Zimbabwe : loin d'Harare, la démission de Mugabe reste un mythe

Robert Mugabe évincé du pouvoir ? Une pilule dure à avaler pour les populations locales qui vivent à des milliers de kilomètres d’Harare, la capitale zimbabwéenne, théâtre le mois dernier de la chute de l’ancien homme fort du pays.

À Gomoza, un village du district de Lupane, dans le nord du Zimbabwe, la vie suit son cours. Pour bon nombre de populations de ce bourg, le chef de l’Etat du pays est encore Robert Mugabe.

“Ne soyez pas stupide, personne n’a ce pouvoir d’enlever Mugabe. Il mourra au pouvoir, celui-là”, a déclaré Sokuluhle Dube, qui vendait de la viande de chèvre cuite lors d’une vente aux enchères à Gomoza, il y a quelques jours. “Je ne pense pas que vous soyez un journaliste, peut-être êtes-vous un espion”, a suggéré la dame âgée de 76 ans, aux réponses de l’Associated Press.

Pourtant, le Zimbabwe a bien changé de paradigme. Le mardi 21 novembre, Robert Mugabe rendait sa démission après 37 ans de règne. Une sortie rendue possible par l’armée à laquelle se sont par la suite ajoutées les pressions de la rue et du parti au pouvoir, la Zanu-PF.

Le développement, c’est pour les autres

Des développements auxquels n’ont pratiquement pas assisté les populations qui vivent à des milliers de kilomètres de la capitale Harare. “C’est vrai. J’ai entendu quelqu’un en parler l’autre jour”, a déclaré un jeune villageois au milieu d’autres sceptiques. Tout comme lui.

“En quoi cela nous aide-t-il ? Ils font toujours leurs choses à Harare. Regardez autour de nous, semble-t-il qu’ils ne se sont jamais souciés de nous”, a-t-il ajouté.

Il faut dire que le village de Gomoza est comme bien de localités agricoles du pays, avec des infrastructures précaires ou tout simplement inexistantes. Pas de couverture de téléphonie mobile, les lignes téléphoniques fixes sont en panne et les signaux pour la télévision et la radio locales n’existent pas. La route poussiéreuse du village est dominée par des ânes tirant des charrettes, principal mode de transport.

Emmerson Mnangagwa, président par intérim du Zimbabwe depuis la chute de Mugabe a promis de faire de la relance économique la primauté de sa gouvernance. Mais là encore, les populations de Gomoza restent sceptiques quant à la part de développement qui leur reviendrait. “Quel changement ? Peut-être pour vous dans les villes”, ironise un autre villageois.
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