Somalie : une application en ligne pour trouver l'âme sœur

De jeunes réfugiées somaliennes regardent un smartphone alors qu'elles se tiennent ensemble au complexe de réfugiés de Dadaab, dans le nord-est du Kenya, le 16 avril 2018   -  
Copyright © africanews
YASUYOSHI CHIBA/AFP or licensors

En Somalie, une nouvelle application de rencontres connaît un vif succès. Mais dans cette société conservatrice musulmane de la Corne de l'Afrique, Guurdoon n'est pas un nouveau Tinder, permettant de multiplier les conquêtes : elle vise à trouver l'âme sœur pour fonder une famille.

Lancée en octobre 2022, l'application compte déjà plusieurs dizaines de milliers d'inscrits, selon ses fondateurs.

Sur "Guurdoon" ( "à la recherche du mariage" en langue somali), on ne "swipe" (faire glisser) pas des profils ou des photos vers la droite ou la gauche, comme sur les applications occidentales Tinder ou Bumble .

Il faut d'abord répondre à une série de questions comme "Choisissez le profil que vous préférez : 1. Célibataire 2. Veuve" , ou encore "Cherchez-vous quelqu'un qui a un travail ?" . Selon les réponses fournies, des profils sont ensuite proposés.

Rahma Hussein ne regrette pas d'avoir payé les 23 000 shillings somaliens (moins d'un euro au marché noir des devises) pour accéder à l'application. "Ça fonctionne très bien. (...) C'est facile à utiliser" , raconte à l'AFP cette infirmière de 23 ans.

"C'est moins difficile que de rencontrer physiquement des étrangers. Quand vous interagissez en ligne avec quelqu'un, vous pouvez lui poser toutes les questions que vous voulez et vous assurer qu'il vous convient avant de le rencontrer" , sourit-elle.

Chauffeur de tuktuk dans la capitale Mogadiscio , Abdifatah Adan l'utilise aussi. "J'ai entré les caractéristiques que je voulais trouver chez ma partenaire et l'application m'a proposé (...) environ huit personnes" , explique le jeune homme : "Il faut que je me décide et en choisisse une" .

L'application a été créée par l'association Guryosamo , fondée en 2012 pour encourager au mariage et aider les jeunes souhaitant se marier mais n'ayant pas la capacité financière pour le faire, dans ce pays pauvre ravagé par une guerre civile après la chute du dictateur Siad Barré en 1991, et toujours en proie aujourd'hui à l'insurrection des islamistes radicaux shebab .

"Tout ce dont la société avait besoin s'est effondré, y compris la famille qui en est l'épine dorsale" , explique son directeur Ahmed Abshir Geedi.  "Nous avons de gros problèmes aujourd'hui dans les mariages. Nos jeunes se précipitent pour se marier et ils divorcent immédiatement" , ajoute-t-il.

Des réunions sur ce thème en présence de chefs religieux, des anciens et des intellectuels sur le sujet ont fait naître l'idée de Guurdoon.

"Nous avons compris le besoin de promouvoir une plateforme où les personnes de tous âges peuvent se rencontrer et se trouver en tant que partenaires, puisque nos jeunes sont principalement sur les réseaux sociaux de nos jours" , explique-t-il.

Mais dans cette société traditionnelle musulmane à plus de 99%, "l'application est quelque chose de totalement nouveau (...) et certains sont perturbés par son usage" , concède Ahmed Abshir Geedi.

Abdifatah Adan l'a évoquée avec sa mère, qui s'est moquée de lui. "Elle m'a dit que c'était facile de tromper quelqu'un en utilisant la technologie" , dit-il.  Rahma Hussein n'utilise l'application que quand elle est avec ses amies également inscrites.

Dans sa famille, elle n'en a parlé qu'à son frère. "Mes parents l'ignorent, je ne peux pas leur dire que je sors avec un homme ou que je cherche quelqu'un en ligne (...) à cause des normes culturelles" , explique-t-elle.

Père divorcé de 35 ans, Mohamed Yasin a hésité avant de télécharger l'application.  "Nous sommes une société qui valorise la religion et ses normes culturelles, et des plateformes internet comme celle-ci peuvent enfreindre ces valeurs parce que le concept d'une application de rencontres (vient) de l'Occident" , explique-t-il.

Il a finalement sauté le pas dans l'espoir de trouver une nouvelle épouse.  Mais la recherche apporte son lot de doutes, comme sur les applications occidentales.

"Il me semble que la plupart des gens mentent sur leurs informations personnelles" , lâche Muhidin Abdinur, un utilisateur de Mogadiscio, qui ne se décourage pas pour autant : "Mes intentions sont bonnes donc je suis sûr d'avoir un match. (...) Même si je ne trouve pas de partenaire convenable que je finis par épouser, ça me permettra d'avoir plus d'expérience de séduction."

À découvrir également

Voir sur Africanews
>