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Kenya : Uhuru Kenyatta sera intronisé mardi à la tête d'un pays divisé

Kenya : Uhuru Kenyatta sera intronisé mardi à la tête d'un pays divisé

Kenya

Le président kényan Uhuru Kenyatta doit prêter serment mardi pour un second et dernier mandat, au cours d’une cérémonie marquant l‘épilogue d’une saga électorale qui a rappelé au pays ses profondes fractures ethniques, géographiques et sociales.

« Après délibérations, nous ne reconnaissons pas les élections du 26 octobre. Aux termes de l’article premier de la constitution, nous n’avons pas individuellement et collectivement délégué notre souveraineté à Uhuru Kenyatta», a déclaré le 25 novembre, lors d’une conférence de presse Musalia Mudavadi, un membre de la coalition Nasa.

Et le camp de Raila Odinga promet de boycotter la cérémonie d’investiture d’Uhuru Kenyatta, vainqueur d’après la commission électorale et la cour suprême de la présidentielle du 26 octobre dernier. C’est dire jusqu‘à quel point l’opposition kényane continue d’avoir une belle dent contre la coalition Jubilee et son chef Uhuru Kenyatta….. Les acteurs politiques kényans peinent visiblement à fumer le calumet de la paix.

Une crise politique, qui affecte durement l‘économie kényane, avait paradoxalement débuté par une décision historique de la Cour suprême, le 1er septembre: saisie par l’opposition, elle évoque alors des irrégularités dans la transmission des résultats et invalide, contre toute attente, la présidentielle du 8 août. Une première en Afrique.

Le jugement est salué comme une opportunité pour les hommes politiques kényans de renforcer la démocratie, mais ces derniers n’auront redoublé d’efforts que dans la polémique.

C’est donc dans un climat politique délétère que M. Kenyatta a été proclamé vainqueur de la nouvelle présidentielle, organisée le 26 octobre et boycottée cette fois par l’opposition.

Lorsque la Cour suprême valide finalement ce nouveau scrutin, lundi 20 novembre, le contraste est net entre la liesse qui s’empare de certains fiefs de M. Kenyatta, et les manifestations violemment réprimées dans certains bastions de son opposant, M. Raila Odinga, dans l’ouest du pays et certains bidonvilles de Nairobi.

Selon un comptage de l’AFP, les violences ayant accompagné le processus électoral ont fait au moins 56 morts depuis le 8 août, principalement dans la brutale répression des manifestations de l’opposition par la police.

Loin toutefois des quelque 1.100 morts des violences politico-ethniques ayant suivi l‘élection de 2007.

Fanfare

La fanfare militaire et la présence annoncée d’une vingtaine de chefs d’Etat dans un stade de Nairobi, où M. Kenyatta doit sceller mardi son maintien à la tête du pays pour cinq années supplémentaires, ne sont que l’arbre qui cache la forêt, remarque Rashid Abdi, de centre d’analyse International Crisis Group (ICG).

Uhuru Kenyatta, 56 ans et au pouvoir depuis 2013, “va être intronisé à la tête d’un pays profondément divisé et polarisé sur des lignes ethniques et régionales”, dit-il. “S’il ne change pas de tactique, il y aura vraisemblablement une grave crise. Il doit tendre la main à Odinga pour parler de l’avenir”.

L’opposition, qui ne reconnaît pas la victoire de M. Kenyatta et évoque une “dictature”, a promis de poursuivre un mouvement de “désobéissance civile”, lancé il y a quelques semaines et suivi jusqu‘à présent de manière très inégale. Ce mouvement préconise des “boycottages économiques, des piquets de grève pacifiques et d’autres formes légitimes de protestation”.

M. Odinga, déjà trois fois candidat malheureux à la présidence, a également promis l’avènement prochain d’une “troisième République”, en référence à l’indépendance acquise en 1963 et à la nouvelle Constitution adoptée en 2010.

Quant à M. Kenyatta, sa victoire, avec 98% des voix à l‘élection d’octobre, est ternie par une faible participation (39%) en raison du boycottage de l’opposition, qui estimait qu’elle ne pouvait en aucun cas être libre et équitable.

Les partisans de M. Odinga ont même empêché la tenue du scrutin dans quatre comtés de l’ouest, sur les 47 que compte le pays.

‘Tourner la page’

Pour nombre d’observateurs, la crise actuelle a exacerbé les profondes divisions sociales, géographiques et ethniques qui traversent ce pays de quelque 48 millions d’habitants.

Dans les fiefs de Raila Odinga, de l’ethnie Luo, elle renforce le sentiment d’avoir été déclassé, discriminé et laissé pour compte depuis l’indépendance en 1963, principalement par rapport à l’ethnie kikuyu, celle de M. Kenyatta, qui a donné au Kenya trois de ses quatre présidents.

Mais selon Rashid Abdi, cette crise est également le signe du fossé croissant qui se creuse entre les élites politiciennes et le peuple, dont une écrasante majorité silencieuse aspire à ce que “le pays tourne la page”. Car dans les rues kényanes, nombreux sont ceux qui se plaignent des effets de la discorde sur l‘économie. Notamment dans les bidonvilles où beaucoup vivent avec moins d’un euro par jour.

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