L'Ivoirienne Joana Choumali, première Africaine à remporter le Prix Picket de la photographie

Aller à la quête de l’espoir après les attaques extrémistes en 2016 dans la cité balnéaire de Grand-Bassam, dans le sud de la Côte d’Ivoire. Un pèlerinage qui a conduit l’Ivoirienne Joana Choumali au panthéon des grands photographes contemporains. Elle est devenue la première Africaine à remporter le prestigieux Prix Prictet 2019 de la photographie.

L’annonce a été faite dans la soirée de mercredi lors d’une cérémonie au Victoria and Albert Museum de Londres, ouvrant ainsi l’exposition des 12 artistes qui étaient retenus pour le concours.

Joana Choumali, 45 ans, a tiré son épingle du jeu grâce à sa série « Ça va aller », tirer du jargon ivoirien et qui traduit en toute occasion l’espoir, thème justement retenu pour ce cru 2019 du prix britannique de la photographie et du développement durable. Ses photos, prises trois semaines après les attentats sur les plages de Grand-Bassam en mars 2016, allient des scènes de rue à des motifs soigneusement brodés. Un processus fastidieux qui exprime « la manière dont les Ivoiriens abordent les traumatismes et la santé mentale », a confié la lauréate. Et qui dévoile davantage une confession personnelle et une discrète satire politique.

Le jury a d’ailleurs salué « la brillante méditation originale de Choumali sur la capacité de l’esprit humain à impulser l’espoir et la résilience même pendant les événements les plus traumatisants ». Méditation, c’est également le terme repris par la photographe pour expliquer le processus durant lequel elle a fait émerger son œuvre, mais surtout, pour soigner elle-même ses traumatismes. Ces attaques « ont rouvert les blessures psychologiques laissées par la guerre post-électorale de 2011 », raconte-t-elle. « Chaque point (de broderie) était un moyen de récupérer, de calmer les émotions, la solitude et les sentiments mitigés que je ressentais (…) le fait d’ajouter des points de couleur sur les images a eu un effet apaisant sur moi, comme une méditation », a-t-elle ajouté.

Plus qu’un prix doté d’un montant de 112.000 dollars et une reconnaissance internationale, la victoire de Joana Choumali est surtout une rupture avec le passé. Elle est d’abord la première Africaine à décrocher ce prix qui en est à sa 8e édition, elle est une femme, et son approche artisanale grâce notamment à la broderie contraste avec l’approche documentaire parfois choisie par les exposants.
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