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Le plus grand suicide collectif de l'histoire moderne des sectes

Le plus grand suicide collectif de l'histoire moderne des sectes

Guyana

Il y a presque 40 ans jour pour jour, se déroulait le plus grand suicide collectif de l’histoire moderne des sectes. Le 18 novembre 1978, pas moins de 914 membres de la tristement célèbre secte américaine du ‘‘Temple du peuple’‘, dirigée de main de fer par un certain Jim Jones, se donnaient la mort ensemble, soit volontairement, soit sous la menace des armes. Retour sur cet événement qui a marqué à jamais l’histoire des Etats-Unis.

Ce jour-là, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants faisaient le saut dans l’inconnu pour le voyage de non-retour. Sous l’emprise de Jim Jones, celui-là même qui se faisait passer pour la réincarnation de Lénine, Jésus-Christ et Bouddha, ces infortunés (majoritairement Noirs et pauvres) ont avalé du cyanure, un poison extrêmement puissant. Et pourtant, le gourou de la secte leur avait promis un monde meilleur, dépourvu de toutes formes de contraintes et de souffrantes, les faisant quitter la Californie pour la jungle de Guyana.

En 1973, soit cinq ans avant la tragédie, Jim Jones (il est né James Warren Jones, voir photo), décidait de délocaliser son ‘‘église’‘ basée à San Francisco (USA). La nouvelle destination n‘étant autre que le Guyana, ex-colonie britannique située entre trois pays : le Suriname, le Venezuela et le Brésil.

Mourez avec dignité. Ne vous couchez pas en larmes. Arrêtez cette hystérie ! Ce n'est pas une façon de mourir pour des Socialistes-communistes.

La même année, il obtient un terrain de 10.000 hectares et y fonde “Jonestown”, un monde basé sur le socialisme où il n’existe (en principe) ni racisme, ni sexisme, ni même aucune marginalisation des personnes du troisième âge. En quelques mots, le monde parfait.

Ce principe de la vie dépouillée de toute forme de racisme attire tout particulièrement les Afro-américains, très souvent victimes d’un racisme alarmant dans une Amérique des années 1970 encore marquée par les lois ségrégationnistes récemment abolies. Lois qui prévalurent de 1875 à 1967, en particulier dans le sud du pays.

Jim Jones exerce une autorité sur ses adeptes. Sa secte se caractérise par un mélange de style hippie (dans la vague du célèbre mouvement ‘‘peace and love’‘ des années 1960) et de socialisme. L’homme passe ainsi pour un père généreux, libérateur et faiseur de monde parfait. Au départ, ‘‘Jonestown’‘ est un projet agricole basé sur la culture communiste.

Derrière le charme de Jonestown, un monde de souffrances

Mais au bout d’un moment, le merveilleux monde du ‘‘révérend’‘ Jones montre son véritable visage. D’anciens membres du ‘‘Temple du peuple’‘ finissent par révéler des formes d’esclavage moderne. Selon leurs témoignages, drogues, famines et asservissement sexuel faisaient partie de leur quotidien. Jim Jones était lui-même bisexuel et entretenait de ce fait des rapports intimes avec des femmes et des hommes de son ‘‘église”.

Le gourou fait travailler ses disciples du matin au soir, et cela, six jours sur sept et les oblige à subir une ‘‘nuit blanche’‘ une fois par semaine. Au cours de cet exercice, le ‘‘révérend’‘ fait avaler à ses adeptes ainsi qu‘à leurs enfants du faux poison. Son argument ? Le suicide (collectif) est la seule issue à la guerre que le gouvernement américain déclenchera un jour contre lui.

Informé par les agitations qui prévalent à ‘‘Jonestown’‘, le sénateur Leo Ryan, membre du Congrès américain, effectue le déplacement en avion le 17 novembre 1978 jusqu’au Guyana. Une fois sur place, lui et sa délégation n’y voient que du feu. En effet, Jim Jones parvient à maquiller les faits, ne laissant entrevoir que les bons côtés de ‘‘Jonestown’‘. Entre autres, chants de chorale et partie de basket-ball entre personnes de différentes races. Du coup, toutes les plaintes de maltraitances formulées par les parents de “fidèles” semblent infondées aux yeux du sénateur.

