Centrafrique : des réfugiées soudanaises accouchent sans assistance médicale

Maude Ahmad Fadala, une réfugiée soudanaise en République centrafricaine   -  
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À Birao, dans le nord-est de la République centrafricaine, des femmes réfugiées venues du Soudan accouchent désormais dans des conditions extrêmement précaires.

Maude Ahmad Fadala, installée au camp de Korsi, raconte avoir donné naissance seule, au bord d’une route, après plusieurs heures de douleurs.

« Je ne savais pas si mon bébé était vivant », confie-t-elle. « Je ne sais pas comment font les infirmières pour vérifier si le nouveau-né est vivant, s’il pleure ou non. J’étais perdue. Mon bébé et moi étions malades. »

Affaiblie par une infection et incapable de rejoindre une structure de soins, elle dit avoir vécu un accouchement sans aucune assistance : « Il n’y avait ni médecin, ni sage-femme. Je ne sais pas comment nous avons survécu. »

Cette situation n’est pas isolée dans une région où l’accès aux soins prénataux demeure limité. Selon les équipes médicales locales, de nombreuses femmes arrivent à l’hôpital en phase avancée de travail, sans suivi préalable. « Toutes les femmes qui ne viennent pas aux consultations prénatales… quand elles viennent ici pour accoucher, c’est une épreuve, c’est soit le bébé, soit la mère qui en souffre », explique Delphine Zanabe, sage-femme à l’hôpital de district de Birao.

Dans ce contexte, les services de santé ont été fragilisés par des réductions de financements touchant plusieurs programmes soutenus par le Fonds des Nations unies pour la population, UNFPA. Plusieurs dispositifs d’accompagnement des femmes enceintes ont été fermés, entraînant la suppression de postes de sages-femmes et la disparition de structures de transport vers les centres de soins.

« Les coupes budgétaires ont réduit l’accès des femmes aux services de santé maternelle », souligne Marie Justine Mamba Ibingui, spécialiste des violences sexistes à l’UNFPA. « Aujourd’hui, les femmes n’ont plus accès à ces services. Par conséquent, certaines courent le risque de mourir dans des situations de grossesse qui ne sont pas prises en charge médicalement. »

Pour les équipes humanitaires, la situation est particulièrement préoccupante dans une région déjà marquée par des années d’instabilité. Le responsable de l’UNFPA en Centrafrique estime que « le risque de mortalité maternelle va augmenter s’il n’y a pas de solution », dans un contexte où les ressources restent très limitées.

Les chiffres illustrent cette vulnérabilité extrême : le pays enregistre environ 829 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, l’un des taux les plus élevés au monde, selon les Nations unies. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que la majorité des décès maternels survient dans des contextes de conflit ou de fragilité institutionnelle.

Depuis le déclenchement de la Guerre civile soudanaise, l’arrivée de réfugiées dans le nord-est centrafricain a encore accru la pression sur des infrastructures déjà saturées. À Birao, les structures de santé doivent désormais prendre en charge à la fois la population locale et plusieurs dizaines de milliers de réfugiés.

Plusieurs sages-femmes ont par ailleurs perdu leur emploi à la suite de la baisse des financements internationaux, aggravant la pénurie de personnel médical. L’une d’elles, contrainte de quitter son poste, confie : « Les enfants nés dans mes mains… je les ai abandonnés comme ça. »

Sur le terrain, les conséquences sont immédiates : infections non traitées, accouchements à domicile non assistés et urgences obstétricales tardivement prises en charge. Selon les estimations des Nations unies, plus de 40 % des naissances en République centrafricaine ont encore lieu en dehors des structures médicales.

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