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La variole du singe diminue en Occident, pas de vaccins pour l'Afrique

La variole du singe diminue en Occident, pas de vaccins pour l'Afrique
Des flacons contenant des doses uniques du vaccin Jynneos contre la variole du singe, le 29 août 2022, dans l'arrondissement de Brooklyn à New York   -  
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Jeenah Moon/The Associated Press -

variole du singe

Les cas de variole du singe ayant diminué en Europe et dans certaines régions d'Amérique du Nord, de nombreux scientifiques estiment qu'il est temps de donner la priorité à l'éradication du virus en Afrique.

En juillet, l'agence de santé des Nations unies a désigné la variole du singe comme une urgence mondiale et a lancé un appel au monde entier pour qu'il soutienne les pays africains afin que l'inégalité catastrophique en matière de vaccins qui a marqué l'épidémie de Covid-19 ne se répète pas.

Mais le pic d'attention mondial a eu peu d'impact sur le continent. Aucun pays riche n'a partagé de vaccins ou de traitements avec l'Afrique, et certains experts craignent que l'intérêt ne s'évapore bientôt.

"Rien n'a changé pour nous ici, l'attention se porte uniquement sur la variole du singe en Occident", déclar Placide Mbala, un virologue qui dirige le département de recherche sur la santé mondiale à l'Institut de recherche biomédicale de la République démocratique du Congo.

"Les pays d'Afrique où la variole est endémique sont toujours dans la même situation que nous avons toujours connue, avec de faibles ressources pour la surveillance, le diagnostic et même la prise en charge des patients", a-t-il ajouté.

La variole du singe rend malade dans certaines parties de l'Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale depuis les années 1970, mais ce n'est que lorsque la maladie a déclenché des épidémies inhabituelles en Europe et en Amérique du Nord que les responsables de la santé publique ont songé à utiliser des vaccins. Les pays riches s'étant précipités pour acheter la quasi-totalité des stocks mondiaux du vaccin le plus avancé contre la variole du singe, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré en juin qu'elle créerait un mécanisme de partage des vaccins pour aider les pays dans le besoin à obtenir des doses.

Jusqu'à présent, cela ne s'est pas produit."L'Afrique ne bénéficie toujours pas des vaccins contre la variole ni des traitements antiviraux", avance le Dr Matshidiso Moeti, directeur de l'OMS pour l'Afrique, ajoutant que seules de petites quantités ont été disponibles à des fins de recherche. Depuis 2000, l'Afrique a signalé chaque année entre 1 000 et 2 000 cas suspects de variole du singe. Depuis le début de l'année, les centres africains de contrôle et de prévention des maladies ont recensé environ 3 000 infections suspectes, dont plus de 100 décès.

Ces dernières semaines, les cas de variole du singe ont diminué de plus d'un quart dans le monde, dont 55% en Europe, selon l'OMS. Le Dr Ifedayo Adetifa, responsable du Centre nigérian de contrôle des maladies, affirme que le manque d'aide pour l'Afrique rappelait l'iniquité constatée lors de la pandémie de Covid-19. "Chacun s'est occupé de son (propre) problème et a laissé les autres de côté".

Les pays riches ont étiré leurs réserves de vaccins en utilisant un cinquième de la dose normale, mais aucun n'a manifesté son intérêt pour aider l'Afrique. Le bureau régional de l'OMS pour les Amériques a récemment annoncé qu'il avait conclu un accord pour obtenir 100 000 doses de vaccin contre la variole du singe qui commenceront à être livrées aux pays d'Amérique latine et des Caraïbes dans quelques semaines. Mais aucun accord similaire n'a été conclu pour l'Afrique.

"J'aimerais beaucoup avoir des vaccins à proposer à mes patients ou tout ce qui pourrait réduire leur séjour à l'hôpital", soutient le Dr Dimie Ogoina, professeur de médecine à l'Université Delta du Nigéria et membre du comité d'urgence de l'OMS pour la variole du singe.

Depuis que l'OMS a déclaré la variole du singe comme une urgence mondiale, le Nigeria a vu la maladie continuer à se propager, avec peu d'interventions significatives. "Nous n'avons toujours pas les fonds nécessaires pour réaliser toutes les études dont nous avons besoin", déclare Dimie Ogoina.

La recherche sur les animaux qui sont porteurs de la variole du singe et qui la transmettent à l'homme en Afrique est fragmentaire et manque de coordination, soutient Placide Mbala, de l'Institut de recherche biomédicale de la RDC.

La semaine dernière, la Maison Blanche s'est déclarée optimiste quant à la récente baisse des cas de variole du singe aux États-Unis, indiquant que les autorités avaient administré plus de 460 000 doses du vaccin fabriqué par Bavarian Nordic.

Les États-Unis comptent environ 35% des 56 000 cas de variole du singe recensés dans le monde, mais près de 80% de l'approvisionnement mondial en vaccin, selon une analyse récente du groupe de défense Public Citizen.

Les États-Unis n'ont pas annoncé de dons de vaccins contre la variole en Afrique, mais la Maison Blanche a récemment demandé au Congrès 600 millions de dollars d'aide internationale. Même si les pays riches commencent bientôt à partager les outils contre la variole avec l'Afrique, ils ne devraient pas être applaudis, ont déclaré d'autres experts.

"Il ne faudrait pas que les pays décident de partager les restes de vaccins uniquement lorsque l'épidémie est en déclin dans leur pays", a déclaré Piero Olliaro, professeur de maladies infectieuses de la pauvreté à l'Université d'Oxford. "C'est exactement le même scénario que pour le Covid et cela reste totalement contraire à l'éthique".

Piero Olliaro, qui est récemment rentré au Royaume-Uni après un voyage en République centrafricaine pour travailler sur la variole du singe, a déclaré que la déclaration d'urgence de l'OMS semblait n'offrir _"aucun avantage tangible en Afrique."_Dans l'État nigérian de Lagos, qui comprend la plus grande ville du pays et qui est durement touché par la variole du singe, certaines personnes demandent au gouvernement de faire d'urgence davantage.

"Vous ne pouvez pas me dire que la situation ne se serait pas améliorée sans un vaccin", déclare Temitayo Lawal, 29 ans, économiste. "S'il n'y a pas besoin de vaccins, pourquoi voyons-nous maintenant les États-Unis et tous ces pays les utiliser ?Notre gouvernement doit aussi acquérir des doses".