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RDC : enfin l'alternance pacifique ?

RDC : enfin l'alternance pacifique ?

République démocratique du Congo

Si les élections déjà très hypothétiques se tenaient, la RDC goûterait enfin aux délices de l’alternance pacifique de son histoire. Pérégrination dans le passé électoral de ce géant d’Afrique centrale aux pieds d’argile.

L’histoire électorale de République démocratique du Congo (RDC) commence en 1958. Joseph Kasa-Vubu est élu au poste de bourgmestre (maire) de la commune de Dendale (aujourd’hui Kasa-Vubu) au centre de Léopoldville (actuelle Kinsahsa). Son compatriote et camarade du parti Alliance des Bakongo (ABAKO) Gaston Diomi Ndongala est lui aussi élu à la tête de la commune voisine de Ngiri-Ngiri.

À la faveur de l’indépendance le 30 juin 1960, résultat dune âpre lutte lors de l’historique Table ronde de Bruxelles, Kasa-Vubu est élu par le premier Parlement composé rien que de Congolais. Avec 159 voix contre 43, le natif Tshela (province du Kongo-central) prenait ainsi le dessus sur son challenger Jean Bolikango, fondateur du Parti de l’Unité Nationale (PUNA).

Si Kasa-Vubu a passé cinq ans au pouvoir, son quinquennat n’a pas du tout été un long fleuve tranquille. Mutineries, sécessions (Katanga et Kasaï, par exemple), assassinats vont rythmer ce premier mandat. Le chaos dans lequel baignait alors le Congo-Léopoldville, officiellement affranchi de la domination belge, va ainsi ouvrir l’une des pages les plus sombres de l’histoire du pays : l’assassinat du héros de l’indépendance Emmery Patrice Lumumba.

C’est dans ce contexte de désordre que Joseph-Désiré Mobutu, chef d‘état-major, accède au pouvoir le 24 novembre 1965. « Il manquait de discipline chez nos hommes politiques. Pendant cinq ans, nous allons l’instaurer dans tous les domaines : politique, économique, financier », se félicitait l’ancien lumumbiste, tentant de nuancer qu’il ne s’agissait pas « d’un coup d‘État militaire, (mais) plutôt d’une révolution pacifique ».

Mais, de cinq ans, Mobutu va prolonger son pouvoir en 32 ans de règne sans partage, non sans tenter de légitimer sa longévité avec un premier acte qui fut le référendum constitutionnel du 10 juin 1967. Votée par plus de 98 % de Congolais, la Constitution met en place la « Deuxième République » qui stipule que le chef de l‘État est élu par le Parlement (une seule chambre) et confirmé par référendum populaire pour un mandat de sept ans renouvelable indéfiniment.

Le 3 décembre 1977, le Congo, baptisé Zaïre depuis 1971, organise la première élection présidentielle de l‘ère Mobutu. Sans surprise, le général est déclaré vainqueur avec 98 % des voix.

Mobutu, seul candidat

Le vote n‘étant pas secret ni libre, les électeurs devraient choisir obligatoirement le bulletin vert (pour Mobutu) au détriment du rouge (contre Mobutu).


Une affiche de campagne pendant l‘élection présidentielle de 1984

En 1984, même modus operandi, même résultat. Et pour lui, c‘était l’expression de la volonté du peuple. « Lors des campagnes, on me disait dans certaines provinces : ‘‘Monsieur le président, nous allons vous élire à 300 . Dans d’autres, on promettait de m‘élire à 500‘‘ », se vantait Mobutu.

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Dans les années 1990, un vent de démocratie va, suite à l’effondrement du mur de Berlin et du discours de la Baule, souffler dans toute l’Afrique. Rattrapé par le contexte comme la plupart de ses homologues, celui qu’on a surnommé le “Léopard du Zaïre” accepte le multipartisme et l’organisation d‘élections libres, transparentes et apaisées.

Des scrutins qui n’auront jamais lieu à cause de plusieurs crocs en jambes dans les institutions chargées par la conférence nationale de gérer une transition qui devait conduire à ces élections.

Il a fallu l’entrée des troupes de Laurent-Désiré Kabila pour que le “Papa Maréchal” quitte le pouvoir le 16 mai 1997. Il s’enfuit alors au Maroc où il meurt d’un cancer de la prostate quatre mois plus tard, le 7 septembre 1997, mettant fin à 31 ans de règne. Une longévité que ne connaîtra pas son successeur. Attaqué sur deux principaux fronts par des rebellions soutenues par des pays voisins dont l’Ouganda et le Rwanda Laurent Désiré Kabila n’eut pas, en effet, le temps de débuter l’opération d’enrôlement des électeurs. Il sera assassiné par un des membres de sa propre garde le 16 janvier 2001.

Quelques heures seulement après sa mort, son fils Joseph Kabila lui succède. Ce dernier remporte la présidentielle de 2006 avant d‘être réélu en 2011, malgré les fraudes évoquées par l’opposition. Son deuxième et dernier mandat a pris fin officiellement en 2016 selon les dispositions de la Constitution.

Mais, l‘élection n’a pas pu se tenir, officiellement pour des raisons techniques.« Nous avons décidé de repousser les élections pour éviter d’exclure un très grand nombre de gens, pour la plupart de jeunes électeurs. Jusqu’à 10 millions de personnes non inscrites pourraient passer à côté de la chance de voter », expliquait Joseph Kabila en octobre 2016.

Glissements du terrain électoral

La crise politique née de ce report, fit des dizaines de morts parmi les partisans de l’opposition qui exigeaient le départ du président dont elle jugeait le maintien au pouvoir illégitime. L’hémorragie fut stoppée grâce à l’accord dit de la Saint-Sylvestre, sans pour autant mettre un terme à la crise politique. Sous l‘égide de l‘Église catholique, opposition, majorité et société civile vont s’accorder sur la tenue des élections en décembre 2017.

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Mais, un nouveau report va être prononcé. Et cette fois-ci, c’est l‘Église catholique qui monte au créneau pour dénoncer le non-respect de l’accord de la Saint-Sylvestre. Ce, à travers des manifestations d’abord en fin décembre puis en fin janvier. Comme en 2016, la répression fera plusieurs morts. L’opposition soupçonnait alors le président de vouloir s’accrocher au pouvoir.

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Mais, alors que tout le monde l’attendait au tournant, Kabila finît par se retirer de la course à la présidentielle tout en prenant le soin de désigner en août dernier Emmanuel Ramazani Shadary comme candidat de la mouvance au pouvoir. L’ancien ministre de l’Intérieur affronte ce dimanche 23 décembre Félix Tshisekedi et Martin Fayulu pour le fauteuil de président. Ils seront départagés par quelque 40 millions d‘électeurs.

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Mais, vu les violences et d’autres incidents comme l’incendie qui a détruit plus de 80 % du matériel électoral, des observateurs redoutent un nouveau report. Et la première alternance pacifique de l’histoire de RDC devrait encore attendre… Jusqu‘à quand ? That’s the question.

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