Gambie : nomination d’un procureur spécial pour juger les crimes sous Jammeh

Gambia's President Yahya Jammeh addresses the 69th session of the United Nations General Assembly at the United Nations headquarters on Sept. 25, 2014.   -  
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La Gambie a franchi une nouvelle étape dans sa quête de justice transitionnelle. Le gouvernement a annoncé, mercredi, la nomination d’un procureur spécial chargé de poursuivre les crimes commis sous le régime de l’ancien président Yahya Jammeh.

Le Britannique Martin Hackett a été désigné à ce poste, près de deux ans après sa création. Spécialiste des crimes de guerre, du génocide et du terrorisme, il a notamment travaillé avec les Nations unies. Il devrait prendre ses fonctions dans le pays avant la fin du mois.

Cette nomination intervient après des critiques de parlementaires et d’organisations de défense des droits humains sur la lenteur du processus, que les autorités attribuent à des consultations et procédures administratives.

Yahya Jammeh a dirigé la Gambie d’une main de fer entre 1994 et 2017. Selon la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), entre 240 et 250 personnes ont été tuées par l’État durant cette période, marquée également par des cas de torture, d’enlèvements et d’autres violations graves des droits humains.

Dans un rapport publié en 2021, la commission a recommandé des poursuites contre l’ancien président et 69 autres personnes.

Le procureur spécial aura pour mission de juger environ 70 suspects identifiés par la TRRC. Son mandat, renouvelable tous les quatre ans, prévoit également la possibilité de saisir un tribunal spécial en cours de création.

Un dispositif judiciaire en construction

En avril 2024, le Parlement gambien a adopté une loi créant le Bureau du procureur spécial, ainsi qu’une juridiction dédiée aux crimes du régime Jammeh.

En parallèle, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a soutenu en décembre 2024 la création d’un tribunal spécial hybride, en partenariat avec la Gambie. Ce projet n’a toutefois pas encore été financé.

Selon les experts, le procureur pourra choisir de juger les affaires soit en Gambie, soit devant ce futur tribunal régional.

Pour les défenseurs des droits humains, cette nomination est une avancée majeure.

« Martin Hackett apporte une expertise essentielle en matière de crimes complexes et de justice pour les victimes », a souligné Reed Brody, procureur international travaillant avec des victimes du régime Jammeh.

Arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1994, Yahya Jammeh a perdu l’élection présidentielle de 2016 face à Adama Barrow. Il vit depuis en exil en Guinée équatoriale.

Avec cette nomination, la Gambie espère désormais accélérer les poursuites et répondre aux attentes des victimes, près de dix ans après la fin du régime.

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