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Samy Badibanga : « Nous visons 1 milliard de dollars » pour faire face à la situation humanitaire au Kasaï

Samy Badibanga : « Nous visons 1 milliard de dollars » pour faire face à la situation humanitaire au Kasaï

République démocratique du Congo

L’ancien Premier ministre congolais demande, à la suite des autorités religieuses, l’organisation d’une conférence des donateurs pour le Kasaï alors que les organisations humanitaires internationales s’alarment de la dégradation de la situation humanitaire dans la région. Dans cette interview exclusive à Africanews, Samy Badibanga se désole du manque d’intérêt que la “catastrophe humanitaire” du Kasaï suscite dans l’agenda international.


Samy Badibanga, vous venez tout juste de lancer, à la suite des églises catholique et protestante, un appel pour l’organisation d’une conférence internationale des donateurs pour le Kasaï. Pouvez-vous brièvement rappeler la situation qui justifie cet appel ?

Aujourd’hui, le Kasaï subit l’une des plus graves crises de notre planète suite aux violences qu’il y a eues dans cette région et qui ont été engendrées par la mort d’un chef coutumier de Kamuina Nsapu, au Kasaï central. Ces violences ont provoqué un déplacement de plus d’1,4 million de personnes dans la région du Kasaï. Je vous rappelle qu’il y a entre deux et quatre millions de déplacés en RDC. Aujourd’hui, dans la région du Kasaï, on atteint ce qu’on qualifie de niveau 3. À titre de comparaison, c’est à ce niveau que la République Centrafricaine avait bénéficié d’une aide d’urgence.

Quand je parle de l’une des catastrophes humanitaires les plus importantes de notre planète, nous avons vu la catastrophe humanitaire qu’il y a eu avec les Rohingyas. C‘était de l’ordre de 500 000 déplacés. Ici, nous en avons pour 1,4 million de déplacés, à quoi il faut ajouter 750 00 enfants selon l’UNICEF qui sont en situation de malnutrition et qui ont des problèmes de santé dont 400 000 qui frôlent la mort si d’ici là il n’y a pas une aide d’urgence qui arrive. Le PAM nous a informé qu’il y a un montant de 815 millions de dollars qui était prévu pour remédier à cette crise humanitaire. Mais ils n’ont reçu jusqu’ici que 151 millions de dollars.

... nous savons que ce sont des conséquences de la crise politique que nous avons actuellement dans notre pays.

Quelle forme doit prendre cette conférence des donateurs, où se tiendra-t-elle et quels sont les types d’acteurs que vous espérez y voir ?

Le lieu, nous ne le fixons pas…Nous allons voir cela avec les Nations unies et avec aussi Saint’Egidio pour voir dans quelle mesure on peut organiser cette conférence et faire le choix du lieu. Les partenaires, ce sont les partenaires traditionnels tels que l’Union européenne… ou le soutien en forme bilatérale avec des pays amis. Mais il y aussi l’intervention du Haut-commissariat aux réfugiés et donc des structures des Nations unies.

Nous faisons aussi appel à des individus, des gens de bonne foi qui peuvent intervenir.

Nous vous rappelons que cette conférence, nous souhaitons l’organiser avec l’appui de l‘Église catholique et de l‘Église protestante étant donné que ces deux églises ont des structures qui sont bien établies dans la province et sur tout le territoire de la République démocratique du Congo pour pouvoir subvenir à la distribution. Et il y a cette crédibilité qu’ils ont que ce soit sur le plan moral ou intellectuel, pour pouvoir intervenir.

Quelle enveloppe est-elle nécessaire pour résoudre cette crise humanitaire ? De combien avez-vous besoin ?

D’abord, il y a une situation humanitaire à deux étapes. La première étape est l’extrême urgence et la deuxième, c’est la post-urgence. Et donc nous ciblons un minimum d’un milliard de dollars pour pouvoir subvenir à ces différents besoins. Et ça, c’est pour la région du Kasaï et nous espérons qu‘à travers notre structure que nous avons mis en place, nous pourrons aller plus loin que ça.

Quel rôle peut jouer la classe politique congolaise, en tant que telle, pour sortir de la situation de crise sécuritaire et humanitaire actuelle et consolider la paix bien après la fin de la crise humanitaire ?

Sur la question humanitaire, nous voulons vraiment que ce soit dépolitisé. Il n’y a pas de camp politique, il n’y a pas d’acteurs politiques. Nous accueillons toute personne de bonne foi qui veut intervenir pour pouvoir remédier à cette situation de crise humanitaire. Ceci étant, nous savons que ce sont des conséquences de la crise politique que nous avons actuellement dans notre pays. Nous espérons que nous allons maintenant aller aux élections qui sont prévues pour l’année 2018 et qu’avec ça, nous allons réussir à remédier à tous ces problèmes. L‘économie, la sécurité et la situation sociale ne sont qu’une conséquence de la situation politique que nous avons dans notre pays.

Et en tant qu’ancien Premier ministre du gouvernement d’Union nationale, pensez-vous que le déblocage du dossier de l’alternance au sommet de l‘État, c’est-à-dire le départ du président Joseph Kabila, pourrait être une solution pour mettre un terme à l’insécurité au Kasaï et plus généralement à l’Est de la RDC ?

Oui, absolument. Il faut arriver à l’organisation des élections. Vous savez qu’on devait avoir des élections depuis décembre 2016, nous avons connu un retard. Mais nous espérons qu’en organisant ces élections, on pourra aplanir toutes les divergences. L’enjeu, ce sont les élections. Il n’y a pas d’autres questions autour. Et à partir de ces élections avec des institutions légitimes et légales, nous allons pouvoir remédier à cette situation et pouvoir parler du développement de notre pays et de la région.

N’oubliez pas qu’ici, il faut aussi penser aux objectifs du développement humain prévus pour 2030. Mais avec une situation d’insécurité dans notre pays et une telle crise humanitaire, il nous sera difficile d’aller de l’avant. Et vous savez que la République démocratique du Congo joue un rôle majeur en Afrique et donc nous avons besoin de cette stabilité.

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