aucun traitement thérapeutique ni vaccin spécifiquement approuvé contre le virus responsable de l’épidémie n’est encore disponible.
Deux vaccins conçus contre le virus Bundibugyo, à l’origine de l’épidémie actuelle, sont néanmoins entrés en phase 1 d’essais cliniques afin d’évaluer leur sécurité chez l’être humain. L’OMS a recommandé leur inclusion dans un essai de phase 3, tout en soulignant qu’il reste à démontrer leur efficacité contre la maladie à virus Bundibugyo.
Parallèlement, l’essai PARTNERS, soutenu par l’OMS, a franchi le cap des 100 patients, selon Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui y voit la preuve qu’une recherche clinique peut être mobilisée rapidement même dans un contexte épidémique particulièrement difficile.
Un contexte sécuritaire qui favorise la propagation
La progression du virus est aggravée par les conditions dans lesquelles il circule. L’est de la RDC reste marqué par un conflit persistant, une forte mobilité des populations et des infrastructures sanitaires insuffisantes. Des professionnels de santé ont également cessé le travail en raison de salaires impayés.
Selon Sylvie Briand, cheffe scientifique de l’OMS, aucun élément ne permet pour l’heure d’attribuer l’accélération de l’épidémie à une mutation du virus. La dynamique actuelle s’expliquerait davantage par le contexte local : conflit, déplacements de population, difficultés d’accès aux soins et obstacles sociaux et économiques à l’interruption des chaînes de transmission.
L’épidémie pourrait en outre avoir commencé bien avant sa déclaration officielle. Le séquençage et les analyses disponibles conduisent désormais les autorités sanitaires à estimer qu’elle aurait débuté deux à trois mois auparavant, possiblement dès février, alors qu’elle n’a été officiellement déclarée que le 15 mai.
Pour l’OMS, le retard accumulé est désormais considérable. « L’épidémie a pris une bonne longueur d’avance, elle est toujours bien en tête et nous essayons de rattraper notre retard », a résumé Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Selon le scénario considéré comme modéré par l’OMS, le pic de l’épidémie pourrait être atteint dans environ six mois. Un scénario plus défavorable envisage toutefois une persistance du phénomène pendant neuf à douze mois.