Après 58 jours d'absence, l'inquiétude grandit autour de Paul Biya

La Une d'un journal consacrée à l'absence prolongée du président Paul Biya, exposée dans un kiosque à journaux à Yaoundé (Cameroun), le 5 août 2026.   -  
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Joel Kouam - Africanews

Parti le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe », le président camerounais Paul Biya n'est toujours pas réapparu. Cinquante-huit jours après son départ, cette absence inédite nourrit les interrogations de la population, tandis que l'opposition dénonce un vide institutionnel. Malgré plusieurs décrets présidentiels signés à distance, le débat sur l'après-Biya s'impose désormais dans les rues de Yaoundé.

Dans les kiosques, sur les marchés ou à la sortie des administrations, une même question revient avec insistance : où est Paul Biya ? À mesure que les jours passent, l'absence du président camerounais, 93 ans, domine les conversations dans la capitale.

Parti le 7 juin dernier pour ce qui avait été présenté comme un « court séjour privé en Europe », le chef de l'État n'a plus été vu publiquement depuis. Aucun déplacement, aucune image récente, aucune déclaration. Cinquante-huit jours plus tard, le silence présidentiel est devenu un sujet de préoccupation nationale.

Pour une partie des habitants, cette absence ne remet pas encore en cause la confiance accordée au chef de l'État.

« S'il est absent, c'est certainement pour une bonne raison. Nous lui avons fait confiance pour gérer le pays et nous restons dans cette logique. Nous espérons simplement que tout va bien et que son absence nous apportera finalement de bonnes nouvelles », affirme Abdou Salam Njoya, habitant de Yaoundé.

Une absence qui « devient longue »

Mais cette sérénité n'est pas partagée par tous. Beaucoup évoquent une situation inédite et disent ne plus comprendre le silence qui entoure le président. « Les élèves ont obtenu des résultats très médiocres. Il aurait dû être là pour nous orienter, pour parler à cette jeunesse et demander pourquoi les résultats sont aussi faibles. Peut-être est-il simplement parti se reposer, comme il l'avait annoncé, mais cette absence devient longue », observe Tchoffo Jule.

L'inquiétude est encore plus palpable chez d'autres habitants, qui regrettent le manque d'informations officielles.

« Cela fait bientôt deux mois. Nous ne savons même pas si notre président est vivant ou non. Cette situation nous met vraiment mal à l'aise », confie Majesté Arouna.

Cette absence intervient dans un contexte politique déjà marqué par de nombreuses incertitudes. Depuis l'élection présidentielle d'octobre 2025, aucun nouveau gouvernement n'a été nommé, tandis que la réforme constitutionnelle ayant créé la fonction de vice-président, en mai dernier, n'a toujours pas été suivie d'une désignation. L'opposition dénonce un « vide institutionnel » et accuse le pouvoir de gouverner « en pilote automatique ».

Pour le politologue Cyrille Tchamba, les interrogations des Camerounais sont désormais légitimes.

« Après 58 jours d'absence sur le territoire national, il est normal que les Camerounais se demandent ce que cache cette situation. Le gouvernement donne une impression de cacophonie. Il existe une chape de plomb autour de la question de l'après-Biya, mais il est temps d'assumer ce débat », analyse-t-il.

L'après-Biya, un débat inévitable

Face aux spéculations sur l'état de santé du président, les autorités s'efforcent de démontrer que Paul Biya continue d'exercer ses fonctions. Ces dernières semaines, plusieurs décrets ont été publiés depuis l'étranger.

Fin juillet, le chef de l'État a autorisé la signature d'accords de financement avec la Banque islamique de développement, pour un montant d'environ 28 milliards de francs CFA. Le 3 août, il a également procédé à un important remaniement au sein de la hiérarchie militaire, avec la promotion de cinq colonels au grade de général de brigade et la nomination du général de division Ebaka Hypolite au poste de major général des armées.

Pour le gouvernement, ces décisions attestent de la continuité de l'État et démontrent que le président suit les affaires du pays à distance. Les autorités assurent également que son retour est imminent, sans toutefois avancer de date.

Ces annonces ne suffisent cependant pas à dissiper les doutes. Les nominations militaires sont interprétées par plusieurs observateurs comme un moyen de consolider l'appareil sécuritaire à un moment où les spéculations sur la succession se multiplient.

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