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Présidentielle 2022 : Ileana Santos, un des visages de l’engagement

Présidentielle 2022 : Ileana Santos, un des visages de l’engagement
Ileana Santos, co-fondatrice d'un incubateur de politiques publiques.   -  
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Cleared / Bucciu Photographie -

France

Quelques heures séparent les 48 millions d’électeurs français du premier tour de l’élection présidentielle. Certains sont encore en pleine réflexion quant à savoir quelle candidate ou quel candidat recevra leur suffrage. Entrepreneure, cofondatrice d’un incubateur de politiques publiques, Ileana Santos fait partie de millions de citoyens riches de cultures multiples. La Franco-Togolaise revient pour Africanews sur son engagement sociétal nourri par un parcours qui l’a conduite de part et d’autre de la Méditerranée.

Le pouvoir d’achat ou la santé seront des préoccupations qui guideront le choix des électeurs dans quelques jours. Votre double culture vous porte-elle à vous intéresser à des thématiques spécifiques?

Nous partageons tous les mêmes préoccupations. Après presque deux ans de crise sanitaire, il est normal de s’interroger en tant que citoyen sur la santé et les modalités à mettre en œuvre pour l’amélioration de la qualité de notre environnement afin de prévenir l’apparition de maladies. De même, le pouvoir d’achat est un sujet central. L’éclatement récent du conflit ukrainien, et avant lui la pandémie de Covid-19, sont des facteurs qui ont pu participer l’aggravation de la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires malgré les aides du gouvernement.

En réalité ce n’est pas ma double culture qui me fait m’intéresser à des sujets, c’est une question d’intérêt et d’appétence. Mon parcours et mes engagements portent mon attention sur des questions liées à la jeunesse, à la valorisation du volontariat, à l’accès à l’emploi, à l’Europe mais aussi aux relations entre l’Afrique Europe.

D’après vous, ces relations Afrique-Europe ont-elles été suffisamment évoquées au cours de la campagne ?

Dans le cadre de cette campagne, je n’ai pas entendu parler de ces thématiques-là ou bien, j’ai constaté une non-connaissance de ces sujets-là ou encore un manque d’intérêt de la part de certains candidats… et ça me fait peur. Je suis ces thématiques depuis près de deux ans et à mes yeux, nous avons pris un bon cap et il faut continuer à avancer pour obtenir des résultats. D’ailleurs, c’est ce que les gens attendent, des résultats !

Vous êtes engagée auprès d’un parti et vous vous rendez régulièrement sur le terrain, que remarquez-vous à l’approche du premier tour ?

J’ai remarqué ces derniers jours que les habitants commençaient à s’intéresser aux élections. Je demande toujours aux gens pour qui ils vont voter sur le terrain. Ça permet de lancer la discussion et surtout de rappeler que si ces personnes ont décidé de ne pas voter, d’autres décideront à leur place. De cette façon le débat est amorcé et les gens ont envie de parler ! J’ai plaisir à avoir des bonnes discussions, ça permet de connaître ce que les gens en dehors de votre bulle pensent et elles sont nécessaires à la vie de notre démocratie.

En quoi votre lien tout particulier avec le Togo, et l’Afrique plus largement, nourrit-il votre engagement ?

Je suis née et j’ai grandi à Lomé. J’ai toujours vu mes parents donner de leurs temps pour les autres, s’engager dans des associations et partager. Quelque part, j’ai été inspirée par ces modèles. Au fil de mes expériences en service civique, en stage ou à travers l’accompagnement de groupes, j’ai eu la chance de partir m’engager en Inde, faire des expériences associatives et professionnelles à Dakar aux États-Unis ou au Canada. Tout cela a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. L’engagement permet de participer à une aventure collective et d’œuvrer pour une cause commune mais aussi d’acquérir des compétences nouvelles. C’est un peu la continuité du chemin que j’ai commencé à parcourir à Lomé que je poursuis ici. La double culture est une richesse pour la France, contrairement à ceux que certains peuvent affirmer et je suis fière de le répéter encore et encore.

Vous vous définissez comme un afro-optimiste, qu’est-ce cela signifie ?

L’afro-optimisme, c’est un verbe d’action ! Il revoit toujours au couple de mot action/résultat et dans notre incubateur de politique publique, nous sommes pluriels parce qu’il ne faut pas réserver les questions de relations Afrique-Europe uniquement aux Africains et aux Européens. Tout le monde a le droit de prendre part à ce débat pour mettre en lien des entreprises, pour chercher des capitaux et je crois à cet axe économique donnant-donnant. Je suis franco-togolaise, je suis un pont et j’appartiens à mes deux continents. Mon rôle est aussi de pouvoir, à travers ma double culture et avec d’autres jeunes comme moi, mettre nos compétences au service.

Quand on rentre de nos expériences respectives dans différents pays d’Afrique, on est nourri par ce qu’il s’y passe, par les innovations et des façons de penser que l’on va réinjecter ici. Cette « matière » que l’on retire du terrain est indispensable. C’est-à-dire que lorsque vous avez la possibilité et la responsabilité de parler aux décideurs, vous venez bien sûr avec des choses théoriques mais aussi des expériences authentiques rapportées du vécu de personnes sur le terrain. Et cela, je le fais des deux côtés de la Méditerranée, en bas de chez moi, chez le boulanger à Paris et à Lomé. Grâce à ça, vous êtes ancrés dans la réalité puisque l’on ne vit pas tous les mêmes réalités. Ensuite, à moi de les formaliser et de faire passer des messages pour les transformer en politiques publiques ; c’est aussi à cette mission que je me donne.

Quel est le futur que vous souhaitez voir advenir en contribuant par votre vote et, plus largement, par vos engagements au quotidien ?

Un futur avec des relations gagnant-gagnant et pour l’Afrique et l’Europe. Pour moi ça veut dire que l’on arrive à flécher les financements vers des choses utiles, que l’on arrive à inciter le secteur privé à investir dans des gros projets d’infrastructures et pas tout attendre des Etats et des institutions... J’ai un biais économique mais voilà ce que je vise en m’engageant. Je relisais récemment l’Afrique doit s’unir de Kwame Nkrumah et c’est ce que j’attends, un New Deal de l’Afrique avec elle-même. Les jeunes aussi doivent prendre leur part car si les dirigeants ne sont pas à la hauteur, en tant que citoyens, nous pouvons être à la hauteur des enjeux de l’Histoire et de ce que l’humanité attend de nous. L’Afrique va se sauver elle-même et l’Europe peut l’accompagner dans cette dynamique. Qui serait mieux placé que nous pour être ces ponts-là ?

Que diriez à des jeunes ou des personnes qui hésitent à se rendre aux urnes dimanche ?

Je passerai par mon histoire personnelle. Voter dimanche sera la première fois que je vote pour une élection présidentielle en France et je mesure la chance de vivre dans un pays démocratique, de pouvoir exprimer une voix dont vous êtes sûr, garanti, qu’elle sera respectée. Quand on voit la guerre à nos portes en Ukraine ça peut créer un électrochoc. Ensuite, si on ne décide pas, d’autres le feront à notre place et on ne pourra pas se plaindre. Voter c’est aussi faire une liste de choix pour notre quotidien : comment le voit-on, comment est-ce qu’on se projette sur ces cinq prochaines années, est-ce que l’on veut que le travail paye mieux, qu’est-ce que l’on veut comme transition environnementale et écologique, qu’est-ce qu’on attend de la justice sociale… ? Moi, j’ai déjà fait mon choix.

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