Figure majeure du jazz mondial, Abdullah Ibrahim a retrouvé la scène de sa ville natale à l’occasion du Cape Town International Jazz Festival (CTIJF), offrant au public un moment d’une portée à la fois musicale et historique.
Abdullah Ibrahim, mémoire vivante du jazz, émeut Cape Town
Né en 1934 au Cap et marqué par les années d’apartheid puis par un long exil, l’artiste n’a jamais cessé de nourrir son œuvre d’un lien profond avec son pays, faisant de sa musique un instrument de résistance et de mémoire.
Sur la scène intimiste du Rosies Stage, au Cape Town International Convention Centre, le pianiste a proposé bien plus qu’un concert : une traversée sensible de l’histoire sud-africaine. Entre compositions emblématiques et improvisations délicates, chaque note semblait porter la trace d’un vécu, mêlant douleur, résilience et célébration. Le public, suspendu à ses harmonies, s’est laissé emporter par cette fresque sonore, des heures sombres de l’apartheid aux élans d’une fierté retrouvée.
« C’est seulement aujourd’hui, après quatre-vingt-dix ans, que je commence à comprendre ce que signifie être un artiste », confiait-il, évoquant avec humilité la singularité du geste créatif.
Moment phare d’une première soirée riche en contrastes, la prestation d’Abdullah Ibrahim a fait écho à l’énergie déployée par d’autres artistes. Le vétéran Sipho “Hotstix” Mabuse a électrisé la scène, tandis que de jeunes talents comme lordkez et Rorisang Sechele ont illustré le renouvellement de la scène sud-africaine.
Le Cape Town International Jazz Festival, qui célèbre sa 26ᵉ édition, inscrit cet hommage au cœur d’une programmation foisonnante, où la musique sud-africaine rayonne autant dans la mémoire historique que sur la scène contemporaine. Attendu par plus de 30 000 spectateurs, l’événement confirme son rôle central dans le paysage musical du continent.
Cette édition se déroule toutefois dans un contexte particulier, marqué par la tenue simultanée d’une déclinaison africaine du Montreux Jazz Festival, organisée dans la vallée viticole de Franschhoek, à une quatre-vingtaine de kilomètres du Cap. Une concurrence regrettée par les organisateurs du CTIJF, qui pointent un risque de fragmentation des publics et des ressources.
Malgré cela, la présence d’Abdullah Ibrahim, peut-être pour l’une de ses dernières apparitions sur scène, s’impose comme un moment de grâce. Une manière, aussi, de rappeler que le jazz sud-africain puise sa force dans une histoire vivante, transmise de génération en génération.