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Ethiopie : réformes et violences intercommunautaires

Ethiopie : réformes et violences intercommunautaires

Ethiopie

Depuis des mois, l‘Éthiopie est agitée par des tensions communautaires qui mettent à l‘épreuve son système de fédéralisme ethnique et font redouter qu’il s’accommode mal du style réformiste et conciliant du Premier ministre Abiy Ahmed.

Entré en fonctions en avril, M. Abiy, 42 ans, s’est attiré de nombreuses louanges pour avoir impulsé plusieurs réformes clés, comme la libération de milliers de dissidents et la signature d’un accord de paix avec l‘Érythrée voisine.

Mais une multiplication des violences à caractère ethnique a accompagné ses premiers mois au pouvoir. Au point que certains analystes doutent de sa capacité à contenir ces forces centrifuges sans faire marche arrière et revenir à l’autoritarisme de ses prédécesseurs.

“Ma conviction, c’est qu’on ne rétablira pas la loi et l’ordre sans un fort leadership”, ose René Lefort, chercheur indépendant spécialiste de l‘Éthiopie.

En adoptant un processus de décision très personnalisé, lui-même et ses proches conseillers, sans le plein soutien de la coalition qui l’a porté au pouvoir, M. Abiy a, selon cet expert, créé un “vide du pouvoir” au niveau des régions, devenues un terreau fertile pour les violences.

La problématique ethnique est centrale dans la Constitution de 1995, écrite par le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), la coalition qui a pris le pouvoir en 1991 après avoir mis fin au brutal régime militaro-marxiste du Derg.

Le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique est divisé en neuf régions autonomes, créées sur des lignes ethniques.

Cette Constitution est l’une des rares au monde à promouvoir la gouvernance locale, mais aussi à contenir l’option de la sécession, même si les observateurs estiment que le gouvernement central ne permettrait pas que celle-ci soit mise en œuvre.

Un véritable pari risqué lorsqu’on sait que l’objectif était de répondre aux appels en faveur de plus d‘émancipation locale sur lesquels le Derg avait tenté de mettre le couvercle, remarque Zemelak Ayele, directeur au Centre pour le fédéralisme et la gouvernance à l’université d’Addis Abeba.

Gouvernement central faible

Ces deux ethnies s’estimaient marginalisées et leur révolte a entrainé des centaines de morts, des dizaines de milliers d’arrestations, et enfin la démission surprise en février du Premier ministre Hailemariam Desalegn.

La nomination de M. Abiy a mis un terme à ces manifestations. Mais elles ont presque instantanément été remplacées par des violences ethniques. Environ un million de personnes ont ainsi fui dans le sud des combats entre la minorité des Gedeo et les Oromo.

Ces affrontements prennent parfois racine dans d’ancestrales rivalités, foncières notamment, qui trouvent à nouveau à s’exprimer. Pour Awol Allo, enseignant à l’université de Keele en Angleterre, ils sont dus aux “frustrations qui débordent” face au règne sans partage de l’EPRDF.

Harry Verhoeven, chercheur à la Georgetown University au Qatar, estime que la démission forcée de M. Hailemariam a aussi envoyé le message que la “violence paye”. “Il ne faut pas sous-estimer la force de l’exemple”, souligne-t-il.

L’EPRDF n’a cessé d’apparaître chaque jour plus divisée après la mort en 2012 de Meles Zenawi, puissant Premier ministre depuis 1995, qui avait réussi à préserver le consensus parmi les quatre partis établis sur des bases ethniques qui composent la coalition.

“En ce moment, il semble que le gouvernement central soit plus faible que jamais”, avance M. Zemelak. “Le gouvernement central étant faible, cela signifie que les régions font ce qu’elles veulent.”

Le risque est dès lors que M. Abiy ne soit contraint de recourir à une méthode plus autoritaire pour ramener le calme.

“Les gouvernements deviennent généralement autoritaires quand la situation les y force”, observe M. Awol, disant espérer qu’une “voie différente” sera cette fois-ci privilégiée.

AFP


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