En Afrique du Sud, une clinique pour manchots menacés

Centre de réhabilitation installé à Gqeberha , Afrique du Sud, Juin 2023.   -  
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Des soigneurs agitent des poissons sous leur bec en espérant leur ouvrir l'appétit: des dizaines de manchots africains en piteux état, menacés d'extinction par le changement climatique mais aussi l'activité humaine, sont pansés, suturés et remis sur pied dans cette clinique sur la côte sud-africaine.

Le petit oiseau noir et blanc pas plus grand qu'une peluche, qui se dandine maladroitement sur terre mais se transforme en torpille pêcheuse de sardines dans l'eau, tient une place particulière dans les fiches zoologiques des spécialistes de la nature.

La santé de l'espèce endémique d'Afrique du Sud et de Namibie est observée comme une sentinelle de l'état de l'écosystème marin. Et le constat est navrant: ces 30 dernières années, la population des drôles d'oiseaux aux cris proches du braiment d'âne s'est effondrée, passant de quelque 50.000 à 10.000 couples reproducteurs.

"Le déclin de l'espèce montre qu'il y a un gros problème d'environnement marin, affectant non seulement les autres espèces marines mais aussi les humains", explique à l'AFP Carl Havemann, 37 ans, responsable du centre de réhabilitation installé à Gqeberha (anciennement Port Elizabeth, sud), ouvert sur l'océan Indien.

Ce matin-là, le programme est serré. En deux semaines, une quarantaine de bébés manchots ont été transportés depuis Bird Island. Réserve naturelle à une soixantaine de kilomètres des côtes sud-africaines, l'île abrite l'une des plus grandes colonies de manchots africains. Une autre, prisée des touristes, a élu domicile près du Cap, à 750 kilomètres de là.

Bains de pieds

Par le passé, les manchots creusaient solidement leurs nids dans le guano, épaisse couche de fiente accumulée au fil du temps, sur les îles côtières. Mais cette matière organique a été pillée pour être utilisée comme engrais naturel et les manchots se débrouillent désormais avec des branches ou dans les fentes des rochers.

Ces dernières semaines, de fortes pluies ont inondé les nids. Jusqu'à trois mois, les manchots ne sont recouverts que d'un duvet gris, non hydrophobe, qui ne les protège ni de l'eau, ni du froid. Certains sont morts noyés, à l'intérieur des nids ou quand les nids sont emportés, d'autres d'hypothermie.

"Les événements météorologiques deviennent de plus en plus extrêmes avec le changement climatique et ils ont évidemment un impact sur les colonies", regrette M. Havemann.

Dans l'unité de soins intensifs, les employés s'activent auprès des rescapés: désinfection des plaies, bains de pieds, médicaments. Les manchots se tiennent serrés les uns contre les autres, les épaules relevées comme s'ils avaient éternellement froid. Les plus en forme vont nager dans un bassin. Les cas désespérés sont euthanasiés.

Une centaine de spécimens, petits et adultes, sont soignés dans la clinique de la Fondation pour la sauvegarde des oiseaux côtiers (SANCCOB). Les interactions avec les hommes sont limitées au strict nécessaire. L'objectif est qu'ils retournent à l'état sauvage.

Les manchots sont hydratés par une sonde enfoncée dans le gosier. "S'ils ne nagent pas, ils ne boivent pas", explique Caitlin van der Merwe, une soigneuse de 25 ans en combinaison de pêcheur.

Elle susurre des mots apaisants à l'un d'eux qu'elle tient coincé entre ses cuisses et qui agite furieusement ses ailes. Atteint de borréliose, maladie infectieuse provoquée par une bactérie, il a besoin d'antibiotiques.

Pollution aux hydrocarbures

Maladies, surpêche et pollution aux hydrocarbures sont parmi les autres menaces majeures qui pèsent sur l'espèce. Dans la baie de Gqeberha, qui abrite un important port, d'énormes navires de marchandises se ravitaillent en carburant, offshore.

Des déversements d'hydrocarbures se sont déjà produits ces dernières années lors de ces opérations de soutage en mer et des dizaines de manchots couverts de pétrole avaient alors du être secourus.

Selon le ministère de l'Environnement, le manchot africain risque de disparaître de la surface de la terre dans les 10 ans à venir. "L'océan est tellement complexe, si des morceaux disparaissent ici et là, c'est le système tout entier qui va s'effondrer", alerte Caitlin van der Merwe.

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