Après avoir perdu sa maison, sa librairie et son fils pendant la guerre, Mohammed Saad, libraire à Gaza, reconstitue sa collection, un livre sauvé à la fois. Vendant ses ouvrages depuis une tente installée au bord de la route, il est déterminé à préserver la culture, la mémoire et l’espoir malgré les ravages de la guerre.
Un libraire de Gaza est retourné dans les ruines pour récupérer ses livres
Lorsque la guerre a détruit sa maison et sa librairie à Beit Lahia, Mohammed Saad a perdu bien plus qu’une simple entreprise. Ce libraire de 58 ans a vu la collection qu’il avait mis 35 ans à constituer ensevelie sous les décombres, tout comme le lieu qui avait donné tout son sens à sa vie.
Après avoir été déplacé à Deir el-Balah, dans le centre de Gaza, Saad est retourné sur les lieux de la catastrophe malgré les dangers, déterminé à récupérer autant de livres que possible.
« J’ai trouvé la maison et les bibliothèques détruites, et les bombardements se poursuivaient. J’ai essayé d’écarter les décombres pour récupérer les livres », se souvient-il.
Risquer sa vie pour sauver des livres
Saad explique qu’il a fait fi du danger en fouillant les décombres, convaincu que ces livres étaient trop précieux pour être abandonnés.
« Les tirs passaient juste au-dessus de nos têtes, et je ramassais des livres parce que les livres sont précieux », a-t-il déclaré. « Je travaille avec ces livres depuis 35 ans. »
Avant la guerre, il vendait des livres devant l’entrée de l’Université islamique et sur l’ancien marché Firas de la ville de Gaza, avant d’ouvrir une grande librairie à Beit Lahia. Le conflit a détruit à la fois sa maison et son commerce, et il a également perdu son fils.
Une librairie sous une toile
Aujourd’hui, Saad a reconstruit son gagne-pain dans le cadre le plus modeste qui soit : une tente au bord de la route, à Deir el-Balah.
Les livres sauvés sont empilés sur des présentoirs de fortune, souvent exposés à la chaleur, à la poussière et aux intempéries, car il ne dispose ni d’étagères ni d’espace de stockage adaptés. Malgré ces conditions, cette petite librairie assure un revenu à sa famille tout en continuant à offrir aux lecteurs un accès à la littérature et au savoir.
Un appel à la protection des livres
Saad a lancé un appel aux habitants de Gaza pour qu’ils ne détruisent pas les livres dont ils n’ont plus besoin, les exhortant, au contraire, à leur offrir une seconde vie.
« Je dis à tous ceux qui ont des livres : ne les brûlez pas. J’achèterai les livres de quiconque en possède », a-t-il déclaré. « Ne les brûlez pas, car les livres ont de la valeur, et les livres, c’est la vie pour une personne. »
Préserver la mémoire à travers la littérature
Pour Saad, chaque livre récupéré représente bien plus que du papier et de l’encre. C’est un symbole de résilience dans un territoire où les habitations, les écoles et les institutions culturelles ont subi des destructions massives.
Sa petite tente est devenue bien plus qu’une librairie : elle rappelle que, même au milieu de la guerre et des pertes, préserver le savoir et la culture reste un acte d’espoir.