Zimbabwe : la police détient des documents sur l'implication de l'armée dans des meurtres, viols et vol

Des éléments de l’armée zimbabwéenne se seraient rendus responsables de nombreux abus dont des meurtres et des viols lors des manifestations en cours dans le pays. C’est ce que suggèrent des documents de la police du Zimbabwe consultés par le média britannique, The Guardian.

Les récentes violences au Zimbabwe nées de l’augmentation sur les prix du carburant ont fait au moins 12 morts et des dizaines de blessés. Les forces de sécurité ont été accusées d’avoir tiré à balles réelles sur les manifestants. Mais officiellement, la police nationale a fait cas “d‘éléments criminels” qui ont volé des uniformes de l’armée pour lui imputer les abus. Un rapport exclusif de la police consulté par The Guardian donne pourtant une autre version des faits et incrimine largement l’armée.

L’accusation s‘établit sur une douzaine de rapports. Elle implique des meurtres, des viols, des vols à main armée, des bastonnades qui restent pour l’heure impunis devant la justice zimbabwéenne. Dans les colonnes du rapport sur lesquelles The Guardian jette une lumière inédite, les enquêteurs de police écrivent que tous les actes listés ont été commis par des hommes vêtus “d’uniformes” ou de “camouflages” de l’armée. Un style de langage permettant à la police de ne pas porter d’accusations directes contre la puissante armée, colonne vertébrale du pouvoir au Zimbabwe.

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Viols, meurtres, pillages

Dans un des rapports déposé notamment par la police à Glenview, dans la capitale Harare, les enquêteurs relatent le cas d’un jeune homme de 29 ans nommé Trymore Nachiwe. Le véhicule, de marque Toyota, dans lequel il se trouvait avec un autre homme a été bloqué par une camionnette sans plaque ni immatriculation. Puis, des hommes en civil et d’autres portant l’uniforme de l’armée sont sortis de la camionnette armés de pierres, de barres de fer, de machettes et de bidons de gaz lacrymogène. Trymore Nachiwe et son ami ont reçu l’ordre de sortir leur véhicule, avant d‘être sauvagement bastonnés, indique le rapport. Nachiwe a certes réussi à atteindre son domicile, mais il est décédé à l’hôpital au lendemain de l’agression.

Un autre rapport raconte par ailleurs comment trois hommes vêtus de camouflage militaire et portant des fusils ont forcé une adolescente de 15 ans dans la ville de Chitungwiza, près de Harare, à se coucher sur une table en béton où elle a été violée. Des allégations de vol sont aussi indiquées, notamment dans des entreprises, des domiciles ou encore dans des centres commerciaux et bars.

Douze canettes de bière ont par exemple été volées lors d’une attaque contre un bar. Parmi des dizaines de cas de vols répertoriés, des groupes d’hommes vêtus d’uniformes de l’armée et portant des armes automatiques – que possèdent les soldats et la police – sont arrivés dans des véhicules non identifiés, ont pénétré de force dans des maisons par la menace, puis ont pillé des biens d’une valeur maximale de 8 000 dollars.

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L’aide financière en sursis

Comme le fait remarquer The Guardian, ces informations n’illustrent qu’une infime partie de la violence qui a prévalu pendant les manifestations qui ont touché tout le pays. Et ce d’autant que les documents ne s’appliquent qu‘à Harare et ses environs. Sans compter les nombreux crimes qui n’ont pas été rapportés à la police par peur de représailles.

Le chef de l’Etat Emmerson Mnangagwa a promis de travailler à ce que toutes les forces de sécurité impliquées dans les abus soient rendues responsables. Surtout que l’armée a été épinglée pour une série de répressions brutales depuis l’indépendance du Zimbabwe en 1980. Elle a également joué un rôle crucial dans l‘éviction de Robert Mugabe, et dans la répression violente qui a suivi l‘élection d’Emmerson Mnangagwa en juillet.

Mais cette nouvelle vague de violences – la pire depuis une décennie au Zimbabwe – n’est pas de nature à redorer l’image du pays, jadis qualifié d’Etat paria ; et de débloquer l’aide financière nécessaire pour éviter un effondrement total de son économie.

Premiers perdants, les populations zimbabwéennes qui continuent de manquer cruellement de produits de première nécessité dont les médicaments, le carburant et la nourriture. Les autorités du pays devront quant à elle faire face à de nouvelles tensions dans les prochains jours. Des centaines de milliers de fonctionnaires se préparent à faire la grève pour réclamer une augmentation des salaires face à la cherté de la vie.

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