À Nairobi, la Réunion régionale du Sommet mondial de la santé a marqué un tournant majeur : les coupes drastiques dans l’aide publique américaine à l’Afrique sont désormais perçues par une large partie des intervenants comme la fin d’un modèle de développement jugé « obsolète ».
L’Afrique appelle à renforcer sa souveraineté sanitaire
La décision de Washington de supprimer l’agence USAID, dotée d’environ 40 milliards de dollars par an, a certes suscité de vives critiques en Occident en raison de ses effets immédiats sur l’accès aux soins, notamment pour les traitements contre le VIH/sida. Mais plusieurs responsables africains et experts y voient surtout une rupture historique susceptible d’accélérer l’autonomie sanitaire du continent.
Pour Lukoye Atwoli, président de la réunion et co-organisateur du sommet, ce modèle reposait sur une logique de « médecine de misère », fondée sur l’idée que les populations africaines ne pouvaient accéder à des soins de qualité. Il appelle à un dépassement de cette approche au profit de systèmes financés et conçus localement.
De son côté, Axel Pries, président du Sommet mondial de la santé, estime que ces coupes constituent un « signal d’alarme » supplémentaire après la pandémie de Covid-19, qui avait déjà révélé les inégalités d’accès aux vaccins. Il plaide pour un basculement structurel : abandon du schéma « donateur-bénéficiaire » au profit d’un financement endogène renforcé, tout en reconnaissant la nécessité d’un soutien externe transitoire dans certains cas.
Le responsable dénonce également les nouvelles pratiques bilatérales des États-Unis, consistant à conclure des accords directs avec certains pays en conditionnant les financements à l’accès aux données sanitaires. Plusieurs États africains redoutent une marchandisation de ces données, susceptibles d’être exploitées pour des recherches biomédicales sans retour équitable pour les populations concernées.
Dans ce contexte, Lukoye Atwoli insiste sur l’urgence de rompre avec des systèmes hérités de la dépendance internationale et souligne les initiatives déjà engagées par certains pays, comme le Kenya, en matière de couverture santé universelle.
Enfin, les participants au sommet convergent sur un point : malgré les tensions et les chocs provoqués par le désengagement occidental, cette crise pourrait accélérer l’émergence d’un modèle africain plus autonome. Une opportunité résumée par Axel Pries d’une formule sans détour : « ne gâchons pas une bonne crise », afin de transformer une contrainte brutale en levier de refondation durable des systèmes de santé africains.