Tchad : Huit leaders de l’opposition condamnés à huit ans de prison 

Le président tchadien Mahamat Deby Itno participe à la cérémonie de son investiture à N'Djamena, au Tchad, le 23 mai 2024.   -  
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Huit leaders de l'opposition tchadienne arrêtés à la fin du mois dernier ont été condamnés vendredi à huit ans de prison, a déclaré leur avocat à l'AFP. Il s'agit des dernières arrestations en date de détracteurs du président Mahamat Idriss Deby.

Les accusés, tous membres du seul mouvement politique à avoir systématiquement contesté l'élection de Deby, avaient été arrêtés dans la capitale N'Djamena une semaine avant une « marche de protestation et d'indignation » interdite par le gouvernement.

Ils avaient été placés en détention provisoire dans l'attente des conclusions d'une enquête judiciaire pour "association de malfaiteurs, rébellion et détention illégale d'armes de guerre".

"Nous ne sommes pas surpris mais déçus par la décision du tribunal, qui repose sur des infractions inexistantes", a déclaré l'avocat des accusés, Moussa Adoum.

Il a indiqué qu’ils demanderaient que l’affaire soit renvoyée devant la cour d’appel pénale de N’Djamena, "afin que la cour puisse statuer sans pression politique".

Depuis son arrivée au pouvoir à la suite du décès de son père Idriss Deby Itno, au pouvoir depuis longtemps, tué par des rebelles, Deby a supervisé l’incarcération de nombre de ses principaux rivaux.

Le principal leader de l’opposition, Succes Masra, ancien Premier ministre, a été condamné à 20 ans de prison pour "incitation à la haine" en mai 2025, à l’issue d’un procès que Human Rights Watch a dénoncé comme étant motivé par des considérations politiques.

Le parti Transformers de Masra avait appelé à la libération des huit leaders de l’opposition début mai lors d’un rassemblement en soutien à leur chef emprisonné, au cours duquel les forces de sécurité ont tué un manifestant.

Dissolution ordonnée par la Cour suprême

Les condamnations prononcées vendredi interviennent au lendemain de la décision de la Cour suprême ordonnant la dissolution de leur mouvement GCAP, qui regroupe 13 partis politiques et des représentants de la société civile.

Le GCAP avait ouvertement appelé au boycott du scrutin qui a vu Deby élu président en mai 2024, trois ans après avoir pris le pouvoir à titre intérimaire à la suite du décès de son père au front.

À la mi-avril, le mouvement avait lancé un appel sur les réseaux sociaux pour que les Tchadiens manifestent contre "l’injustice, l’exclusion et pour le rétablissement de nos droits, de nos libertés et de la justice".

Et en octobre, la coalition avait dénoncé le "climat de terreur" provoqué par "l’intimidation" et les "menaces", qui s’ajoutaient aux interdictions des autorités concernant les manifestations et les rassemblements publics.

Au début du même mois, le Parlement tchadien a adopté à une écrasante majorité une révision constitutionnelle autorisant le président à exercer des mandats illimités de sept ans.

Cette modification, que l'opposition a qualifiée d'"autoritaire", pourrait permettre à Deby de rester au pouvoir à vie et de dépasser les 30 ans de règne de son père assassiné.

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