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La Covid-19 en Sierra Leone ou les leçons d’Ebola

La Covid-19 en Sierra Leone ou les leçons d’Ebola

Face à la pandémie de coronavirus, des pays africains comme la Sierra Leone ont su tirer des leçons de la lutte contre Ebola pour se préparer à faire face à la pandémie mondiale. Lorsque le premier cas de Covid-19 a frappé Freetown le 30 mars dernier, le Dr Marta Lado savait ce qu’il devait faire.

Cette médecin espagnole de l’ONG « Partners in Health » (Les Amis de la santé) en Sierra Leone avait déjà eu affaire à une maladie dangereuse qui se propageait rapidement : la maladie à virus Ebola.

« Sans aucun doute en Sierra Leone, Ebola a été une grande leçon sur la manière de gérer les maladies infectieuses ainsi que d’autres comme la tuberculose, le VIH en termes de recherche des contacts, de surveillance, ainsi que de prévention et contrôle des infections, mais aussi d’utilisation des équipements de protection individuelle (EPI) », a-t-elle déclaré lundi lors de la conférence de presse virtuelle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la Covid-19.

Et à écouter cette responsable clinique principale de l’Unité des soins intensifs pour la Covid-19 à l’Hôpital militaire n°34 de Freetown, il est possible de tenter d’enrayer la propagation du coronavirus, avec peu de moyens, mais il faut une stratégie bien rôdée.

« Nous essayons de faire de notre mieux avec peu, mais nous finissons par atteindre et obtenir beaucoup, de bons résultats. Et c’est ce qui s’est passé dans le pays », a-t-elle fait valoir.

Un système multifactoriel lié au jeune âge, au climat, et probablement une immunité croisée

Selon un décompte établi ce mardi, la Sierra Leone comptabilise 2.366 cas dont 74 décès, soit « un nombre de cas assez faible », plus de six mois après le premier cas recensé le 30 mars dernier. « Comparé à d’autres contextes et d’autres pays, c’est un nombre de cas assez faible », a insisté Marta Lado.

Cela signifie aussi que Freetown et ses partenaires ont pu développer des systèmes.

« Ce n’est pas vraiment lié à un faible niveau de dépistage ou au fait que nous ne pouvons pas reconnaître les infections que nous avons dans la communauté », a-t-elle relevé, pour répondre à ceux et celles qui essayent de minimiser les données sur le coronavirus en Afrique, avec des chiffres, qui ne permettent pas de vraiment connaître l’ampleur de la pandémie en Afrique.

Elle ajoute qu’il existe « probablement un système multifactoriel lié au jeune âge, au climat, et probablement une immunité croisée avec d’autres coronavirus ».

Or de tels résultats sont loin d’être évidents malgré l’expérience acquise durant l’épidémie d’Ebola. Décrivant l’état des lieux, la responsable clinique principale de l’Unité des soins intensifs pour la Covid-19 à l’Hôpital militaire n°34 de Freetown a indiqué : « Nous n’avons pas de spécialiste dans les unités de soins intensifs (USI) pour pouvoir faire de la ventilation de masse, du moins de la ventilation mécanique ».

Un seul médecin « intensiviste » pour une population de sept millions d’habitants

Mais ses équipes et les autorités sanitaires nationales ont, à la place, développé « un système D » pour contourner ces insuffisances, avec l’utilisation d’une thérapie de pression positive continue (TPPC) et d’oxygène à haut débit. Elles ont pu aussi former une nouvelle génération de travailleurs de la santé à la gestion des cas physiques, à la bonne surveillance et aux soins de proximité des patients dans les unités à forte dépendance.

De plus, quand le coronavirus s’est déclaré en Asie et en Europe, la Sierra Leone n’avait qu’une seule unité de soins intensifs dans le pays, avec un seul médecin « intensiviste » pour une population de sept millions d’habitants. L’idée de base a été « de surveiller les patients, les symptômes vitaux, de pouvoir contrôler les patients qui arrivent en état de choc, les différents types de choc mais aussi la ventilation et l’oxygène ».

Or seuls deux hôpitaux dans le pays ont des conduites d’oxygène. La plupart de l’oxygène administré dans un hôpital régional ou de district se fait par des concentrateurs d’oxygène. « Et parfois, si vous avez de la chance et que vous avez une usine d’oxygène, des bidons que nous pouvons remplir », a détaillé cette médecin de « Partners in Health ».

L’autre leçon apprise a été la transformation d’un centre de traitement jadis destiné à Ebola en un espace de 30 lits pour les soins intensifs de Covid-19. L’unité a été équipée de concentrateurs d’oxygène et d’une centaine de bouteilles d’oxygène remplis dans des usines locales à oxygène. « Mais nous mettons également de la thérapie de pression positive continu (TPPC) à nos patients, qui arrivent avec une insuffisance respiratoire et une détresse respiratoire plus graves », a-t-elle ajouté. 

