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Kenyatta, l'héritier multi-millionnaire devenu président

Kenyatta, l'héritier multi-millionnaire devenu président

Kenya

Le président kényan Uhuru Kenyatta, réélu pour un second mandat à la tête de l‘économie la plus dynamique d’Afrique de l’Est, est avant tout l’héritier du père fondateur de la nation et le représentant des élites du pays.

La victoire du chef de file de l’ethnie kikuyu est éclatante alors que les sondages prédisaient un duel serré. Il a obtenu vendredi selon les résultats officiels 54,27% des suffrages, contre 44,74% à son rival Raila Odinga, un Luo, qui crie à la fraude et conteste sa victoire.

Le binôme qu’il forme avec le vice-président William Ruto, un Kalenjin, a été reconduit par les électeurs au terme d’une campagne acrimonieuse et tendue.

Les deux hommes ont mis en avant leur bilan économique, avec une solide croissance et le développement d’infrastructures, dont la nouvelle ligne ferroviaire entre Nairobi et le port de Mombasa sur l’océan Indien. Raila Odinga, à nouveau défait, avait lui dénigré ce bilan, insistant sur la hausse du prix des denrées alimentaires et le creusement des inégalités.

Les handicaps de Kenyatta sont au moins aussi importants que ses forces. Il boit trop et n'est pas un bourreau de travail.

La première tâche de M. Kenyatta, 55 ans, sera de préserver la concorde lors des prochaines semaines, qui pourraient se révéler tendues si M. Odinga persévère dans sa volonté de contester le résultat de l‘élection.

“Nous devons travailler ensemble, nous devons faire équipe, nous devons grandir ensemble, nous devons ensemble faire grandir ce pays”, a-t-il déclaré à l’adresse de son rival sitôt sa réélection annoncée.

Uhuru, un multi-millionnaire éduqué aux États-Unis, avait été élu une première fois président en 2013, un demi-siècle après son père Jomo Kenyatta, le premier chef d‘État (1964-1978) du Kenya devenu indépendant du Royaume-Uni.

Lui et son colistier étaient alors pourtant inculpés par la Cour pénale internationale (CPI) pour leur rôle dans les violences post-électorales de 2007-2008 (plus de 1.100 morts), où Kikuyu et Kalenjin s‘étaient entretués.

Mais MM. Kenyatta et Ruto avaient habilement transformé cette inculpation en atout politique, convainquant nombre d‘électeurs qu’ils étaient victimes d’un tribunal “néo-colonial”, et avaient plus tard été exonérés, faute de preuves, après la rétractation de témoins.

Empire financier

Charismatique et moderne pour les uns, héritier dilettante pour les autres, Kenyatta a passé une bonne partie de son premier mandat à se dépêtrer des accusations de la CPI, qui avaient amené de nombreux pays occidentaux à se détourner de lui.

Après l’abandon des poursuites à son encontre fin 2014, le Kenya est redevenu fréquentable. Il a accueilli le président américain Barack Obama puis le pape François, ainsi que toute une série d‘événements internationaux et de conférences.

Mais son mandat a aussi été marqué par les attaques meurtrières des militants islamistes somaliens shebab contre le centre commercial Westgate à Nairobi en 2013 et contre l’université de Garissa (est) en 2015.

Uhuru (“liberté” en swahili) est le deuxième enfant et premier fils du couple formé par Jomo Kenyatta et sa quatrième épouse “Mama” Ngina. Il est né le 26 octobre 1961, quelques mois après la libération de son père, emprisonné pendant près de dix ans par le pouvoir colonial britannique.

L’empire financier de la famille Kenyatta, une des plus riches d’Afrique, comprend notamment l’entreprise laitière Brookside, la banque CBA (Commercial Bank of Africa), le groupe de média Mediamax et un groupe d’hôtels de luxe.

Elle est surtout le principal propriétaire terrien du Kenya, à la tête de plus de 200.000 hectares de terres achetées par Jomo au moment de l’indépendance, via un programme de transfert foncier à bas prix qui, selon ses détracteurs, a surtout profité à quelques privilégiés.

En 2011, le magazine Forbes avait estimé la fortune d’Uhuru à 500 millions de dollars (423 millions d’euros). Mais malgré son éducation élitiste, il reste proche des gens, n’hésitant pas à parler aux jeunes en argot ou à esquisser quelques pas de danse.

Bataille entre dynasties

La réputation de fêtard de sa jeunesse n’a jamais vraiment disparu.

“Les handicaps de Kenyatta sont au moins aussi importants que ses forces. Il boit trop et n’est pas un bourreau de travail”, écrivait mi-2009 l’ambassadeur américain à Nairobi dans un télégramme publié par Wikileaks.

Regard alourdi par de profondes poches sous les yeux, marié et père de trois enfants, Uhuru ne doit pas son ascension à son père, mort alors qu’il était adolescent, mais au successeur de ce dernier, l’autocrate Daniel arap Moi (1978-2002).

Celui-ci le propulse candidat de la Kanu à la présidentielle de 2002, suscitant l’ire des caciques de l’ex-parti unique. Battu, il devient le chef de l’opposition, avant de soutenir la réélection de Mwai Kibaki à la présidentielle du 27 décembre 2007, face à, déjà, Raila Odinga.

La courte victoire de Kibaki est contestée et débouche sur des tueries politico-ethniques qu’on le soupçonne à l‘époque d’avoir alimentées en mobilisant le gang criminel kikuyu des Mungiki contre des communautés rivales.

Après l’accord de partage du pouvoir qui a mis fin aux violences, il devient vice-Premier ministre et ministre des Finances du gouvernement de coalition formé par Odinga. Ce dernier avait également contesté en justice la victoire de M. Kenyatta en 2013, en vain.

Le père de Raila, Jaramogi Oginga Odinga, fut brièvement vice-président, avant de perdre la lutte post-indépendance pour le pouvoir au profit du premier chef d‘État Jomo Kenyatta, père d’Uhuru.

Raila Odinga ayant 72 ans, ce scrutin représentait vraisemblablement la dernière bataille électorale entre ces deux grandes dynasties kényanes.

AFP
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