Mais le gourou a une idée derrière la tête. Pour lui, il n’est pas question que le sénateur Ryan retourne aux Etats-Unis vivant, d’autant que certains adeptes de la secte ont formellement manifesté leur envie de quitter ‘‘Jonestown’‘, et cela, en présence même du membre du Congrès américain.

Assassinat du sénateur Ryan, début du massacre des adeptes

Ainsi, le lendemain, le jour-même du départ de Leo Ryan, des hommes de main de Jim Jones, armés, ouvrent le feu sur le sénateur alors qu’il est sur le point de monter dans l’avion stationné sur la piste du petit aéroport. Le sénateur Ryan et trois journalistes sont tués sur le coup. Pour tenter de masquer ses meurtres, Jim Jones fait croire à ses adeptes que le sénateur était un agent de la CIA envoyé sur place pour faire du repérage. Il poursuit son mensonge, affirmant (toujours à ses fidèles) que ‘‘Jonestown’‘ fera l’objet d’un assaut de la part de soldats américains.

La suite est plus que dramatique. La séance d’empoisonnement, cette fois-ci la véritable, est organisée et les adeptes de Jones sont contraints de boire du cyanure. Des centaines de fidèles prennent la fuite dans l‘épaisse jungle. Tandis que certains réussissent à s‘échapper, d’autres sont rattrapés par les hommes de Jones. Ils sont soit abattus, soit forcés de boire le terrible poison.

Plus tard après le suicide collectif, un enregistrement sur bande magnétique est retrouvé tout près des nombreux cadavres, entassés les uns sur les autres. Des détails de cet enregistrement sont rapportés dans une dépêche datant du 9 décembre 1978, qui se présente comme suit :

La bande audio qui donne froid dans le dos

“La bande magnétique commence par la diffusion de musique religieuse et le rassemblement de fidèles (…) Jones déclare que la secte a été ‘trahie’ et ne se relèvera pas de ce qui s’est passé à l’aéroport.”

‘Je ne propose pas que nous commettions un suicide mais un acte révolutionnaire’, affirme-t-il enjoignant les adultes d’administrer le poison aux enfants avec des seringues. ‘Mon opinion est qu’il faut être bon pour les enfants et les vieux et prendre la potion comme ils le faisaient dans la Grèce antique, et s’en aller tranquillement.’

“Une femme demande aux fidèles de s’aligner. On commence à entendre des pleurs d’enfants. Jones montre soudain des signes de nervosité : ‘Mourez avec dignité. Ne vous couchez pas en larmes. Arrêtez cette hystérie ! Ce n’est pas une façon de mourir pour des Socialistes-communistes.’

“De nombreuses personnes protestent. Une mère crie qu’elle accepte la mort, mais demande grâce pour son fils. (…)” “L’hécatombe s’achève dans une cacophonie de hurlements et de douleur, de râles, des cris d’enfants qui agonisent et de protestations, mêlés aux applaudissements des fanatiques de Jones”.

Jim Jones, ne voulant certainement pas répondre de ses actes, est retrouvé sur les lieux, une balle dans la tête. Jusqu‘à ce jour, aucune enquête n’est parvenue à dire avec certitude si l’illuminé s’est suicidé, ou si l’un de ses hommes de main lui tiré dans la tête.

Quatre jours après le drame, Marc Hutten, journaliste de l’AFP envoyé sur place, parle de scènes semblables à un “film d’anticipation dont le sujet serait l’apocalypse, tourné dans un décor luxuriant, mais pétrifié.’‘

Le journaliste poursuit sa description des faits :

“De l’hélicoptère (…) on aperçoit une brusque éclosion de couleurs vives, comme un champ de fleurs. Ce sont les cotonnades qui habillent les centaines cadavres (…)” “Les fleurs deviennent cadavres et leur odeur, d’abord insidieuse, se fait nauséabonde. Seuls les fossoyeurs professionnels de l’armée américaine avancent parmi les corps boursouflés (…)”

“Planté au milieu de cet amoncellement de dépouilles, un perchoir, avec deux perroquets qui caquettent comme si de rien n‘était. Plus loin, une immense cage de bois où gît le cadavre d’un gorille, la mascotte de l’‘évêque’ fou, le crâne transpercé par une balle. D’autres animaux sont morts empoisonnés comme leur maître, mais deux ou trois chiens errent encore dans les allées du campement, la queue basse. (…)”

“Un petit pont de bois conduit vers la maison du défunt chef spirituel. A l’intérieur, dix corps (…) jetés en travers de quelques lits ou à même le sol parmi des monceaux de livres et de dossiers. (…) Le soldat guyanais qui nous accompagne fait cette réflexion : ‘il y avait des Noirs et des Blancs. Maintenant, ils sont tous noirs’”.

