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Kidnapping de trois bébés chimpanzés en RDC : une rançon demandée

 Kidnapping de trois bébés chimpanzés en RDC : une rançon demandée
César, l'un des trois chimpanzés kidnappés le 9 septembre dernier   -  
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© J.A.C.K -

République démocratique du Congo

Le 9 septembre dernier, trois bébés chimpanzés du refuge animalier de Lubumbashi au sud-est de la République démocratique du Congo (RDC) ont été kidnappés. Les ravisseurs réclament une rançon "colossale", une première. Depuis, le couple franco-belge fondateur du sanctuaire vit "un cauchemar" et dénonce un trafic planétaire lucratif ; celui des animaux.

Ce jour-là, Franck Chantereau est à Bruxelles. À des milliers de kilomètres, en RDC son épouse Roxane Chantereau travaille au sanctuaire. Affolée, elle l'appelle en pleine nuit après avoir reçu plusieurs notes vocales inquiétantes. Des inconnus la menacent directement et s'en prennent à ses enfants. "Ils promettaient de me détruire, moi, ma famille et mon organisation" se souvient Franck Chantereau.

Rapidement les cofondateurs de J.A.C.K (pour "Jeunes Animaux Confisqués au Katanga"), découvrent une vidéo où apparaissent Monga, César et Hussein, les trois petits primates au milieu de déchets et visiblement apeurés.

Les kidnappeurs exigent une rançon "à six chiffres", dont les autorités locales préfèrent ne pas révéler le montant exact. "C’est la première fois en Afrique que l’on s'attaque à un sanctuaire pour voler des bébés, ça n’est jamais arrivé" précise Franck Chantereau. Si la somme n'est pas versée, les braconniers avertissent, ils pourraient s'en prendre physiquement aux animaux et parlent même de décapitation.

De retour en RDC, Franck Chantereau tente de discuter avec les ravisseurs, en vain. Mais il ne transigera pas : "Il est hors de question de payer une quelconque rançon. C’est la porte ouverte à tous les autres trafiquants”. Il ajoute : "Même si nous avions cet argent, nous n'avons aucune garantie que les petits nous soient rendus vivants". Une deuxième preuve de vie sous la forme de vidéo a été envoyée dimanche 25 septembre. Plus rien depuis.

Rapidement, les autorités de la RDC sont prévenues. Les animaux recueillis dans les sanctuaires sont en effet la propriété de l'Etat.

"Il est minuit moins une pour les primates"

Pour récupérer un bébé, les chasseurs doivent généralement tuer toute sa famille. Les grands singes pouvant aller jusqu’à la mort pour protéger leur progéniture. "Loin de leur mère qui les allaite jusqu'à leur cinq ans, beaucoup meurent en cours de route. Les gens ne savent souvent pas s'en occuper. Sans parler du traumatisme que représente l'enlèvement" s'indigne Franck Chantereau.

"Le grand singe devient adulte à l’âge de 12 ans, il peut alors devenir incontrôlable et est capable de tuer un humain à une main. Donc souvent les propriétaires les abattent. Parfois ils recommandent un bébé et ils alimentent ainsi tout un réseau" poursuit-il.

Pour lui, "il est minuit moins une pour les primates". Enlèvement et vente des plus petits, chasse des adultes pour leur viande, au total environ 2 000 chimpanzés sont victimes chaque année du commerce international illégal selon le Jane Goodall Institute.

Conséquence, la population de grands singes a chuté ces dernières décennies en RDC, l’une des principales réserves mondiales de primates. Le chimpanzé est classé sur la liste "des espèces en danger" de Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Malgré cela, il resterait entre 340 000 et 500 000 chimpanzés dans le monde contre 2 millions au début du XXe siècle, selon l'ONG WWF.

Un trafic toujours d'actualité et lucratif

"Les gens pensent que le trafic d’animaux n’est plus possible, qu’il y a des contrôles dans les ports, les aéroports, aux douanes. C'est faux, les trafiquants se sont adaptés, connaissent les législations pays par pays et savent très bien où aller" fait remarquer le Français installé en RDC depuis près de 30 ans.

Le trafic illégal de la faune et la flore (à l'exclusion du bois, du charbon de bois et les êtres vivants issus de la pêche) permet de dégager entre 7 et 23 milliards de dollars par an selon les données d'Interpol et du Programmation des Nation Unis pour l'Environnement. Résultat, il est la quatrième activité de criminalité transnationale organisée la plus lucrative au monde.

Mais, le propriétaire du sanctuaire insiste : “le vrai criminel ce n’est pas le Congolais ou le Nigérien qui chasse et transporte les animaux, lui va recevoir quelques centaines d’euros. Ceux qui s’enrichissent et qu’il faut punir ce sont les intermédiaires et ceux qui passent commande depuis le Pakistan, la Chine ou les Émirats arabes Unis.”

"Si on arrive à détruire notre plus proche cousin, le chimpanzé. Qu'en sera t-il pour les autres ?" conclue Franck Chantereau.

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