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Gambie : vers le retour des pratiques de Yahya Jammeh ?

Gambie : vers le retour des pratiques de Yahya Jammeh ?

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Pour des ONG gambiennes, l’arrestation et l’inculpation de l’enseignant d’université Ismaila Ceesay pour « incitation à la violence » font penser aux méthodes liberticides de l’ancien dictateur Yahya Jammeh. De quoi effrayer tout un peuple assoiffé de démocratie.

Une affaire qui a soulevé des vagues hier à Banjul et même dans toute la Gambie : l’interpellation et l’inculpation du Dr Ismaila Ceesay. Officiellement, pour incitation à la violence. Et pour cause ? L’interview que le professeur d’université a récemment accordée au journal « The Voice ». L’occasion de décrire le climat de méfiance réciproque entre des militaires nationaux et le président de la République Adama Barrow. « Il y a des soldats qui ne sont pas satisfaits et qui se sentent rejetés par l’administration. Cela peut engendrer des mutineries », a déclaré l’universitaire.

Une crise de confiance symbolisée par la présence des soldats de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) toujours déployés dans le pays et surtout autour du Chef de l’Etat depuis le départ en exil de Yahya Jammeh en janvier 2017 suite à sa défaite à la présidentielle de décembre 2016.

Et pourtant, malgré cette réalité, Dr Ismaila Ceesay a été soumis à un interrogatoire de trois heures puis placé en détention dans les locaux de la police. Ce qui a suscité une vague de vives réactions de Gambiens opposés à cette arrestation. Notamment des étudiants et journalistes qui ont élu domicile devant la police pour exprimer leur mécontentement.

Après 22 ans à lutter contre une dictature, nous croyions avoir créé une nouvelle Gambie. Mais il est toujours possible de se faire arrêter pour ses opinions

Indingation et colère des universitaires

La nouvelle qui s’est répandue comme une traînée de poudre dans toute la Gambie n’a pas tardé à alimenter les réseaux sociaux comme Twitter où le hashtag #FreeDrCeesay a fonctionné à plein régime durant toute la journée d’hier.

Solidaires de leur collègue, les professeurs d’université ont brandi une menace de grève, faute de liberation inconditionnelle de Dr Ceesay. Tandis que des associations d‘étudiants ont commencé à appeler à des manifestations pour exiger des « excuses » aux autorités. Des pressions qui ont fini par payer puisque les autorités avaient ordonné la libération de l’enseignant. Mais, ce dernier n’a quitté la police que ce matin, puisqu’il conditionnait son départ aux excuses de la police.

Laquelle police estime cependant que « l’interrogatoire du Pr. Ceesay avait pour but de clarifier des propos en liens avec une enquête en cours », a indiqué l’inspecteur général de police dans un communiqué rendu public ce jeudi. « La police a fait son travail, car elle a de bonnes raisons de croire que la sécurité nationale est en danger », a renchéri David Kujabi, porte-parole de l’inspection générale de la police.

Des textes liberticides de l’ancien régime pas encore abrogés

Malgré ces explications, l’interpellation du Dr Ceesay constitue aux yeux de plusieurs Gambiens, une « violation de la liberté d’expression ». Comme à l‘époque de Yahya Jammeh quand les arrestations arbitraires d’opposants et de journalistes étaient monnaie courante. « Après 22 ans à lutter contre une dictature, nous croyions avoir créé une nouvelle Gambie. Mais il est toujours possible de se faire arrêter pour ses opinions », a déclaré Dr Ismaila Ceesay. C‘était au sortir d’une réunion qui a regroupé quelque 40 journalistes et activistes qui réfléchissaient sur les actions à mener pour freiner ces pratiques liberticides.

Avis partagé par des ONG de défense des droits de l’homme. « Cela confirme qu’en Gambie, le système n’a pas changé », explique Madi Jobarteh, directeur adjoint de TANGO, l’Association gambienne des organisations non-gouvernementales. Ainsi, prévient-il, « Les gambiens doivent être préparés à se battre pour un changement réel de système, pour la protection des droits humains et de la démocratie, assène ce militant. Toutes les lois qui étaient utilisées pour empiéter sur les droits humains sont toujours en place ».

Mais, la Gambie ne saurait faire exception en Afrique. En RDC par exemple, Laurent Désiré Kabila tombeur du dictateur Mobutu en 1997 a été souvent mis en cause dans la violation des droits de l’homme durant son règne de 4 ans. Idem pour son fils et successeur, quasiment en froid avec toute la communauté internationale ou presque pour les mêmes motifs.

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