La tension monte dans les zones cacaoyères de Côte d’Ivoire. Après plusieurs manifestations de producteurs dénonçant des stocks de cacao invendus et des paiements en attente, le Conseil du Café-Cacao (CCC) prévoit d’envoyer des responsables dans le centre-est du pays afin de calmer la situation.
Côte d’Ivoire : le gouvernement face à la colère des producteurs de cacao
Selon une source proche du CCC citée par Reuters, une mission officielle doit se rendre à M’Batto, une ville où des dizaines de planteurs ont récemment bloqué des routes pour réclamer le paiement de leurs récoltes. La police avait dispersé les manifestants à l’aide de gaz lacrymogènes.
Des stocks de cacao qui s’accumulent
La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, fait face depuis plusieurs mois à une accumulation de fèves invendues. Cette situation est apparue entre novembre et décembre, après une forte baisse des prix mondiaux, devenus inférieurs aux prix garantis localement par le CCC.
Pour limiter les pertes, le gouvernement avait lancé un programme de rachat des stocks. Mais sur le terrain, de nombreux producteurs affirment ne toujours pas avoir reçu l’argent correspondant à leur cacao récolté pendant la grande campagne, entre octobre et mars.
Cette attente provoque un profond découragement chez les cultivateurs, qui craignent désormais pour la prochaine récolte.
Dans la région de Daloa, au centre-ouest du pays, une coopérative regroupant plus de 300 producteurs affirme détenir encore environ 150 tonnes de cacao invendu.
Son responsable, Albert Konan, explique que les retards de paiement fragilisent fortement les exploitants :
« Cette situation aura un impact sur la prochaine récolte, car les producteurs comptaient sur cet argent pour entretenir leurs plantations. »
Selon lui, certains agriculteurs n’ont même plus les moyens de se soigner.
Des négociants internationaux estiment que la crise reste pour l’instant localisée et n’affecte pas encore les marchés mondiaux. Mais ils craignent des conséquences sur la prochaine saison si le problème perdure.
Dans l’ouest du pays, notamment à Soubré et Duékoué, plusieurs producteurs disent avoir été contraints de vendre leur cacao au prix de la petite récolte, nettement inférieur.
Alors que le prix officiel de la grande campagne atteignait 2 800 francs CFA par kilogramme, certains cultivateurs ont dû céder leurs fèves à seulement 1 300 francs CFA le kilo afin d’éviter qu’elles ne pourrissent.
Salif Koné, planteur près de Duékoué, témoigne : « Nous ne pouvons pas obtenir les 2 800 francs CFA par kilogramme. Les fèves de la grande récolte se détériorent, alors je les ai vendues à 1 300 francs CFA. »
Les organisations agricoles appellent à une solution rapide
La Plateforme ivoirienne pour un cacao durable, organisation engagée dans la défense des producteurs, reconnaît l’existence de stocks toujours invendus et de paiements non effectués.
Sa responsable, Pauline Zei, affirme que l’État a déjà pris certaines mesures pour réduire les stocks, mais que des difficultés persistent :
« Certains lots ont été achetés, mais les producteurs n’ont toujours pas été payés. Nous comprenons leur détresse. »
Cette crise intervient alors que les producteurs ivoiriens continuent de percevoir une faible part de la valeur finale du chocolat vendu dans le monde, malgré l’envolée des prix du cacao observée en 2024.