Le procès de Tundu Lissu, figure de proue de l’opposition tanzanienne, a repris lundi 10 août devant la Haute Cour de Dar es Salaam, cinq mois après sa suspension, a annoncé son parti, le Chadema. La procédure avait été interrompue le 24 février, dans l’attente de l’examen d’un recours formé par le parquet contre une décision autorisant l’admission d’éléments de preuve supplémentaires.
Tanzanie : le procès de Tundu Lissu reprend après cinq mois de suspension
La Cour d’appel a rejeté ce recours le 30 juillet, permettant la reprise des débats judiciaires. Détenu depuis avril 2025, M. Lissu est poursuivi pour trahison, une infraction particulièrement grave en Tanzanie, susceptible d’entraîner la peine capitale.
À l’extérieur du palais de justice, l’opposant a accusé le parquet de chercher à prolonger la procédure afin de maintenir sa détention provisoire. « Quelqu’un devra payer pour tout cela un jour », a-t-il également déclaré, selon une vidéo diffusée par le Chadema.
Le parti d’opposition a qualifié la reprise du procès de « moment décisif » pour la liberté de son dirigeant. Sa porte-parole, Brenda Rupia, y voit également un test pour « l’engagement du pays en faveur de la démocratie, de l’État de droit et du respect des libertés politiques ». Le Chadema soutient que les poursuites engagées contre M. Lissu sont utilisées pour réprimer l’opposition et restreindre la participation politique.
L’affaire s’inscrit dans un contexte électoral particulièrement tendu. Le Chadema avait été exclu des élections nationales de 2025, tandis que les autorités tanzaniennes ont fait face à des critiques internationales concernant leur gestion des manifestations survenues autour du scrutin. L’opposition et des organisations de défense des droits humains affirment que ces violences ont fait des milliers de morts.
La présidente Samia Suluhu Hassan, au pouvoir depuis 2021, a remporté le dernier scrutin avec 98 % des suffrages, selon les résultats officiels. Le Chadema l’accuse depuis de renouer avec les méthodes répressives associées à son prédécesseur, John Magufuli, dont la présidence avait été marquée par de fortes restrictions visant l’opposition et les libertés politiques.
Militant de longue date, Tundu Lissu est une personnalité centrale de la vie politique tanzanienne. Il était rentré dans son pays en 2023, après plusieurs années à l’étranger consécutives à une tentative d’assassinat dont il avait été victime. Déjà arrêté à plusieurs reprises au cours de sa carrière politique, il fait toutefois face, avec cette procédure, à l’accusation la plus grave de son parcours.