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Nike sur le fil du rasoir

Nike sur le fil du rasoir

Etats-Unis

Nike, le grand équipementier américain, est dans la tourmente. L’entreprise, connue dans le monde entier pour ses chaussures de sport et autres accessoires sportifs souffre d’une grosse vague de départs de ses rangs. De nombreux dirigeants quittent l’entreprise sur fond de scandales de divers ordres. Explications.

Depuis un peu plus d’un mois, des dirigeants de Nike rompent les rangs. Des employés, surtout des femmes, lassés par ce qu’ils qualifient d’environnement ‘‘toxique’‘, ont décidé de témoigner contre leur hiérarchie. Un environnement délétère, caractérisé par des harcèlements tant moraux que sexuels.

Selon un porte-parole de Nike, cinq dirigeants de haut rang ont plié bagages. Parmi ces candidats au départ forcé, Helen Kim, une femme. Elle était jusqu‘à récemment la vice-présidente (de Nike) des activités pour le nord-est en Amérique du Nord.

C'est la preuve que le problème général relève du harcèlement (...) C'est juste de la cruauté.

“Les départs de dirigeants marquent un virage important dans l’approche du management et augurent d’un changement de pratiques, mais il est encore prématuré de l’affirmer”, pense David Yamada, professeur de droit du travail à l’Université Suffolk à Boston (USA).

Dr Gary Namie, fondateur de Workplace Bullying Institute, instance spécialisée sur le mal-être au travail : “c’est la preuve que le problème général relève du harcèlement moral ou de comportements abusifs sur le lieu du travail et qu’il fait fi du sexe et de la couleur de peau. C’est juste de la cruauté.”

Une source proche de l’affaire affirme que ces nombreux départs ne sont autres que les retombées d’une enquête ouverte à l’intérieur même de Nike en mars dernier. Et le célèbre mouvement #MeToo, consécutif au scandale Harvey Weinstein et qui libère la parole des femmes, y est pour quelque chose.

Quand la colère des employés coûte cher aux patrons

Depuis ce même mois de mars, ce sont onze hauts dirigeants qui ont dû faire leurs adieux à l‘équipementier. Trevor Edwards fait partie d’eux. Cet influent afro-américain, désormais ex-président de Nike, était pourtant bien parti pour succéder à Mark Parker, l’actuel boss de la toute-puissante entreprise.

Edwards, qui a fait plus de 25 ans chez Nike, était flanqué d’une sale réputation ; celle d’un homme au caractère irascible, qui ne manquait jamais l’occasion d’humilier ses subordonnés pendant les réunions publiques.

Mais chaque chose en son temps, comme le dit le bon vieil adage. Un groupe de salariés, plus que fatigués des injustices vécues au sein de l’entreprise, a décidé de passer à l’action. Les mécontents ont fait circuler un sondage (en interne). Le but étant de mettre en relief les abus et autres inégalités hommes-femmes en matière de promotion.

Des pratiques dégradantes mises à nu

L’initiative de ces employés a permis de rassembler de nombreux témoignages d’hommes et de femmes. Parmi les faits dénoncés, le comportement des ‘‘machos’‘. Ces derniers sont accusés d’avoir instauré une sorte de ‘‘boys club’‘ au coeur même du département des ressources humaines.

Autres fait dénoncés par les contestataires, les virées entre collègues avec pour point de chute des clubs de strip-tease. Toujours dans la même vague des scandales sexuels, des patrons qui ne cachaient pas le fait qu’ils gardaient des préservatifs dans leur sac, ou encore, d’autres (patrons) qui faisaient des remarques sur les seins d’une employée à travers un e-mail envoyé à l’intéressée elle-même.

Selon une employée qui s’est confiée au New York Times, son patron l’avait traitée de ‘‘salope stupide’‘. Ce dernier n’avait pourtant fait l’objet d’aucune sanction. Et pourtant, l’employée en question avait rapporté les faits devant les ressources humaines. Nike a refusé de fournir des explications, bien que sollicitées par l’AFP (Agence France-Presse).

Le 3 mai, s’adressant à ses employés, Mark Parker s’est juste contenté d’un “nous avons tous une obligation — non-négociable — de créer un environnement et une culture de respect et d’inclusion”.

Bien sûr, cette réponse du big boss n’a pas fait plaisir aux employés de Nike. “C’est son régime. C’est sa culture d’entreprise”, fustige Gary Namie, qui insiste sur le fait que les abus dénoncés ont été commis sous le règne de M. Parker et exhorte le grand patron à en tirer les conséquences.

Mais Nike a la peau dure. Le mouvement de contestation déclenché par les employés n’a pour l’instant aucune incidence sur ses énormes revenus. Les actions en Bourse du géant ne sont pas non plus affectées. Même la vague de boycott lancée sur les réseaux sociaux, habituellement si efficaces, n’a causé aucune égratignure au grand équipementier.

Cependant, d’après Victor Ahluwalia, expert chez CFRA Research, “il est possible qu’on puisse observer un impact sur les ventes à court terme”. Il justifie son point de vue en faisant un parallèle avec la vague de départs qui coïncide avec l’offensive de Nike auprès des femmes via le concept “Nike Unlaced”. 

Silence des ambassadeurs de la marque, changements en vue

Nike est confronté à un autre obstacle ; trouver de nouveaux talents. En d’autres termes, l’entreprise doit se trouver de nouveaux ambassadeurs, des sportifs célèbres, des représentants de sa marque. “Ce qui ne sera pas facile”, si l’on s’en tient à l’avis de Sam Poser, analyste chez Susquehanna Financial Group.

A ce propos, aucun des grands représentants de la marque à la virgule inversée ne s’est pour l’instant risqué à se prononcer sur le délicat sujet. Ni les joueuses de tennis Serena Williams et Maria Sharapova, ni le basketteur de la NBA LeBron James, ni le footballeur Cristiano Ronaldo. Silence radio.

L’affaire est considérée par certains observateurs comme un sérieux revers pour Nike. “Just do It”, le fameux slogan de la marque, est pourtant sensé pousser des millions de jeunes gens à travers le monde à croire en eux, tout en poursuivant leurs rêves. L’image ‘‘cool’‘, se voulant progressiste et défenseur des valeurs d‘égalité et de justice, défendue par l‘équipementier à travers une campagne en févier dernier, a finalement pris un coup.

Il faut tout de même noter que le géant américain a décidé de mettre un temps soit peu de l’eau dans son vin. L’enquête interne a permis à la direction de recevoir 43.000 réponses et elle a commencé à opérer des changements en son sein. En effet, deux femmes, Amy Montagne et surtout Kellie Leonard, ont été élevées à de hautes fonctions. Kellie Leonard a été nommée responsable de la diversité et de l’intégration.

La société d‘équipements sportifs compte de même relever le niveau de formation de ses dirigeants, modifier ses procédures d’embauche et instaurer des entretiens d‘évaluation individuels de façon régulière.

Nike compte jusqu‘à ce jour 38 % de femmes managers et environ 23 % de son personnel n’est pas de type caucasien (blanc).

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