Togo : des élections locales en vue, après 32 ans d'attente

La commission électorale togolaise a fixé la tenue des prochaines élections locales au Togo au 30 juin 2019. Sauf que, ce n’est pas la première fois que des calendriers sont établis sans jamais être respectés. D’ailleurs, depuis 32 ans, le Togo n’a plus connu ce type d‘élections.

“Nous aurons les élections locales et le référendum le 16 décembre 2018. Et le 20 décembre, nous organiserons les élections législatives”, annonçait mi-septembre 2018, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Togo. Finalement, seul le scrutin législatif avait eu lieu dans les temps.

En début de semaine, la Céni togolaise a de nouveau établi un calendrier pour les élections locales qui se tiendront finalement le 30 juin 2019. Une promesse consécutive au discours à la Nation du président Faure Gnassingbé à la veille des commémorations de l’indépendance. Le fichier électoral devrait dès lors être révisé pendant trois jours du 16 au 18 mai prochains afin d‘élire les 1 527 conseillers municipaux des 117 communes que compte le pays.

Cette fois sera-t-elle la bonne ? Une question qui habite sans doute l’esprit des Togolais, habitués aux annonces éphémères de la Commission électorale. Organisées pour la dernière fois en 1987, les élections locales au Togo ont à maintes fois été annoncées puis repoussées.

En 2016 ainsi qu’en 2013, la question a été au cœur de tensions entre opposition et pouvoir à Lomé. L’Alliance nationale pour le changement (ANC), alors principal parti de l’opposition dénonçait ainsi en octobre 2013 “l’immobilisme observé à dessein par le gouvernement togolais”. Pour le parti de Jean-Pierre Fabre, il était simplement question pour le gouvernement “de perpétuer la main mise sur les personnels et les ressources des administrations locales que le régime RPT/UNIR [parti au pouvoir] utilise à l’occasion, dans l’organisation des fraudes électorales massives”.

Et après ?

Pourtant, les textes de la République sont clairs en ce qui concerne les collectivités locales. L’article 141 de la Constitution de 1992 indique, en effet, que la République togolaise est organisée en collectivités territoriales sur la base du principe de la décentralisation dans le respect de l’unité nationale. Lesquelles collectivités sont dirigées par des conseils élus au suffrage universel.

Une injonction régulièrement contredite par le gouvernement depuis le durcissement du régime de l’ancien président Eyadéma dans la foulée de l’instabilité politique de 1992. Alors que des élections locales devaient être organisées cette année-là, des troubles politiques éclatent avec à la solde, une grève générale longue de huit mois. Comme solution de rechange à l’incapacité d’organiser le scrutin, le chef de l’Etat nomme des délégations spéciales dont l’objectif est d’organiser des élections dans les communes.

En 32 ans de quasi-vide, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Le transfert de compétences de l’État vers les communautés décentralisées a été opéré, du reste dans les domaines de l‘éducation, de la santé et du commerce. Une nouvelle commission électorale a notamment été mise sur pied à la demande l’opposition, même si l’institution reste encore largement critiquée. Toutefois, de nombreux défis sont à relever pour l’après-élection : le transfert des ressources correspondantes, l’organisation des services, les infrastructures nécessaires …

Autre question sous-jacente, la participation ou non de l’opposition qui avait boycotté les législatives de décembre 2018, dénonçant des “irrégularités” dans l’organisation du scrutin.
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