L’Afrique subsaharienne a entamé l’année 2026 avec la dynamique économique la plus forte depuis plus d’une décennie... avant qu’un nouveau choc mondial ne vienne brusquement altérer ses perspectives.
"L’Afrique subsaharienne résiliente malgré les chocs mondiaux" - Abebe Selassie
« L’Afrique subsaharienne est entrée en 2026 avec la dynamique économique la plus forte qu’elle ait connue depuis une décennie. Et puis la guerre est arrivée », a déclaré Abebe Aemro Selassie, en présentant les dernières Perspectives économiques régionales lors des réunions de printemps du Fonds Monétaire International.
« Comment tenir le cap, préserver les acquis durement obtenus tout en absorbant un nouveau choc, c'est le défi central auquel ce rapport tente de répondre », a-t-il ajouté.
Une dynamique de croissance record désormais sous pression
Selon le rapport, l’année 2025 a marqué une période de progrès significatifs dans la région. La croissance économique a atteint 4,5 %, soit le rythme le plus rapide depuis plus de dix ans, portée par des conditions extérieures favorables et, surtout, par des réformes internes.
Des pays comme l'Ethiopie et le Nigeria ont mis en œuvre des mesures macroéconomiques clés, notamment des ajustements de leurs taux de change, des coupes dans les subventions et un resserrement des politiques monétaires, entraînant une amélioration des finances publiques, une baisse de l’inflation et même des relèvements de notation souveraine.
L’inflation est tombée à un niveau médian de 3,4 % à la fin de 2025, tandis que les déficits budgétaires se sont réduits et que les niveaux de dette publique ont diminué.
« En résumé, 2025 a été une année de stabilisation acquise de haute lutte », a déclaré Selassie. « Les décideurs politiques de la région méritent d’être salués. »
Mais ces acquis sont désormais menacés.
Un choc lié à la guerre qui frappe plus durement les économies vulnérables
Le conflit au Moyen-Orient a déclenché une nouvelle vague de pressions économiques, faisant grimper les prix du pétrole, du gaz et des engrais, augmentant les coûts du transport maritime et perturbant le commerce, le tourisme et les transferts de fonds.
En conséquence, le FMI a révisé à la baisse la croissance régionale à 4,3 % pour 2026, tandis que l’inflation devrait atteindre environ 5 %.
L’impact varie fortement selon les pays. Les exportateurs de pétrole peuvent bénéficier de recettes plus élevées, mais restent exposés à la volatilité, tandis que les pays importateurs de pétrole, en particulier les États fragiles et à faible revenu, font face à une détérioration de leur balance commerciale et à une hausse du coût de la vie.
« Les conséquences humaines pourraient être sévères », a averti Selassie.
Il a également mis en lumière un facteur moins visible mais crucial : une baisse brutale et sans précédent de l’aide publique au développement.
« Ce que nous observons aujourd’hui semble plus structurel », a-t-il indiqué, soulignant que les réductions d’aide touchent particulièrement les économies les plus vulnérables, où ce soutien est essentiel pour des services de base comme la santé et la sécurité alimentaire.
Une résilience construite grâce aux réformes
Malgré ces pressions croissantes, Selassie a insisté sur le fait que les économies africaines ont déjà démontré une résilience significative.
« Ne sous-estimons pas tout ce que les pays ont fait pour contenir l’impact de ces chocs successifs », a-t-il déclaré.
Cependant, maintenir cette résilience nécessitera des efforts continus. À court terme, les gouvernements doivent protéger les populations les plus vulnérables et préserver les dépenses publiques essentielles, notamment dans le domaine de la sécurité alimentaire.
À plus long terme, la reconstruction des marges de manœuvre budgétaires et le renforcement de la mobilisation des recettes intérieures seront essentiels. Ces réformes, a reconnu Selassie, impliquent des choix politiques difficiles et un dialogue élargi.
« Elles nécessitent d’engager des conversations difficiles avec les différentes parties prenantes », a-t-il souligné.
La reprise du Ghana suscite un optimisme prudent
Parmi les pays se distinguant positivement, Selassie a cité le Ghana comme exemple d’amélioration de la stabilité macroéconomique.
«Je suis très heureux de constater l’amélioration de la situation macroéconomique au Ghana», a-t-il déclaré, exprimant son optimisme quant à la trajectoire de croissance du pays et à son potentiel à long terme.
Il a toutefois insisté sur la nécessité de maintenir l’élan des réformes au-delà des programmes actuels afin d’assurer une stabilité durable.
« Le potentiel y est immense », a-t-il ajouté.
Concernant le Senegal, Selassie a indiqué que le FMI travaille étroitement avec les autorités pour élaborer une réponse qui n’impose pas une charge excessive à la population. Les discussions sont toujours en cours.
Un ordre mondial en mutation
Au-delà des défis immédiats, Selassie a souligné une transformation plus profonde de l’économie mondiale.
« Il s’agit d’un changement majeur de l’ordre mondial auquel tous les pays d’Afrique subsaharienne devront faire face », a-t-il déclaré.
Pour naviguer dans cet environnement en évolution, les pays d'Afrique subsaharienne devront renforcer leur résilience grâce à des réformes structurelles, au développement des marchés financiers et à une intégration régionale accrue, notamment à travers des initiatives telles que la Zone de libre-échange continentale africaine.
Un départ salué par une ovation
La présentation a également été marquée par un moment d’émotion. Selassie ayant annoncé précedement son départ de son poste de directeur du département Afrique du FMI, mettant fin à plusieurs années d’engagement sur les enjeux économiques du continent.
Le Directeur du Département Afrique du FMI a été salué par une standing ovation des journalistes présents dans la salle, un hommage rare qui témoigne du respect qu’il a su inspirer.
Perspectives
Alors que l’Afrique subsaharienne fait face à un environnement mondial plus incertain, le message du FMI est clair : la région a réalisé de réels progrès, mais la suite dépendra de la poursuite des réformes.
« Les acquis de 2025 sont réels, et ils méritent d’être préservés », a conclu Selassie.
Avec le soutien continu du FMI, à travers le financement, les conseils en politique économique et le renforcement des capacités, le défi est désormais non seulement de préserver ces acquis, mais aussi d’en faire le socle d’une croissance plus forte et plus inclusive.