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Nigeria : un nouveau scandale éclabousse la lutte anti-corruption du président Buhari

Nigeria : un nouveau scandale éclabousse la lutte anti-corruption du président Buhari

Nigéria

<h3>Muhammadu Buhari l’avait promis dès son élection à la présidence: il mènerait un combat sans relâche contre la corruption, le “cancer” qui ronge le Nigeria. Pourtant un nouveau scandale donne des arguments à ses détracteurs qui affirment que cette guerre ne s’applique pas dans son propre camp.</h3> <p>Depuis son élection en 2015, la Commission des crimes économiques et financiers (<span class="caps">EFCC</span>) révèle chaque semaine de nouvelles enquêtes, ouvre de nouveaux procès, gèle des comptes et des avoirs de personnes impliquées dans le détournement de milliards de dollars. </p> <p>Au Nigeria, premier exportateur de pétrole avec une moyenne de 2 millions de barils par jour, la corruption a gangréné toutes les époques, et tous les gouvernements depuis les années 1960. </p> <p>M. Buhari avait promis de mettre un terme à cette spirale infernale. Mais pour l’opposition, il s’agit surtout d’une “chasse aux sorcières” pour réduire ses ennemis au silence. </p> <p>Le dernier scandale, “l’affaire Maima”, fait la Une de tous les journaux nigérians depuis une semaine, et leur apporte de nouveaux arguments d’attaque. </p> <p>Abdulrasheed Maina, originaire du nord musulman comme le président Buhari et nombreux de ses acolytes, est sous le coup d’une enquête de la <span class="caps">EFCC</span> depuis 2015: il est accusé d’avoir détourné deux milliards de nairas (4,8 millions d’euros) des fonds de pension de retraite des fonctionnaires durant la précédente administration de Goodluck Jonathan. </p> <p>Des poursuites avaient été engagées, mais M. Maina avait aussitôt fui le pays. Un mandat d’arrêt international avait été émis par Interpol. Pourtant, la presse nigériane révèle cette semaine qu’il a continué à recevoir un salaire de l’Etat, malgré l’arrivée du président Buhari au pouvoir, et qu’il serait rentré secrètement au Nigeria, où il bénéficiait d’une escorte policière.</p> <p>Selon des documents obtenus par la presse nigériane, le président Buhari était même au courant de sa présence sur le territoire, mais, sous la pression médiatique, a ordonné cette semaine son licenciement formel et son arrestation. </p> <p>Trop tard, a aussitôt déclaré la <span class="caps">EFCC</span>: Maina est à nouveau en fuite. </p> <h3>‘Hyènes’ et ‘chacals’</h3> <p>Le Parti Démocratique Populaire (<span class="caps">PDP</span>, opposition) a sauté sur l’occasion pour dénoncer la lutte contre la corruption comme étant une “pure propagande”. </p> <p>Ayodele Fayose, gouverneur de l’Etat d’Ekiti, qui a déjà présenté sa candidature pour la prochaine présidentielle de 2019, n’en attendait pas moins. </p> <p>“Chers compatriotes, la lutte anti-corruption de Buhari n’est-elle pas comme si Satan accusait Judas d’avoir pêché ?”, a-t-il écrit sur son compte Twitter?. </p> <p>Pour Clement Nwankwo, du Policy and Legal Advocacy Centre à Abuja, un organe de surveillance de la société civile, “la grande question est de savoir si le président a vraiment le contrôle sur son administration”. </p> <p>“Est-il au moins au courant de ce qu’il se passe?”, a-t-il interrogé. </p> <p>Le président nigérian, âgé de 74 ans, a passé l’essentiel de l’année à Londres, pour un traitement médical. Pendant six mois, il a littéralement disparu de la sphère médiatique et politique, laissant les rênes du pays à son vice-président. </p> <p>“J’ai bien peur que certaines personnes dans l’entourage de la présidence ait eu l’audace d’aider Maina à quitter discrètement le pays”, confie M. Nwankwo à l’<span class="caps">AFP</span>. “Ou même qu’ils l’aient rémunéré sans même que le président n’en soit informé.” </p> <h3>Étouffée</h3> <p>A plusieurs reprises, l‘épouse de M. Buhari a fait des déclarations dans ce sens. La première dame a récidivé en juillet dernier sur Facebook, mettant en garde les “hyènes” et les “chacals” qui rôdent autour de la présidence. </p> <p>Plusieurs scandales ont émaillé les deux premières années du mandat Buhari. Début octobre, un ministre a même mis à jour de graves malversations financières au sein de la compagnie pétrolière d’Etat, dirigée par un proche du président. </p> <p>En quelques jours, l’affaire a été étouffée. </p> <p>L’affaire Maina n’arrange pas les choses. Pour Debo Adeniran du Centre pour la lutte anti-corruption et la transparence (Centre for Anti-Corruption and Open Leadership), c’est même “un immense embarras et une honte pour le Nigeria”. </p> <p>“Continuer à payer Maina avec l’argent public bien qu’il soit directement accusé d’avoir détourné des pensions de retraites – destinés à des dizaines de milliers de personnes – pose vraiment la question de l’intégrité du président”, poursuit M. Adeniran. </p> <p>“Ou alors cela démontre qu’il est bien le seul à croire à cette croisade contre la corruption.”</p> <b><span class="caps">AFP</span></b>

Continuer à payer Maina avec l'argent public bien qu'il soit directement accusé d'avoir détourné des pensions de retraites - destinés à des dizaines de milliers de personnes - pose vraiment la question de l'intégrité du président.

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