Cameroun : le président Biya reconnaît "les frustrations et les aspirations" en zone anglophone

Le président camerounais Paul Biya a reconnu mardi “les frustrations et les aspirations” dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en proie à un conflit armé, dans un discours prononcé après sa prestation de serment à Yaoundé.

“Je me suis attentivement penché sur les frustrations et les aspirations de la grande majorité de nos compatriotes” dans ces régions, a-t-il dit, promettant qu’un “bon nombre de réponses” y sera apporté “dans le cadre de l’accélération du processus de décentralisation en cours”.

Paul Biya, 85 ans dont 36 au pouvoir, qui entame un 7eme mandat, a déclaré avoir “l’intime conviction que l‘écrasante majorité (des Camerounais des régions anglophones) aspirent à retrouver rapidement la paix au sein de la communauté nationale”.

A ceux-là, il a demandé “de ne pas perdre espoir”.

Dénoncant le “joug extremiste qui fait régner la terreur et la désolation” et les “entrepreneurs de guerre”, il a appelé les séparatistes armés à “déposer les armes et à retrouver le droit chemin”.

“Je ferai en sorte que le calme et la sérénité reviennent dans les deux régions concernées”, a encore déclaré le président Biya, estimant que “le destin de nos compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest s’inscrit dans le cadre de notre République”.

Dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, un conflit armé oppose depuis fin 2017 des séparatistes armés aux forces de sécurité camerounaises, et a déjà forcé plus de 300.000 personnes à fuir leur domicile.

L’option du dialogue esquivée

Lundi, 79 élèves d’un collège protestant de Bamenda, la capitale régionale du Nord-Ouest, ont été enlevés par des hommes armés.

Ce rapt de masse, sans précédent au Cameroun mais qui est pratiqué dans le nord du Nigeria voisin par le groupe jihadiste Boko Haram, n’a pas été évoqué par le président durant son discours.

Les autorités, qui refusent le dialogue avec les séparatistes qu’elles qualifient de “terroristes”, ont procédé depuis début 2018 à un important déploiement de forces de sécurité pour “rétablir l’ordre”.

Plus de 175 membres des forces de défense et sécurité camerounaises ont perdu la vie dans ce conflit ainsi que plus de 400 civils, selon les ONG.

Selon des sources concordantes, aux séparatistes armés se sont ajoutés ces derniers mois des bandes armées qui rackettent les populations et les entreprises.

Depuis novembre 2016, la minorité anglophone – environ 20% de la population camerounaise estimée à 22 millions – proteste contre ce qu’elle considère comme une marginalisation. Cette crise s’est muée en conflit armé il y a un an.

Certains anglophones exigent le retour au fédéralisme alors que d’autres réclament la partition du pays, deux hypothèses refusées par Yaoundé.

AFP
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