Jim Jones, l’homme qui enchaînait les convictions en tous genres

Jim Jones est né le 13 mai 1931 à Crete, dans l’Etat de l’Indiana, aux Etats-Unis. Fils unique de ses parents et ayant grandi dans un environnement marqué par une extrême pauvreté, il est élevé par sa mère, une ouvrière syndicaliste, qui voit en son fils un futur grand homme d’affaires.

Alors que sa mère part travailler, le petit James (dont la mère ne peut se payer les services d’une nounou) se retrouve finalement sous la surveillance d’une voisine, une certaine Myrtle Kennedy. Cette dernière inculque à l’enfant une éducation religieuse, l’emmenant au catéchisme et à l‘école du dimanche à l‘église protestante.

Exellent élève, il part à la recherche d‘églises pouvant correspondre à ses aspirations, ce qui le conduit dans plusieurs lieux de culte de la ville de Lynn. A l‘âge de 10 ans, le petit James atterrit au Gospel Tabernacle, une église pentecostiste du mouvement charismatique. Là-bas, il se fait remarquer et est même envoyé sur le terrain pour évangéliser les habitants de la région.

A un moment de sa vie, James prend la direction de Richmond en auto-stop, pour y évangéliser. Travaillant dans un hôpital, il évanglise pendant ses temps libres et finit par constater la forte présence de Noirs à Richmond (20 % de la population), alors que Lynn, sa ville d’origine, est majoritairement blanche.

Mais c’est surtout la grande pauvreté qui frappe les Afro-Américains de Richmond qui l’interpelle. Jones commence alors à mentionner de plus en plus la justice sociale dans ses prêches de rue. Devenu adulte, il se tourne vers le communisme et s’oppose contre toute attente au christianisme, qui avait pourtant rythmé son enfance et son adolescence : ‘‘ma femme ne s’agenouillera pas devant un Dieu imaginaire’‘, disait-il.

Mais en 1950, le futur ‘‘révérend’‘ découvre l‘église méthodiste, qu’il juge plus socialement ouverte que les autres. Il s’y attache et adhère l’année suivante au Communist Party USA24. En avril 1952, Jim Jones pense avoir trouvé sa voie et veut devenir pasteur. Ainsi, en juin de la même année, Jones commence un stage de pasteur étudiant à Somerset Methodist Church, situé dans un quartier blanc défavorisé d’Indianapolis.

L’année 1964 est déterminante dans sa vie. Cette année-là, Jim Jones est ordonné pasteur d’un importante confrérie religieuse dénommée ‘‘Les disciples du Christ’‘. Dans cette église, les Noirs et les Blancs sont sur le même pied d‘égalité. C’est là que commence véritablement le combat de Jones pour l‘égalité des races.

D’ailleurs, au début de 1960, Jones adopte des enfants de différentes couleur de peau qu’il appelle ‘‘rainbow family’‘ (la famille arc-en-ciel). Au fil des années, le pasteur se forge une conviction très différente de la vision classique des églises : Jones se dit maoïste et s’identifie à Karl Marx, au point de vouloir créer sa propre forme de marxisme qu’il appelle finalement ‘‘socialisme apostolique’‘. Au final, il est qualifié de gourou dans le sens donné ensuite par les organismes de lutte anti-sectes.

Jones finit par fonder sa propre église. Au départ, il la baptise ‘‘Les ailes de la délivrance’‘, avant de lui donner le nom de ‘‘Temple du peuple’‘, avec siège à Indianapolis. Il déménage ensuite son église à Redwood Valley, en Californie, lieu que Jim Jones disait être un des rares qui pourrait résister à un holocauste nucléaire.

La suite, vous la connaissez désormais.

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