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Cameroun : les séparatistes anglophones rongés par des divisions internes

Cameroun : les séparatistes anglophones rongés par des divisions internes

Cameroun

Les uns prônent la lutte armée. Les autres privilégient la négociation. Sans compter des querelles pour le leadership. Les séparatistes anglophones camerounais semblent mal en point. À l’avantage de Yaoundé qui les loge tous à la même enseigne.

“Aujourd’hui, on est divisés, ça ne peut pas marcher comme ça” : par Whatsapp, un leader séparatiste anglophone camerounais, laisse paraître son amertume. Dans la profonde crise socio-politique qui oppose l’Etat à la nébuleuse séparatiste dans les deux régions anglophones de l’ouest du Cameroun, les dissensions sont profondes dans le camp indépendantiste.

S’il existe bien un drapeau de l’Ambazonie, du nom de l’État fictif que les séparatistes entendent créer, celui-ci est au cœur d’une intense bataille de leadership tandis que les attaques se poursuivent à un rythme quasi quotidien en régions anglophones, les morts se comptant par dizaines et les populations qui fuient au Nigeria voisin par milliers.

D’un côté, les anciens leaders du Southern Cameroon national council (SCNC), vieux mouvement interdit par Yaoundé qui plaide pour la cause séparatiste depuis 1995, se sont regroupés au sein du Scacuf, le Southern Cameroons Ambazonia Consortium United Front. Ceux-ci prônent la lutte pacifique : “les négociations sont notre meilleure arme”, affirme Millan Atam, un leader du Scacuf.

Nous avons une stratégie de défense par blocs : chaque village, chaque groupe de jeunes peut se lever pour l'Ambazonie, et nous serons prêts à les aider

Sisiku Ayuk Tabe, arrêté début janvier au Nigeria et extradé au Cameroun, en est le “président” autoproclamé. Ancien ingénieur informatique, Ayuk est entouré dans son “gouvernement” d’un ancien chargé des affaires humanitaires à l’ONU pour le Burundi, de professeurs camerounais d’université au Nigeria, d’anciens journalistes…

De même, de nombreux militants du Scacuf sont issus des syndicats d’enseignants, d’avocats, des milieux agricoles, ceux-là même qui étaient à l’origine de la crise, fin 2016. À l‘époque, de forts mouvements sociaux avaient secoué l’Ouest camerounais appelant au retour du fédéralisme abandonné en 1972.

Depuis, l’adhésion à la cause séparatiste a grandi à mesure que la violence s’installait (du fait notamment d’un fort déploiement de forces de sécurité camerounaises) et du sentiment que “c’est le moment”, selon une formule reprise par plusieurs leaders séparatistes à l’AFP.

De sources concordantes, l’assise populaire du “gouvernement intérimaire” du Scacuf est forte en région anglophone du fait du terreau économique et social sur lequel il s’appuie. Cette nébuleuse politique, qui dispose d’une télévision en ligne, a néanmoins été décimée en janvier avec l’arrestation d’Ayuk et de nombreux cadres du Scacuf.

Conclaves

Face à eux, s’est peu à peu formée une seconde nébuleuse de groupes indépendantistes, qui pour la plupart prônent la lutte armée contre “les forces d’occupation colonialistes”. 

Ils se sont rassemblés le 11 février dans l’Ambazonia recognition collaboration council (ARCC), sous la houlette officieuse d’un combattant de toujours, Lucas Cho Ayaba.

Cho Ayaba, avec le leader d’un autre groupe armé, Ebenezer Akwanga, sont deux anciens syndicalistes étudiants de l’université de Buea (sud-ouest), qui s’étaient déjà démarqués du SCNC à la fin des années 1990. Quand les militants du SCNC plaidaient “la force de l’argument”, ceux du mouvement de Cho et Akwanga parlaient de “l’argument de la force”.

Depuis cette époque, les deux hommes militent (en exil) pour la lutte armée contre Yaoundé. Aujourd’hui, Cho Ayaba est leader des Ambazonia Defense Forces (ADF), et Akwanga dirige le Southern Cameroons Defence Forces (Socadef). Ces deux groupes revendiquent de nombreuses attaques en régions anglophones depuis le début de la mutation de la crise en conflit de basse intensité, fin 2017.

“Nous avons une stratégie de défense par blocs : chaque village, chaque groupe de jeunes peut se lever pour l’Ambazonie, et nous serons prêts à les aider”, affirme à l’AFP Lucas Cho Ayaba, qui revendique “des milliers de combattants”, quand les observateurs avisés de la crise n’en décomptent qu’une centaine.

En plus des groupes armés de Cho et d’Akwanga, plusieurs autres revendiquent une identité propre, sans qu’il soit possible de déterminer leur impact sur le terrain : le SCDF (Southern Cameroons Defence Forces, homonyme du Socadef), les Tigers of Ambazonia, les Vipers, l’Ambazonia Restoration Army (ARA), les Ambaland Forces…

Les différentes sphères séparatistes ont bien tenté de s’unifier en 2017, au cours d’au moins quatre “conclaves” réunissant au Nigeria toutes les ailes de l’indépendantisme anglophone, selon différents leaders séparatistes interrogés par l’AFP. Mais, chacun y revendiquant un leadership populaire propre, aucune réunification n’a eu lieu.

A la place, le “gouvernement” du Scacuf et la nébuleuse autour de l’ARCC s’écharpent quotidiennement sur les réseaux sociaux. La mobilisation sur Internet, depuis l‘étranger, est aujourd’hui le principal catalyseur des séparatistes, qui inondent les réseaux sociaux de communiqués et autres vidéos d’exactions supposées de forces de sécurité camerounaises.

A Yaoundé, le gouvernement réfute ces accusations et considère les séparatistes comme un tout. Il les qualifie de “terroristes” et estime que leurs aspirations séparatistes ont pris en otage les populations anglophones.

De fait, en raison des difficultés à aller sur le terrain, aucune confirmation du poids réel d’un groupe ou de l’autre n’est aujourd’hui possible de source indépendante.

AFP

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