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Togo : nouvelle journée de mobilisation entre barricades et tirs de gaz lacrymogènes

Togo : nouvelle journée de mobilisation entre barricades et tirs de gaz lacrymogènes

Togo

Des milliers de Togolais manifestaient jeudi à Lomé et en province dans un climat tendu, au deuxième jour de manifestations pour réclamer des réformes et protester contre le régime de Faure Gnassingbé qui fait face à une importante contestation populaire depuis plus d’un mois.

Dans la capitale togolaise, les manifestants sont une nouvelle fois descendus dans la rue, empruntant trois itinéraires différents pour converger vers le bord de mer.

“Je ne suis pas fatigué et je ne serai jamais fatigué tant que la lutte n’est pas terminée. Même s’il faut marcher tous les jours, je serai dans la rue”, a affirmé à l’AFP un jeune conducteur de moto-taxi, Elie Zikla.

L’ambiance était toutefois plus tendue que lors des rassemblements de la veille qui s‘étaient déroulés sans incident. Des barricades ont été dressées et la circulation bloquée dans plusieurs quartiers se trouvant sur le passage des défilés.

“Les manifestants ont barré la route depuis Gakpoto jusqu’au collège Saint-Joseph avec des barricades (…) qui empêchent les gens de circuler”, a déclaré à l’AFP Aimé Adi, directeur de l’ONG Amnesty international au Togo.

Dans le quartier Atikoumé à Lomé, des jeunes en colère ont également érigé des barricades tout en continuant leur marche vers la plage, a constaté un journaliste de l’AFP.

Gendarmes et militaires ont été déployés en nombre pour encadrer les manifestants et quadriller les principaux carrefours de la capitale.

Dans le nord du Togo, région autrefois réputée acquise au pouvoir ayant basculé dans la contestation, plusieurs marches ont rassemblé des milliers de personnes comme à Sokodé, Bafilo et Dapaong, selon des témoignages d’habitants recueillis par l’AFP.

A Sokodé, fief d’une nouvelle figure de l’opposition, Tikpi Atchadam, la foule a refusé de se disperser à la fin de la marche, occupant le carrefour Barrière en plein centre-ville. “La gendarmerie est intervenue en lançant des gaz lacrymogènes pour libérer la route nationale 1 qui était bloquée”, a précisé le responsable d’Amnesty.

Aucune manifestation n’a revanche eu lieu à Mango, dans l’extrême nord, où un adolescent avait été tué lors d’une précédente manifestation le 20 septembre, et où l’opposition avait ensuite dénoncé des “expéditions punitives” de l’armée togolaise terrorisant la population.

‘Soif du pouvoir’

Depuis fin août, c’est la septième grande journée de manifestation organisée par l’opposition pour obtenir des réformes constitutionnelles et le départ du président Gnassingbé.

Sur une pancarte brandie jeudi par une jeune femme à Lomé, on pouvait lire: “Faure ! Combien de Togolais te reste-t-il à tuer pour étancher ta soif du pouvoir”.

Au total, au moins quatre personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées en moins d’un mois lors d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants.

Les leaders de la coalition de 14 partis politiques à l’origine de cette mobilisation populaire ont baptisé cette journée “Marche de la colère”, sans toutefois préciser si d’autres marches ou actions étaient programmées à l’avenir.

“Nous allons maintenir la pression”, avait déclaré sans plus de précisions mercredi à l’AFP Jean-Pierre Fabre, le président du principal parti d’opposition, l’Alliance nationale pour le changement (ANC). “Nous exigeons le retour à la Constitution de 1992 avec les conséquences qui en découlent”.

Ce texte, qui prévoit un maximum de deux mandats présidentiels, est l’une des principales revendications de l’opposition depuis plus de 10 ans.

Le chef de l’Etat, qui effectue son troisième mandat, a succédé avec le soutien de l’armée à son père, le général Gnassingbé Eyadéma, décédé en 2005 après avoir dirigé le pays d’une main de fer durant 38 ans.

Faure Gnassingbé a été réélu à deux reprises, en 2010 et en 2015, lors de scrutins très contestés par l’opposition.

Début septembre, le gouvernement avait tenté un geste d’apaisement en soumettant au vote du Parlement un projet de réforme constitutionnelle reprenant notamment le principe de la limitation à deux mandats présidentiels.

Mais l’opposition a boycotté le vote du texte, le projet de loi n‘étant pas rétroactif, ce qui permettrait au président de briguer deux nouveaux mandats à partir de 2020.

La modification de la Constitution – basée sur le projet de loi du gouvernement – fera donc l’objet d’un référendum “d’ici à la fin de l’année” selon une source proche de la présidence.

AFP
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