Sierra Leone : Freetown toujours menacé par les glissements de terrain

Photo d'archives du 15 août 2017 : des volontaires se tiennent sur les lieux des fortes inondations et des coulées de boue à Regent, juste à l'extérieur de Freetown   -  
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Kabba Kargbo/Copyright 2017 The Associated Press

Cinq ans après la mort de plus d'un millier de Sierra-Léonais dans les boues du mont Sugar Loaf, beaucoup s'alarment que les conditions d'un nouveau désastre restent réunies sur les flancs du massif qui domine Freetown.

Quelques dizaines de personnes se sont réunies mercredi au pied du piton battu par une pluie torrentielle pour prier à la mémoire des 1.141 personnes mortes et disparues, selon un bilan officiel, dans le drame du 14 août 2017.

Ce jour-là, un pan du Sugar Loaf, dans la banlieue de la capitale, s'est détaché après des jours de précipitations intenses en pleine saison tropicale humide. Des flots boueux et d'énormes blocs de pierre ont dévalé la pente abrupte, emportant ou submergeant les habitations du quartier de Regent en contrebas.

"Ma famille et moi vivions plus heureux avant le glissement de terrain. Aujourd'hui, tout n'est que malheur et souffrance", soupire Almamy Bubu Conteh, 65 ans, un survivant de 2017 participant à l'hommage de mercredi.

Bien que l'essentiel des débris ait été dégagés, une traînée ocre rouge balafre toujours le versant verdoyant du Sugar Loaf, littéralement le "pain de sucre", évocation de la forme de cône arrondi sous laquelle le sucre a longtemps été produit.

"Regarder la colline, ça me rappelle à chaque fois la catastrophe et ça me rend triste", confiait à l'AFP avant la commémoration Kamara Kariffa Hassan, un agent municipal qui a perdu 25 membres de sa famille.

Les mêmes causes pourraient cependant à nouveau produire les mêmes effets, s'inquiètent des spécialistes et des rescapés.

Où aller ?

Les déplacés sont rapidement revenus sur les lieux, n'ayant nulle part où aller dans un des pays les plus pauvres de la planète.

"La poursuite de la déforestation pour le charbon de bois et la construction de maisons sur les pentes seront probablement les causes principales du prochain désastre si on ne prend pas d'urgence des mesures", prévient Anthony Toban Davies, chef de l'entreprise de gestion environnementale Ecosys Sierra Leone Limited.

"Est-ce qu'on n'est pas capable de tirer les leçons de nos erreurs une fois que la catastrophe est survenue", demande Daniella Samura, conservatrice au Tacagama Chimpanze Sanctuary, un refuge pour les chimpanzés touché par le glissement de terrain de 2017.

"Les populations habitent toujours dans des zones à risques et détruisent l'environnement tout autour avec sa riche biodiversité", s'émeut-elle.

La Sierra Leone est régulièrement affectée par des phénomènes d'inondations et de glissements de terrain qui ont frappé des centaines de milliers de personnes et provoqué des dégâts économiques sévères ces vingt dernières années selon la Banque mondiale.

Cette semaine encore, trois jours consécutifs d'importantes précipitations ont conduit les autorités à émettre des alertes aux inondations.

"Le manque d'équipements météorologiques (en particulier de radars), de données et de logiciels de prévision, doublé du peu de météorologues proprement formés représente un écueil majeur pour la mise en place de système d'alerte précoce", reconnaît le directeur général de l'agence météorologique nationale, Gabriel Kpaka.

"Ne nous oubliez pas"

Une agence de gestion des catastrophes a été créée en 2020. Elle coopère avec les Nations unies pour déterminer si la zone du désastre de 2017 est habitable.

Les autorités ont fait replanter 2.200 manguiers, bananiers ou avocatiers à flanc de Sugar Loaf. Et elles répriment les constructions illégales.

"A Freetown, nous avons 60 camps situés dans des bidonvilles et autour de la montagne qui sont exposés à des risques de catastrophe et nous travaillons sur des mesures durables pour atténuer les risques à travers des mécanismes de sensibilisation", explique l'adjoint au directeur de l'agence de gestion des catastrophes, John Rogers.

Le gouvernement a attribué en 2018 aux survivants un certain nombre de logements financés par des philanthropes. Mais une fraction seulement des quelque 3.500 survivants en a bénéficié.

Almamy Bubu Conteh, qui s'est retrouvé sans toit avec les 12 membres de la famille, ne figurait pas parmi les bénéficiaires. Se relogeant ici et là, il a fini par revenir vivre dans la zone sinistrée. Une fois épuisée l'allocation de logement accordée par le gouvernement, "je n'avais nulle part où aller avec ma famille", explique-t-il.

"Les survivants du glissement de terrain ont toujours besoin d'aide. Ne nous oubliez pas", implore-t-il.

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