Marie-Madeleine Mborantsuo, "l'homme" le plus puissant du Gabon

La pression s’amplifie à mesure qu’approche la date du 23 septembre 2016. C’est ce délai qu’est accordé à la présidente de la Cour constitutionnelle gabonaise, Marie-Madeleine Mborantsuo, pour livrer son verdict sur les recours qu’elle a reçus.

Au Gabon, les yeux sont rivés sur Marie-Madeleine Mborantsuo, la toute puissante présidente de la Cour constitutionnelle. Sur ses épaules, repose le dénouement de la crise postélectorale gabonaise qui oppose les deux candidats à la présidentielle, Jean Ping et Ali Bongo. Dans les deux camps, elle est attendue au tournant.

Au plus tard le 23 septembre, c’est à cette dame et son institution que revient la responsabilité de statuer sur les recours déposés par les candidats Jean Ping et Ali Bongo Ondimba. La décision qui en découlera, on l’espère à Libreville, devrait mettre un terme à la crise électorale que vit le gabon.

Mais pour beaucoup d’observateurs, il sera difficile pour Marie-Madeleine Mborantsuo de faire un choix basé sur une bonne lecture des faits, notamment à cause des nombreuses pressions qui pèsent sur elle et surtout, en raison des liens qu’elle entretient avec les deux candidats.

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Pour le camp Ping, il est difficile de vouer confiance à Marie-Madeleine Mborantsuo qui a eu deux enfants avec feu Omar Bongo. Ces derniers sont donc les demi-frères d’Ali Bongo Ondimba. De l’autre côté, ces enfants sont également les demi-frères de Pascaline Bongo, l’aînée de la fratrie Bongo qui, soit dit en passant, a été l‘épouse de Jean Ping.

C’est également grâce à l’ancien président gabonais qu’elle a accédé à la tête de la Cour il y a 18 ans. Une promotion qui s’appuie aussi sur un curriculum vitae rempli de diplômes d’universités françaises. DEA en droit constitutionnel de l’Université Paris II Panthéon Sorbonne, doctorat en droit à Aix en Provence. Dans le contexte de l’actuelle crise électorale, il n’est pas superflu de rappeler un titre de commandeur de la légion d’honneur française.

Avant la présidentielle de 2016, Marie-Madeleine Mborantsuo était accusée, elle et son institution d‘être à la solde du pouvoir. L’annulation de 11 recours de l’opposition lors de la présidentielle de 2009 qu’Ali Bongo a remporté sur fonds de critiques, a rajouté de l’eau au moulin de l’opposition.

La décision de la Cour en faveur du fils de l’ancien président lui a alors valu le titre peu flatteur de “Tour de Pise”. Traduction : elle penche toujours d’un côté, celui du pouvoir !

Cinq ans plus tard, les contextes semblent pourtant différents. Cette année, les pressions de la communauté internationale sont plus pesantes. En 2009 par exemple, l’Union européenne n’a pas envoyé d’observateurs au Gabon.

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Aussi, le divorce entre de nombreux caciques du Parti démocratique gabonais (PDG) et Ali Bongo a été consommé au cours des mois qui ont précédé la présidentielle. Des relations orageuses avec le sérail qui pourraient redistribuer les cartes au sein de la collégialité des Sages. Trois des neuf juges de la Cour ont été nommés par l’ancien président de l’Assemblée nationale Guy Nzouba Ndama qui a notamment rejoint le camp Ping. Trois autres ont été nommés par la présidente du Sénat et les trois restants – dont la présidente – l’ont été par le chef de l‘État.

Toutefois, la presse locale affirme que la présidente de la Cour serait en désamour avec Ali Bongo. Ce dernier lui reprocherait son rapprochement d’avec le courant Guy Nzouba Ndama.

Une source diplomatique confiait il y a peu que “personne ne voudrait être à la place de Mme Mborantsuo en ce moment”. Pour autant de raisons, il serait difficile de parier sur une quelconque décision de la Cour.
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