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Au Cameroun, la polémique autour de l'arrestation de la journaliste Mimi Mefo ne faiblit pas

Au Cameroun, la polémique autour de l'arrestation de la journaliste Mimi Mefo ne faiblit pas

Cameroun

Le gouvernement se met à dos une partie de l’opinion camerounaise. Depuis l’arrestation de la journaliste Mimi Mefo dans la soirée de mercredi, les réactions se multiplient pour dénoncer une atteinte à la liberté de la presse. Yaoundé, elle, reste convaincu qu’il y a eu une entorse à la pratique journalistique.

Mimi Mefo Takambou, rédactrice en chef adjointe en charge du desk anglophone et présentatrice vedette à Equinoxe TV, une chaîne de télévision privée de Douala, vient de passer sa deuxième nuit à la prison centrale de New Bell dans la principale ville du Cameroun.

La journaliste a, dans la foulée de son arrestation mercredi, été inculpée devant un tribunal militaire pour “propagation de fausses nouvelles, de nouvelles mensongères susceptibles de nuire aux autorités publiques ou à la cohésion nationale”, a indiqué Issa Tchiroma Bakary, le porte-parole du gouvernement. Selon lui, elle est aussi poursuivie pour “outrage aux corps constitués et aux fonctionnaires, incitation à la révolte contre le gouvernement et les institutions de la République”.

>>> LIRE AUSSI : Cameroun : la journaliste Mimi Mefo écrouée à la prison de New Bell à Douala

Indignation et colère

Dans les milieux journalistiques camerounais, cette incarcération passe mal. Depuis la soirée de mercredi, les réactions – des plus mesurées au plus cinglantes – s’enchaînent pour soutenir Mimi Mefo et dénoncer “l’autoritarisme” de Yaoundé. Le Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC) a notamment décrété dès le jeudi 8 novembre un boycott actif de 10 jours de toutes les activités du gouvernement. Le syndicat fort de plus de 400 membres a par ailleurs intimé au gouvernement la relaxe de la journaliste.

Reporters sans frontières (RSF) a également demandé la libération immédiate de la journaliste d’Equinoxe TV. “Les journalistes qui couvrent la crise anglophone ne sont pas des criminels !”, a dit l’ONG. Equinoxe TV a aussi exigé la “libération immédiate” de sa journaliste “ qui “n’a commis aucun crime (…) n’ayant agi que dans le cadre de son métier”.

Dans la classe politique camerounaise, le mot d’ordre est le même : libérer Mimi Mefo. Le candidat malheureux à la présidentielle du 07 octobre, Joshua Osih, s’est étonné de l’arrestation de Mimi Mefo, estimant qu’elle devait au contraire “mériter des éloges” plutôt que de récolter la prison. “C’est inacceptable et j’appelle comme beaucoup d’entre vous à sa libération”, a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Maurice Kamto, autre candidat à la présidentielle camerounaise ne dit pas autre chose. Il a lui aussi invité “toutes les Camerounaises et tous les Camerounais à joindre leurs voix à la [sienne] en faveur de la libération de Mimi MEFO, car on n’emprisonne pas un journaliste simplement parce qu’il a fait son travail.”

La sécurité, cette denrée précieuse

Le 30 octobre, sur son compte Twitter, Mimi Mefo avait posté une information jugée tendancieuse par le gouvernement. “Un missionnaire est mort aujourd’hui (mercredi 31 octobre, Ndlr) après avoir été fusillé par des soldats camerounais”, s‘était-elle avancé. Un post plus loin, elle relayait une information tirée de la Cameroon News Agency, une organisation médiatique indépendante accusée de relayer régulièrement des positions des militants sécessionnistes. Elle affirmait alors que le missionnaire américain Charles Truman Wesco “a été tué par des soldats camerounais près de Bamenda”.

Le lendemain, sur son site d’informations sur lequel elle rend régulièrement compte de l’actualité des deux régions anglophones du Nord-ouest et du Sud-ouest, elle donnait la version du gouvernement camerounais qui tient pour responsables les séparatistes anglophones dans l’assassinat du missionnaire.

Pour Yaoundé, cependant, Mimi Mefo a failli à ses obligations professionnelles. Dans un communiqué diffusé dans la soirée de jeudi, le gouvernement camerounais a tenté de recadrer le débat et livrer ses arguments. Les autorités déplorent en effet, que malgré toutes les preuves disculpant les forces armées camerounaises, la journaliste s’est évertuée à “altérer la réalité des faits et [à] répandre des contrevérités manifestes qui ne manquent pas de jeter un discrédit sur [les] Forces de Défense, fortement préjudiciable au moral des troupes…”

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Le précédent Ahmed Abba

Aujourd’hui, en vertu des charges qui lui sont opposées, Mimi Mefo encourt entre 5 ans de prison et la peine de mort. Elle sera jugée, devant un tribunal militaire, comme le correspondant de RFI en langue haoussa au Cameroun, Ahmed Abba, il y a plus de deux ans.

Ce dernier avait été arrêté en juillet 2015 à Maroua (Nord) puis condamné en 2016 à dix ans de prison pour “blanchiment d’actes de terrorisme”, avait connu un procès long pénible avec de nombreux reports. Finalement, l’accusation de “blanchiment d’actes de terrorisme” a été acquittée pour laisser la place à des charges de “non-dénonciation d’actes terroristes” pour lesquelles il a été condamné à 24 mois de prison.

Le journaliste a été libéré en décembre 2017 après être resté en détention durant vingt-neuf mois.

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