Milia el-Cheikh a quitté Dibbine avec le reste de la population le 3 mars, à la suite des ordres d’évacuation émis par Israël. Elle appartient à la petite communauté chrétienne vivant dans ce village à majorité chiite.
Liban : les tensions communautaires ravivées par la guerre
Jdeidet Marjayoun, localité à majorité chrétienne, figure parmi plusieurs villes et villages situés à la périphérie de la zone du sud du Liban occupée par l’armée israélienne et visités par l’Associated Press dans le cadre de son reportage sur le conflit opposant Israël au Hezbollah. Fin mai, l’armée israélienne a mené une opération à Dibbine, où elle a affronté des combattants du Hezbollah pendant plusieurs jours avant de se retirer au début du mois de juin.
Selon plusieurs habitants et responsables locaux, les autorités israéliennes ont conditionné le maintien des populations dans certaines localités au refus d’accueillir des déplacés chiites ayant fui les zones de combat. Ceux qui ne respectaient pas cette consigne s’exposaient à des représailles.
À Qlayaa, la maison d’un habitant aurait ainsi été bombardée après qu’il eut hébergé dans son verger un ami originaire d’un village chiite, selon le maire de la localité. Face à ces pressions, plusieurs résidents ont demandé à des déplacés de quitter les lieux.
La municipalité de Jdeidet Marjayoun affirme également avoir reçu des appels des autorités israéliennes l’avertissant de ne pas accueillir de déplacés chiites ni de combattants du Hezbollah. Quelques semaines plus tard, un nouvel avertissement aurait indiqué que la ville pourrait être évacuée ou exposée à des risques accrus si des personnes extérieures à la commune continuaient d’y être hébergées.
Cette situation ravive de vieux traumatismes dans une région marquée par l’occupation israélienne du Sud-Liban entre 1982 et 2000. À l’époque, le secteur constituait l’un des principaux bastions de l’Armée du Liban Sud, une milice alliée à Israël.
Après le retrait israélien, certains membres de cette force ont trouvé refuge en Israël tandis que d’autres ont été jugés au Liban. Plus de deux décennies après, les blessures liées à cette période demeurent vives.
Aujourd’hui, certains habitants redoutent d’être assimilés à tort aux collaborateurs de l’époque simplement parce qu’ils ont choisi de rester dans leurs villages. D’autres craignent d’avoir été pris pour cible par les tirs de roquettes du Hezbollah en raison de leur proximité avec les zones contrôlées par Israël.