Au Ghana, la vaccination, nouvel "outil" contre les ravages du paludisme

Au Ghana, bien qu’encore à l‘étape expérimentale, le RTS,S, vaccin contre le paludisme permet tout de même de réduire de 40 % le risque d’infection de cette pathologie qui touche 5,5 millions de personnes. Reportage.

Lorsqu’Abigal Aguanyi, mère de famille ghanéenne, a entendu parler d’un potentiel vaccin contre le paludisme, une première mondiale, elle a tout de suite enregistré sa fille pour participer à cette immense étude test, à travers le continent africain.

Il y a quelques mois, sa nièce de deux ans a dû être emmenée à l’hôpital en urgence, brûlante de fièvre, trempée de sueur et secouée de vomissements à répétition. La petite fille a eu de la chance d‘être traitée à temps et a été sauvée, mais cette maladie, transmise par les moustiques, tue un enfant toutes les deux minutes à travers le monde.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 219 millions de personnes ont été infectées en 2017 et 90% d’entre elles étaient en Afrique. Chaque année, au Ghana seulement, 5,5 millions de personnes – essentiellement des enfants – sont touchées. 

La petite Blessing, la fille âgée de six mois d’Abigal, a reçu une première injection, comme 360.000 enfants de moins de 2 ans dans les trois pays pilotes qui participent à l‘étude (Ghana, Kenya, Malawi).

Venue pour cela à la Polyclinique d’Ewim à Cape Coast, dans le sud du Ghana, elle devra en recevoir trois autres jusqu‘à ses deux ans pour que les scientifiques puissent évaluer le taux d’efficacité du vaccin.

“Je veux passer le mot autour de moi”, assure sa mère. Elle déplore que trop de parents, pour des raisons financières, tardent à faire soigner leurs enfants. “Le temps qu’ils les amènent à l’hôpital, les gamins sont déjà trop faibles et ils meurent”, confie Abigal à l’AFP. 

30 ans de recherche

RTS,S – le nom du vaccin, connu sous les initiales de son laboratoire – est l’aboutissement de plus de trente ans de travaux de recherche et d’un investissement de près d’un milliard de dollars (890 millions d’euros).

Il a été développé par le géant pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline en partenariat avec l’ONG Path et financé par l’Alliance du vaccin (Gavi), le Fonds mondial de lutte contre le sida et contre le paludisme, ainsi que l’Unicef.

Malgré les années d‘études pour le mettre au point et l’investissement colossal qu’il représente, le vaccin ne fait pas de miracles : il permet de réduire le risque d’infection du paludisme de 40% seulement.

Les mesures de prévention traditionnelles, telles que dormir sous des moustiquaires, pulvériser les chambres à l’insecticide, supprimer les eaux stagnantes dans lesquelles se reproduisent les moustiques, restent nécessaires.

Pour le Dr Justice Arthur, le médecin en charge du programme à la clinique de Cape Coast où Blessing a reçu sa première injection, RTS,S est important pour les populations les plus pauvres, exposées aux moustiques. 

Éradiquer le palu ?

Ce programme, s’il est généralisé, sera un bon point de départ pour l’immunisation des enfants et le moyen pour le personnel de santé de faire de la prévention auprès des parents, estime le médecin.

“Nous croyons que ce vaccin va permettre d’accélérer la protection des enfants, qui sont les plus fragiles face à la maladie”, renchérit auprès de l’AFP Richard Mihigo, responsable du programme pour l’OMS. 

Ellen Apraku, infirmière à la Polyclinique d’Ewim, espère qu’un jour le paludisme sera “éradiqué”, “comme l’a été la polio”. 

Le paludisme est l’une des maladies les plus anciennes et les plus dévastatrices sur le continent africain, et ce vaccin, s’il est un jour commercialisé, ne sera toutefois qu’une petite avancée pour espérer en voir un jour la fin. 

“La maladie sape notre productivité et notre prospérité”, déplore Owen Kaluwa, le patron de l’OMS au Ghana. “Elle maintient notre peuple dans la pauvreté”.

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AFP
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