Le gouvernement sud-africain a décidé de retenir temporairement une enveloppe de 3,6 milliards de rands, soit environ 220 millions de dollars, destinée à Johannesburg, la plus grande municipalité du pays et son principal centre économique.
L'Afrique du Sud gèle 220 millions de dollars d’aides destinées à Johannesburg
Cette mesure, annoncée par le Trésor national, intervient après une série d’alertes concernant la situation financière critique de la ville, accusée de ne pas respecter les règles de bonne gestion budgétaire.
La suspension des fonds concerne une partie des dotations publiques normalement versées aux collectivités locales au début de chaque exercice financier. Elle vise à contraindre Johannesburg à adopter rapidement des mesures correctives, notamment en matière de réduction des dépenses improductives, de recouvrement des dettes et d’assainissement de ses finances.
Les autorités ont toutefois précisé qu’il ne s’agissait pas d’une mise sous administration spéciale de la municipalité. Ogalaletseng Gaarekwe, directrice générale adjointe du Trésor chargée des relations intergouvernementales, a indiqué que les financements pourraient être débloqués si Johannesburg démontre des avancées concrètes dans l’amélioration de sa gestion.
Finances municipales au bord de l’asphyxie
La situation de Johannesburg illustre les difficultés croissantes auxquelles sont confrontées plusieurs grandes villes sud-africaines. La métropole souffre d’un affaiblissement de ses infrastructures, de pannes récurrentes des services essentiels et d’une accumulation de dettes qui pèse lourdement sur son fonctionnement.
L’un des principaux créanciers de la ville est Eskom, le fournisseur public d’électricité, envers lequel Johannesburg accuse d’importants retards de paiement. Ces difficultés financières alimentent régulièrement la menace de coupures d’électricité, dans un pays déjà marqué par une crise énergétique persistante.
Le Trésor national a également critiqué le budget municipal adopté en mai, d’un montant de 97,1 milliards de rands, soit près de 6 milliards de dollars. Selon l’administration centrale, ce budget repose sur des prévisions de recettes trop optimistes et prévoit une augmentation jugée excessive de la masse salariale, alors même que les capacités financières réelles de la ville sont limitées.
Les médias sud-africains rapportent par ailleurs que Johannesburg ne disposerait actuellement que de quelques jours de réserves de trésorerie, entre cinq et dix-sept jours selon les estimations publiées, un niveau considéré comme particulièrement préoccupant pour une métropole de cette importance.
Crise de gouvernance sur fond de soupçons de corruption
Au-delà des déséquilibres budgétaires, le Trésor pointe également des problèmes persistants liés aux dépenses irrégulières et aux contrats publics mal contrôlés. Les autorités estiment que la municipalité doit renforcer ses mécanismes de contrôle afin de limiter les gaspillages et les pratiques susceptibles d’alimenter la corruption.
Johannesburg fait partie des quelque 69 municipalités dont une partie des financements sera suspendue jusqu’en septembre, à moins qu’elles ne prouvent avoir réduit d’au moins 25 % leurs dépenses considérées comme inutiles ou non prioritaires.
Cette décision place directement sous pression le maire de Johannesburg, Dada Morero, issu du Congrès national africain (ANC). Son administration est accusée par ses opposants de ne pas avoir réussi à enrayer le déclin des services municipaux ni à restaurer la confiance des habitants.
Johannesburg, enjeu majeur des prochaines élections
La crise financière de Johannesburg intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Les élections municipales prévues le 4 novembre devraient faire de la capitale économique sud-africaine l’un des principaux champs de bataille électoraux.
L’Alliance démocratique (DA), deuxième formation politique du pays, entend capitaliser sur les difficultés de la municipalité et fait du redressement de Johannesburg un argument central de campagne. Le parti d’opposition accuse l’ANC, au pouvoir dans la ville, d’être responsable de la détérioration des services publics et de la mauvaise gestion des ressources.