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Présidentielle au Cameroun : quel avenir pour la crise anglophone ?

Présidentielle au Cameroun : quel avenir pour la crise anglophone ?

Cameroun

La crise anglophone qui s’intensifie au Cameroun parviendra-t-elle à trouver son épilogue à l’issue de la présidentielle d’octobre ? Si rien n’est moins sûr, elle est l’un des principaux chantiers des challengers du président sortant Paul Biya qui lui, semble n’avoir pas encore eu la panacée à cette crise.

Depuis septembre 2016, l’instabilité politique et sécuritaire s’est installée dans les deux régions anglophones du Cameroun. Symbole d’une fracture jamais soignée, la crise dite “anglophone” risque non seulement de perturber le scrutin présidentiel, mais aussi le début de mandat du prochain président s’il n’arrive pas à accorder ses violons avec les contestataires anglophones.

Que demandent les porte-voix de cette crise ? Il s’agit avant d’une tout d’une contestation vieille de plusieurs décennies, tapies dans les pensées des nostalgiques du fédéralisme au Cameroun, entre 1961 et 1972. Avec la fin de l’expérience, s’en sont également allés – pour les partisans du fédéralisme – le respect des spécificités culturelles, juridiques, économiques et politiques, éveillant un sentiment de “marginalisation” dans les deux régions Nord-Ouest et Sud-Ouest, constituant environ 20 % de la population camerounaise.

Alors quand en 2016 les avocats et enseignants de ces régions protestent pour exiger la fin de la “francisation” du système juridique et de l’enseignement, ces sentiments se réveillent. Au départ pacifique, la crise gagne en intensité avec la répression musclée du gouvernement : des leaders anglophones sont arrêtés, des balles réelles sont utilisées contre des manifestants lors de la proclamation de “l’indépendance” de l’Ambazonie – du nom de l’Etat que veulent créer les sécessionnistes – le 1er octobre.

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Réactions insuffisantes et tardives

Les concessions de Yaoundé qui gravitent autour de la création d’une Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme, du recrutement d’enseignants bilingues et de magistrats anglophones ainsi qu‘à l‘établissement d’une section Common Law à la Cour Suprême n’ont pas réussi à faire baisser la fièvre. Les militants des Forces de défense de l’Ambazonie se sont approprié la lutte armée contre le gouvernement.

Depuis, les régions anglophones du Cameroun sont à feu et à sang, surtout à l’approche de la présidentielle d’octobre. Derniers épisodes en date, l’attaque d’une école à Buéa, dans le Sud-Ouest qui a fait 20 blessés en début de semaine, et la décapitation d’un gendarme. En tout, la crise anglophone aurait fait environ 400 morts et plus de 200 000 déplacés selon les ONG de défense des droits de l’homme.

Jusqu’ici, Yaoundé semble privilégier la force pour écraser la rébellion. À l’option du dialogue et de la sécession, le gouvernement camerounais s’oppose radicalement alors qu’il qualifie les sécessionnistes de “terroristes”. Et rien ne dit que la situation sera tout autre à l’issue de la présidentielle, si le sortant Paul Biya parvient à remporter un autre ticket. Qu’en est-il cependant des candidats qui le défieront dans les urnes ?

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Que peut espérer le Cameroun ?

Le candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto partage relativement cette grille d’analyse. Lui également réfute toute idée de sécession à laquelle il oppose plutôt un régionalisme. À l’inverse de Yaoundé, l’ancien ministre délégué auprès du ministre de la Justice compte rejeter la violence et privilégier un dialogue inclusif avec les contestataires afin d’aboutir à la paix. À cela, le MRC rajoute un statut particulier pour les régions anglophones.

Il est rejoint dans sa logique par le jeune candidat du parti Univers Cabral Libii, lui aussi partisan du régionalisme. “Nous pensons que la crise anglophone, n’est pas une crise séparatiste ou indépendantiste. Il s’agit de nos frères et sœurs d’une partie du pays qui sont nostalgiques de 11 années de fédéralisme et qui ont l’impression d’être négligés et assimilés depuis l’unification qui a eu lieu en 1972. Donc il convient aujourd’hui de décongestionner l’Etat central et de permettre aux régions, il y en a dix au Cameroun, de s’auto-gérer au travers d’un transfert de compétences, et de ressources”, déclarait-il sur le plateau de TV5 la semaine dernière.

Certains de leurs adversaires ont toutefois une autre vision pour parvenir à la fin de la crise anglophone. Originaire des régions en crise, le candidat du SDF (Social Democratic Front) Joshua Osih estime notamment que le fédéralisme est la clé de voûte pour venir à bout du conflit. Pour cela, il pense qu’il est temps de “remettre le pouvoir au peuple. Et le pouvoir au peuple, ça veut dire le fédéralisme, ça veut dire que les populations elles-mêmes se gèrent, gèrent leur développement”, a-t-il lancé lors de la présentation de son quartier général de campagne en août dernier.

“Les Camerounais ont la responsabilité d’élire quelqu’un qui comprend cette crise et qui a une solution qu’on ne cache pas, qu’on a depuis le 26 mai 1990 : le fédéralisme”, a-t-il ajouté, appelant les Camerounais à aller voter massivement le 7 octobre afin d’atteindre ce but.

Pour l’avocat – candidat Akere Muna, le fédéralisme peut également taire les tensions dans le pays.

Mais encore, pour espérer mettre à l’essai toutes ces options, il va falloir détrôner l’indéboulonnable Paul Biya, au pouvoir depuis 36 ans et qui brigue un septième mandat en octobre.

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