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Tchad : Masra convoqué au tribunal, lacrymogènes contre ses partisans

L'opposant tchadien Succès Masra devant le siège de son parti, les Transformateurs   -  
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Tchad

La police a tiré vendredi des grenades lacrymogènes pour disperser des centaines de manifestants accompagnant le principal leader de l'opposition à la junte militaire au Tchad qui se rendait à une convocation du procureur de N'Djamena.

Succès Masra, 39 ans, président du parti Les Transformateurs, a été rapidement entouré par ses jeunes partisans et poussé dans une voiture avant que le cortège, qui se rendait en direction du palais de justice de la capitale, ne fasse demi-tour dans une atmosphère saturée de gaz lacrymogène, rapporte un journaliste de l'AFP sur place.

Ces nouveaux heurts surviennent quelques jours après des manifestation non autorisées et violemment réprimées des Transformateurs, le plus virulent mouvement d'une coalition de l'opposition politique et de la société civile qui boycotte un dialogue de réconciliation nationale lancé il y a 20 jours par le président autoproclamé et chef de la junte, le général Mahamat Idriss Déby Itno.

Ce dernier est au pouvoir depuis la mort de son père Idriss Déby Itno, tué en avril 2021 en se rendant au front contre la rébellion armée après 30 années d'un pouvoir autoritaire et sans partage ponctué par les offensives d'innombrables mouvements rebelles.

Dialogue national boycotté

Le nouvel homme fort de N'Djamena avait promis de rendre le pouvoir aux civils dans les 18 mois par des élections "libres et démocratiques", à l'issue d'un dialogue national "inclusif", mais ce forum reporté à de nombreuses reprises vient tout juste d'entamer ses travaux sur le fond après de nouvelles défections d'organisations de la société civile. Il était déjà boycotté par la majorité de l'opposition politique et par au moins deux des plus puissants groupes rebelles armés, qui dénoncent un "monologue" de la junte et accusent Mahamat Déby et les militaires de vouloir se maintenir au pouvoir.

M. Masra a affirmé avait l'AFP avoir reçu jeudi une convocation du procureur de la République mais dont le motif ne lui a pas été communiqué.

Dans la matinée vendredi, il est sorti de son domicile, a assisté à deux prières --musulmane et chrétienne-- au milieu de plusieurs centaines de ses partisans. Il les a exhortés à "marcher dignement, à respecter l'ordre et ne toucher à rien", avant de prendre, sous la pluie, la direction du tribunal à la tête d'un long cortège de sympathisants, rapporte un correspondant de l'AFP sur place.

Les policiers ont rapidement tiré de nombreuses grenades lacrymogènes, et M. Masra et ses partisans ont fait demi-tour pour regagner son domicile et siège du parti.

"Le monde pris à témoin"

"Le peuple est sorti nous accompagner au palais de justice, ils nous ont attaqués et tiré à balle réelle", a notamment tweeté M. Masra, ajoutant: "le monde est pris à témoin. Ils veulent arrêter le dialogue du peuple par la violence". Il n'a pas été possible de vérifier, de sources indépendantes, l'accusation de tirs à balles réelles.

Le calme était revenu dans l'après-midi autour du siège des Transformateurs, mais le dispositif policier maintenu. Le procureur de N'Djamena Moussa Wade Djibrine a assuré à l'AFP avoir accepté la proposition des avocats de M. Masra de venir lundi avec leur client honorer sa convocation.

Cette convocation survient six jours après des manifestations violemment réprimées par la police et l'armée et le siège par les forces de l'ordre du parti des Transformateurs quatre jours durant.

Environ 200 partisans de M. Masra avaient été interpellés durant les quatre jours de manifestations dispersées systématiquement à coups de grenades lacrymogènes, puis remis en liberté dimanche.

Vingt jours après son lancement par M. Déby, les travaux du Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS) sur le fond viennent à peine de commencer et sa clôture a dû être repoussée de 10 jours, au 30 septembre.

A ce stade, les élections promises après une transition de 18 mois --octobre 2022 au plus tard donc--, ont très peu de chance d'être tenues dans ce délai. Le général Déby avait toutefois annoncé qu'elle pourraient être reportées de 18 mois "si les Tchadiens ne parviennent pas à s'entendre".

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