Darfour : les raisons d'une flambée de violences

Maiwen Ngalueth, directeur des opérations au Soudan et au Soudan du Sud pour l’Organisation non gouvernementale l’Appel de Genève.   -  
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Après 13 ans, la Minuad, la mission conjointe des Nations Unies et de l’Union Africaine au Darfour a terminé son mandat le 31 décembre. Depuis, plus de 200 personnes sont mortes en seulement trois jours, dans ce qui a été décrit comme un nouvel épisode de violences intercommunautaires au Darfour. Avec le retrait progressif des forces internationales, beaucoup craignent que la situation empire dans les prochains mois.

Africanews s'est entretenu avec Maiwen Ngalueth, directeur des opérations au Soudan et au Soudan du Sud pour l’Organisation Non Gouvernementale l’ Appel de Genève.

Tancrède Chambraud, Africanews : Quelle est la cause de cet épisode de violence intercommunautaire au Darfour?

Maïwen Ngalueth : Cet épisode de violence que nous voyons aujourd'hui au Darfour n'est en soi pas nouveau. Il s'agit plutôt d'une continuation de ce qui se passe dans cette région depuis déjà un certain temps. Comme nous le savons, le conflit baisse en intensité grâce au processus de paix , la plupart des groupes armés non étatiques de la région ont en fait rejoint le gouvernement de Khartoum.

Mais d’un autre côté, il y a aussi l'élément de la violence communautaire qui ne peut pas être séparé de la dynamique politique dans la région. Ces dynamiques, bien sûr, continuent de créer des tensions et mènent à ce genre de conflit sanglant que nous voyons.

Africanews : La situation que connaît le Darfour est elle un héritage des politiques que l’ancien président soudanais Omar el Béchir a mis en place pendant des décennies dans l’état du Darfour?

Maïwen Ngalueth : Pour nous, à l’Appel de Genève, une organisation neutre, ce que nous pouvons confirmer avec certitude, c'est que la situation n'a pas tellement changé en ce qui concerne la protection des civils. Même s'il existe une volonté politique au sein du gouvernement actuel de renforcer la protection des civils sur le terrain.

Et c'est ce pour quoi nous sommes ici. Pour soutenir les efforts du gouvernement et de la communauté internationale. Maintenant que la mission des Nations Unies est hors de la région, il faut soutenir ces efforts et essayer de renforcer la capacité des autorités, que ce soit les autorités de ce gouvernement ou des groupes armés non-gouvernementaux, à assurer la protection des civils. En aucune circonstance ces civils devraient être ciblés.

Africanews : Avec la fin du mandat de la mission conjointe de l’Union africaine et des Nations Unies, les forces de sécurité soudanaises prendront en charge la protection des civils dans la région. Mais auront-elles la capacité de le faire ?

Maïwen Ngalueth : On le voit aujourd'hui, ce n'est pas une tâche facile. C’est loin d’être le cas. Et nous pensons à L’Appel de Genève, que même dans les situations où vous avez un processus de paix stable et fort, vous avez toujours des questions de protection des civils qui se posent.

Avec les personnes que nous avons rencontrées ici à Khartoum nous voyons une réelle volonté politique, que ce soit du côté du gouvernement ou des groupes qui ont signé un processus de paix. Nous voyons une réelle volonté d'améliorer la protection des civils dans la région.

Le gouvernement a ouvert la porte à la communauté internationale, comme Geneva Call, qui n’était pas opérationnelle à l’intérieur du pays ces 20 dernières années. Aujourd'hui la situation a changé dans le pays, nous avons été accueillis favorablement par les autorités ici.

Ce que nous constatons également de l'autre côté, c'est que les besoins sont bien plus importants que les ressources disponibles. Et c'est pourquoi l'appel de Genève est ici. C'est pourquoi la communauté internationale doit faire partie du processus pour soutenir les autorités locales, pour soutenir le peuple du Darfour, afin d'assurer une protection adéquate à tous les civils de la région.

Africanews : Peut on rester optimiste concernant la récente mobilisation internationale pour la paix au Darfour?

Maïwen Ngalueth : C'est un moment important pour le pays, et qui ne peut pas être pris pour acquis, dans un pays comme le Soudan où le conflit fait rage, je dirais, depuis 30 ans. Ce qui est le plus important, c'est la protection des civils. Prenez en considération le fait que la nouvelle mission des Nations Unies n'a pas de composante de protection des civils. C'est une énorme lacune. C'est pourquoi la présence d'organisations comme l'Appel de Genève au Soudan est très, très nécessaire. Mais je suis très optimiste concernant la dynamique que nous voyons aujourd'hui.

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