Bienvenue sur Africanews

Merci de choisir votre version

Regarder en direct

Infos

news

France : avec les barbiers solidaires qui coiffent les migrants isolés

France : avec les barbiers solidaires qui coiffent les migrants isolés
Photo d'illustration : un coiffeur coupe les cheveux d'un client, le 10 juillet 2018, lors du match de la Coupe du monde 2018 entre la France et la Belgique   -  
Copyright © africanews
LUCAS BARIOULET/AFP or licensors -

France

Dans le vrombissement des tondeuses et les rires des jeunes qu'ils coiffent bénévolement, le collectif des "Wilson Barber" s'était installé dimanche midi au jardin de la rue Pali-Kao dans le XXe arrondissement de Paris, en France, où transitent de nombreux mineurs étrangers non accompagnés.

"Je suis content, la coupe est cool", sourit Ibrahim, en frottant sa nuque fraîchement dégradée et fendue d'un trait parfait. Il explique à l'AFP être arrivé de Guinée en mars, à l'âge de 16 ans.

Comme la majorité des jeunes coiffés ici, sa première demande de reconnaissance en minorité a été rejetée et il a été laissé sans solution d'hébergement dans l'attente de l'examen de son recours par la justice.

"Parfois, tu as envie de tout laisser tomber", murmure-t-il, marqué par son passage dans la rue, avant d'être logé en centre d'hébergement. Mais Ibrahim finit par afficher un large sourire, sous les railleries et les compliments de ses amis qui attendent leur tour.

Distribution alimentaire

"Ce n'est pas juste une coupe", aime à répéter Marion Collet, référente pour le collectif de barbiers de Solidarités Migrants Wilson, une association basée à Saint-Denis et aussi active à Paris.

Depuis février 2021, les Wilson Barber coiffent les migrants et les sans-abris à titre gracieux. Une fois par mois, ils consacrent une de leurs sessions aux jeunes exilés dans le jardin de la rue Pali-Kao à Belleville à l'occasion de la distribution alimentaire organisée par le collectif des Midis du Mie.

Pour ces jeunes, explique Marion Collet, se faire couper les cheveux, est un "moment de normalité" retrouvée, où "l'espace d'un quart d'heure, ils deviennent des clients normaux"."Dans leur quotidien, tout leur est imposé : où dormir, ce qu'ils mangent lors des distributions de nourriture", explique la bénévole. "Ici ils ont le droit de choisir leur coupe, leur coiffeur."

Jeunes exilés

Dimanche, ils étaient six coiffeurs à s'activer sur des tables et chaises pliantes pour s'occuper d'une petite centaine de jeunes exilés. Un petit air de salon parisien flottait dans ce parc du quartier de Belleville, où l'on aurait presque cru entendre l'un des succès du chanteur français Serge Reggiani : "Je suis le roi du ciseau / De la barbiche en biseau / Je suis le Barbier de Belleville..."

Tout le matériel professionnel est là : des tondeuses, ciseaux, sabots et capes pris en charge par l'association, jusqu'aux produits donnés par des marques. Parmi la soixantaine de barbiers bénévoles inscrits, beaucoup sont en situation irrégulière ou en demande d'asile, selon l'association. D'autres sont des professionnels qui prennent sur leurs temps libre ou leurs congés.

"Ici, c'est très sympa, les jeunes sont très détendus", raconte en anglais Warsame, 41 ans, qui a lui-même demandé l'asile. Il avait déjà une expérience de coiffeur dans son pays d'origine, la Somalie, et doit commencer un CAP coiffure dans une semaine.

Contours impeccables

"Je voulais aider car je suis moi-même réfugié, alors je sais combien c'est compliqué", confie de son côté Kunga Lakyap, 30 ans, un Tibétain qui a obtenu le statut de réfugié et exerce désormais comme barbier professionnel. Ils sont plusieurs à se chamailler pour obtenir des contours impeccables. L'un fait mine de ne pas avoir vu son numéro sur la liste d'attente, et Marion le fait se relever du siège, toujours dans une ambiance bon enfant.

"Moi je le veux lui", demande aussi Santoui, qui dit avoir 16 ans et venir de Guinée. Il dort sur le campement installé par l'association Utopia95 sur la place de la Bastille."Je n'ai pas d'argent pour me payer le coiffeur, alors avant c'était mes amis qui me le faisaient", raconte-t-il, avant de sourire : "Mais maintenant, c'est beaucoup mieux."

Voir plus