Gabon : Chouchou Lazare transforme le raphia en joyau de la mode

Des mannequins portent des créations de Stella McCartney, à Paris le mercredi 4 mars 2026.   -  
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À Libreville, le raphia, fibre ancestrale et spirituelle du Gabon, trouve une nouvelle vie sous les doigts de Chouchou Lazare. Autodidacte et visionnaire, le styliste transforme ce matériau traditionnel en haute couture, entre héritage culturel et ambition internationale.

Sur le balcon de son atelier, des fibres de raphia sèchent au soleil. Pour Chouchou Lazare, c’est bien plus qu’une matière : c’est un héritage qu’il veut sublimer. Bustiers sculptés, jupes aériennes, silhouettes majestueuses : ses créations défilent aujourd’hui bien au-delà des frontières du Gabon.

« Le raphia du Gabon, il est particulier. Il est tissé très fin, c’est un textile qui mérite d’être montré », confie-t-il. Sous ses doigts, la fibre brute devient joyau de la mode contemporaine.

Une histoire de famille

Créatif depuis l’enfance, Chouchou Lazare aide sa mère à la couture dès l’âge de neuf ans. Au lycée, il organise son premier défilé. Jamais passé par une école de stylisme, il apprend seul à maîtriser le raphia et à en révéler toute la noblesse.

« Je n’ai pas d’âge, comme Karl », plaisante-t-il, évoquant Karl Lagerfeld, l’une de ses idoles. Chaque création est un hommage à sa mère et à sa grand-mère : « Elle était très grande. Pour moi, elle représentait une reine », raconte-t-il.

Entre tradition et modernité

Le raphia possède au Gabon une dimension culturelle et spirituelle forte. Autrefois réservé aux chefs et aux nobles, il accompagne encore mariages et cérémonies bwiti.

« Le raphia, au départ, c’était un code. La longueur, les motifs, parfois réalisés avec de l’écorce d’arbre, tout avait un sens. C’est un tissu qui parle aux ancêtres », explique le styliste.

Pour autant, il souhaite que cette fibre soit universelle : « N’importe qui peut porter du raphia. Ce n’est pas réservé aux Gabonais ou aux Africains. C’est ouvert à tout le monde. »

Une reconnaissance internationale

Depuis 2002, Chouchou Lazare attire l’attention des jurys et des professionnels. Il remporte le premier prix du meilleur défilé à la Biennale internationale de design de Saint-Étienne, en France.

Vingt-quatre ans plus tard, ses créations éblouissent Emmanuel Macron et Brice Clotaire Oligui Nguema à Libreville.

Récemment, il a reçu un prix à Paris, lors du Fashion Annual Show, saluant son rôle dans la valorisation de l’artisanat africain.

Ambassadeur du savoir-faire gabonais

Président de l’Association des stylistes et créateurs du Gabon, il accompagne la nouvelle génération de créateurs, leur transmettant rigueur et technique, tout en ouvrant les portes de l’international.

Oscar Ozimo, styliste depuis plus de vingt ans, se dit chanceux d'avoir pu accompagner son mentor au défilé parisien. "C’est une grande aubaine pour moi d’avoir fait partie de cette aventure enrichissante", a-t-il dit à l'AFP.

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