Nigeria : le ''pidgin'' chanté pour la toute première fois à l'opéra

Extrême silence avant une explosion d’applaudissements après qu’Helen Epega a terminé de chanter ses premiers airs d’opéra en langue pidgin au Festival de percussions Abeokuta au sud-ouest du Nigeria.

Voix puissante et performances spectaculaires, des atouts qui ont été ovationnés par des milliers de spectateurs.

Ce créole ouest-africain inspiré du portugais (les premiers Européens arrivés dans la région), de l’anglais (langue des colons) et du patois jamaïcain (des anciens esclaves revenus sur le continent) peut surprendre. Il est davantage utilisé dans les taxis collectifs que dans les événements mondains.

“Les gens sont très enthousiastes. C’est peut-être parce qu’ils se rendent compte qu’ils n’ont jamais été capables de s’exprimer de cette manière auparavant, qu’ils pensaient qu’il n’y avait pas de place pour eux dans cet univers.” S’exclame Helen Epega, chanteuse d’opéra.

Les précédentes prestations de “La Vénus des feux de brousse” (The Venus Bushfires) comme on la surnomme ont également connu des succès au Cap en Afrique du Sud, mais aussi à Londres.

“Elle chante dans notre langue, c’est vraiment quelque chose d’unique.” s’enthousiasme David Ikeolu, un étudiant dans le public.

L’opéra en pidgin a donné un avant-goût de la musique classique à un large public. Le Nigeria est divisé en d’innombrables ethnies, avec plus de 500 langues locales, mais le pidgin, qui compte environ 75 millions de locuteurs (sur 190 millions d’habitants), est la seule langue véhiculaire parlée quasiment à travers tout le pays.

“Non seulement, on peut s’exprimer à travers ce langage, mais c’est plus qu’un moyen de communication : c’est un outil d’unification.” Insiste la chanteuse.

Hellen espère que sa musique de pidgin permettra de rapprocher les classes moyenne et supérieure. Et selon Richard Ali, auteur nigérian : le pidgin est unificateur ; il réunit réunissant ceux qui ne se parlent ni ne se comprennent en général pas dans la langue commune.

AFP
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