Cinq laboratoires moléculaires fonctionnels sur le pied de guerre 

Partie en décembre 2013 de Guinée forestière, une épidémie d’Ebola, la pire depuis l’identification du virus en Afrique centrale en 1976, s’était propagée au Libéria et à la Sierra Leone limitrophes – ces trois pays concentrant plus de 99% des victimes – faisant officiellement plus de 11.300 morts pour quelque 28.000 cas recensés (dont plus de 14.000 en Sierra Leone).

Ainsi, lorsque cette pandémie de Covid-19 a débuté en Chine et s’est déplacée vers l’Europe, Freetown a pu commencer à mettre en pratique certaines des leçons apprises lors de l’épidémie d’Ebola. Et Freetown est d’ailleurs l’un des rares pays africains classé parmi les pays à faible revenu à disposer de cinq laboratoires moléculaires fonctionnels. 

Ce qui signifie que la Sierra Leone a pu effectuer des tests PCR, en temps réel, dans la plupart des différentes régions du pays comme le nord, le sud, l’est et l’ouest. Deux d’entre eux étaient situés principalement dans la capitale Freetown où la plupart des cas de Covid-19 se sont produits.

L’autre volet du dispositif anti-coronavirus en Sierra Leone a porté la prévention et le contrôle des infections (PCI). Pour cette praticienne espagnole, Freetown était « plus qu’experte » dans des domaines, comme la façon de porter, enfiler ou enlever un équipement de protection individuelle (EPI). 

Des mesures de quarantaine utilisées lors d’Ebola et la guerre civile de 1991-2002

Les autres secteurs où l’expertise a fait la différence a porté sur la mise en place de centres de traitement, sur la façon de faire des unités d’isolement, sur la façon de s’assurer que la plupart du personnel soignant puisse être protégés lorsqu’il travaille afin de réduire les infections nosocomiales. 

« Ce sont donc des choses que nous avons apprises grâce à Ebola et nous étions conscients qu’Ebola n’était pas la Covid-19, mais le virus est certainement sur un terrain sur lequel nous avons pu commencer à travailler de manière plus facile et probablement plus rapide que dans de nombreux autres pays que nous avons vus », a-t-elle exposé.

Et les Sierraléonais ont également montré beaucoup de créativité face à la Covid-19, en organisant localement des mesures de quarantaine – utilisées lors d’Ebola et lors de la guerre civile de 1991-2002 – avec les moyens du bord, en privilégiant les centres locaux de soin et de dépistage.

« Nous avions déjà mis au point un très bon système de recherche des contacts pendant le virus Ebola, qui permet, lorsqu’un patient est atteint, de suivre tous les membres de sa famille et tous ses contacts proches », a souligné la docteure.

La Sierra Leone dispose à présent d’un système approprié de suivi, avec une ligne d’assistance téléphonique gratuite (117) où les gens peuvent appeler lorsqu’ils se sentent malades. Les populations utilisent aussi cette ligne quand elles veulent se faire tester ou simplement signaler tout type d’infection dans leur environnement.

« Cela a également fait une grande différence dans la manière dont nous avons pu assurer la recherche et la surveillance des contacts dans la plupart de notre population », a dévoilé la Dr Lado.

De la confiance avec ces résultats, mais aussi le risque de complaisance

Dans une région connue pour la porosité de ses frontières terrestres et l’importance de ses échanges transfrontaliers, la surveillance et les dépistages des maladies sont essentiels pour détecter et orienter les voyageurs potentiellement malades vers des structures sanitaires adéquates et limiter la propagation de la maladie.

C’est pourquoi, l’autre volet de la riposte a porté sur le confinement et la fermeture de l’aéroport, qui ont « certainement fait une grande différence et cela a empêché de nombreux nouveaux cas d’entrer dans le pays ».

Ainsi, grâce à la fermeture de l’aéroport et aux mesures de verrouillage entre les différents districts, les autorités sanitaires sierra léonaise ont pu contrôler la circulation des personnes. Cela a permis d’identifier les cas dans la capitale et de les suivre de près par rapport à d’autres régions où ils ne sont pas habitués à mettre en place ces mesures. 

Des mesures fort utiles alors qu’une deuxième vague frappe déjà certains pays européens. « Ces derniers jours, nous n’avons signalé aucun cas dans le pays, ce qui ne devrait pas nous donner autant de confiance ou de complaisance car nous savons que parfois les vagues arrivent un peu plus tard », a pourtant mis en garde la responsable clinique principale de l’Unité de soins intensifs pour la Covid-19 à l’Hôpital militaire n°34 de Freetown.

Mais « nous avons constaté qu’avec de l’oxygène, des stéroïdes et une bonne surveillance, ainsi qu’une bonne unité de soins intensifs avec une surveillance étroite des patients, nous sommes capables de faire en sorte que la plupart de nos patients survivent », a-t-elle conclu.

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