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Afrique du Sud, usage privé du cannabis : des malades aux anges

Afrique du Sud, usage privé du cannabis : des malades aux anges

Afrique du Sud

Les consommateurs de cannabis sont en extase en Afrique du Sud et pour cause ; la première puissance industrielle du continent africain a légalisé la consommation de la marijuana à usage personnel pour les adultes. Petit détour dans l’univers de la consommation de l’une des plantes les plus controversées de la planète.

Il se nomme Nduna Ewrong-Nxumalo et est guérisseur traditionnel de son Etat. Cet homme, qui ne quitte pratiquement jamais sa réserve de thé au cannabis, soutient mordicus que la prescription de cannabis à ses nombreux patients est une réussite.

“Cette plante sacrée nous a été léguée par nos ancêtres. Les guérisseurs qui exerçaient avant nous nous ont formés à l’utiliser pour remettre les malades sur pied”, martèle celui que l’on appelle ici le “sangoma”.

Les médecins occidentaux n'arrivent pas toujours à identifier votre mal, mais ils ne l'avouent pas et préfèrent vous inventer une maladie.

Vêtu d’une veste de léopard et d’un pantalon kaki, le ‘‘docteur’‘ Nduna officie dans son cabinet du centre-ville de Johannesburg. “C’est une plante qui protège et je suis ravi que la loi finisse enfin par le reconnaître”, ajoute-t-il.

Autre individu, même réaction favorable. Siphelele Luthuli, une commerçante vivant à Durban -nord-est), est ce que l’on peut appeler une mordue de la marijuana. Âgée de 47, la dame était aux prises avec l’asthme. Après plusieurs recherches infructueuses, elle trouve son salut auprès du cannabis, se le procurant chez un revendeur.

Siphelele Luthuli : “à l‘évidence, c‘était illégal, alors je me fournissais auprès d’un marchand de rue en qui j’avais confiance et qui le récoltait lui-même.”

Siphelele, qui avait des ennuis avec les cocktails de stéroïdes plus classiques (ils lui faisaient prendre du poids), a finalement sauté sur l’occasion lorsque son médecin lui a accordé le droit de faire infuser son propre thé au cannabis. Avec en prime un prix plus bas que celui du traitement classique auquel elle avait recours.

“Je le faisais bouillir moi-même sur la foi d’une recette trouvée sur internet. Mes mesures n‘étaient pas très précises, mais je me rassurais en sachant qu’on ne peut pas faire une overdose d’herbe, c’est une plante naturelle.”, admet-elle.

Siphelele ajoute que le goût de son breuvage laisse à désirer, mais que son efficacité ne fait l’ombre d’aucun doute.

“J’en ai pris pendant un an et quand j’ai refait un bilan en 2015, mon médecin m’a demandé comment je faisais, car il ne m’a pas donné d’ordonnance.”, s’enthousiasme-t-elle. Aujourd’hui, la commerçante est même perçue par la médecine moderne comme sujet guéri.

Sipho Ntanzi, tondeur de moutons de 23 ans, fait lui aussi partie des nombreux aficionados de la ‘‘marie-jeanne’‘. Atteint de toux compulsive, il souligne que la consommation de cette substance est une réalité dans son cercle familial :

“quand j‘étais petit, mon oncle avait l’habitude de faire des infusions de cannabis et ça ne dérangeait personne. Vous n’aviez des problèmes que lorsque vous commenciez à en fumer.”

Le jeune homme a recours à des cures d’une durée d’un mois, afin de soulager ses poumons. Et durant cette période, il s’offre un bol de thé au cannabis le matin. Le breuvage même est aussi consommé le soir. “Je me sens plus fort, c’est comme si j’avais remis mes compteurs à zéro.”, lâche-t-il, convaincu que sa ‘‘potion magique’‘ surclasse les coûteux traitements de la médecine moderne :

‘‘les médecins occidentaux n’arrivent pas toujours à identifier votre mal, mais ils ne l’avouent pas et préfèrent vous inventer une maladie. Nous avons perdu confiance dans la médecine traditionnelle, mais la vérité, c’est qu’elle marche.”

Un débat qui divise la société sud-africaine

Et pourtant, l’usage de cette plante ancestrale était prohibé par les autorités sud-africaines depuis 1908. Cependant, la toute récente autorisation accordée par la justice du pays est encadrée. Rien à voir avec celle d’autres pays tels que l’Uruguay, le Lesotho ou encore les Pays-Bas, où la possession, et même la vente de la marijuana sont parfaitement légales. En Afrique du Sud, ces dispositions restent pour le moment un vague rêve, l’opposition au cannabis étant très rigide.

A ce propos, une association du nom de Doctors for Life rejette toute idée de vertus de la ‘‘dagga’‘ (le nom usuel du cannabis en Afrique du Sud). Le très conservateur Parti démocrate-chrétien africain (ACDP) a même galvanisé ses troupes afin de se dresser contre l’autorisation accordée par la Cour constitutionnelle du pays.

Sur Twitter, Kenneth Meshoe, le président du ACDP a réagi en ces termes : “je suis très déçu. L’Afrique du Sud a déjà un sérieux problème avec la drogue, beaucoup d’usagers vont finir par tomber dans les drogues dures et finalement dans la criminalité.”

Argument vite été froissé par Phephisile Maseko, la cheffe de l’association des médecins traditionnels du pays :

“Longtemps, nous n’avons pu dire tout haut que nous utilisions le cannabis (…) aujourd’hui, on peut. C’est une victoire réelle non seulement pour nous les soignants, mais aussi pour tous nos clients et patients.”

Le débat entre les deux camps est donc loin de connâitre son épilogue.

C’est en septembre dernier que la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud mettait un terme à un interminable bras de fer judiciaire, en légalisant la consommation de la marijuana à usage personnel pour les adultes. Avant cela, la consommation de cette substance récréative était interdite, et même passible de peine d’emprisonnement ferme.

La Cour constitutionnelle, la plus haute instance judiciaire sud-africaine, a donné un délai de deux ans aux parlementaires pour peaufiner un nouveau texte relatif à sa décision de justice.

Mais les consommateurs n’ont pas perdu une seule seconde après la décision de la Cour. Ne se voyant pas attendre jusqu‘à deux ans avant de se soigner à coups de ‘‘dagga’‘, ils ont applaudi les “sages” à tout rompre.

Et ces consommateurs sont nombreux. D’après une étude commandée par le gouvernement en 2007, 26 millions de Sud-africains, soit la moitié de la population, ont recours à la médecine traditionnelle.

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